Tervueren, porte de l’Afrique

L’Afrique, le Congo, l’ancienne colonie. Lorsqu’on évoque la longue histoire parfois tourmentée qui unit définitivement notre petit pays à ce vaste état d’Afrique centrale, la personnalité hors norme du Roi Léopold II revient vite à l’avant-plan.

Jean-Marie Antoine
Tervueren, porte de l’Afrique
©Photo News

L’Afrique, le Congo, l’ancienne colonie. Lorsqu’on évoque la longue histoire parfois tourmentée qui unit définitivement notre petit pays à ce vaste état d’Afrique centrale, la personnalité hors norme du Roi Léopold II revient vite à l’avant-plan. A l’occasion de l’Exposition universelle de 1897, le monarque avait commandé la construction, dans le vaste domaine royal de Tervueren, d’un Palais des colonies destiné à mettre en valeur l’œuvre "civilisatrice" de la Belgique. Y étaient exposés divers objets originaux présentés selon une approche multidisciplinaire, avec une place importante réservée aux richesses naturelles, mais aussi à la faune et à la flore du Congo.

C’est de cette époque également que date la construction, en pleine forêt de Soignes, de la longue avenue de Tervueren qui relie directement le domaine au centre de Bruxelles. Le succès de l’Exposition fut tel qu’on en oublia vite ce fait tragique : la mort, suite au froid, de sept Congolais qui faisaient partie du groupe amené en Belgique pour occuper les villages africains reconstitués à l’occasion du prestigieux événement. Les malheureux sont d’ailleurs enterrés aux abords de l’église paroissiale de Tervueren.

Temporaire à l’origine, l’exposition au Palais des colonies deviendra permanente et très vite trop à l’étroit dans des locaux trop petits. Léopold II entreprendra alors au début du XXe siècle la construction d’un imposant bâtiment de style néoclassique, inspiré du château de Versailles et du Petit Palais parisien, qui s’ouvre sur un vaste parc aménagé à la française et agrémenté de pièces d’eau. Depuis son inauguration en 1910, il n’a connu qu’une modification importante, à savoir la couverture, en 1932, de la galerie à colonnes entourant la cour intérieure. Un vaste plan de rénovation est actuellement en projet, avec notamment la construction d’un nouveau pavillon d’accueil et la modernisation des espaces d’entreposage des collections.

L’institution prendra tout d’abord le nom de Musée du Congo avant d’opter en 1960, à l’heure de la décolonisation, pour l’appellation Musée Royal de l’Afrique Centrale le MRAC pour les habitués. La muséographie a aussi connu ces dernières années de profondes modifications, pour permettre de faire un sort définitif à cette image paternaliste du passé colonial. Il s’agit maintenant de se positionner comme une fenêtre ouverte sur l’ensemble du continent africain, dans une perspective à la fois critique et constructive. Le musée se positionne ainsi comme une référence dans le développement durable en mettant en avant ses instruments scientifiques de pointe, dans les domaines de la zoologie et l’économie agricole et forestière notamment.

Cela dit, on ne va pas bouder pour autant notre plaisir de visiteur. Car le musée de Tervueren possède des collections d’une richesse exceptionnelle. On citera bien sûr l’immense variété d’animaux naturalisés qui se déploie dans les salles de zoologie. On vous dira encore que ce seul département de zoologie comporte plus de 10 millions de spécimens, parmi lesquels six millions d’insectes et 600000 poissons. Le musée possède aussi la collection ethnographique la plus importante au monde relative à l’Afrique centrale. Au hasard des commentaires et des présentations, on appréciera aussi le regard critique que les responsables du musée ont délibérément adopté.

Et parce qu’il est impossible de tout montrer tout le temps faute de place, on organise ici de remarquables expositions temporaires qui sont bien sûr en grande partie alimentées par ces précieuses réserves. La manifestation de l’instant Persona-Masques rituels et œuvres contemporaines, qui se tient jusqu’au 3 janvier de l’an prochain, est une exposition axée sur le thème de l’identité, par le biais du masque considéré au sens propre et figuré.

L’exposition présente 180 masques qui sont mis en dialogue avec des œuvres contemporaines créées par des artistes africains ou de la diaspora africaine, et qui explorent la question de l’identité, du respect de soi et de la représentation de l’Autre. Dans le cas du masque traditionnel, le porteur se transforme en une autre personne, en divinité, en esprit, parfois même en animal. Ces masques sont rassemblés en 18 groupes thématiques parmi lesquels les attributs du pouvoir, les produits de beauté, la médiation avec l’invisible ou encore bien sûr les masques qui participent aux rituels funéraires et intervenant ici comme des agents de purification qui sont aussi chargés d’éloigner l’âme des défunts en la conduisant dans l’au-delà.

Tout cela vous donnera peut-être l’envie de terminer votre parcours à la très belle boutique du musée qui présente des articles d’art, des bijoux, des tissus et de l’artisanat de qualité. Quant à la cafétéria, la bien nommée "Simba", elle propose notamment des boissons et de la restauration africaine. De quoi rester encore un peu dans l’ambiance.

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