Chimay, du théâtre au lac

En langage de guide touristique, on dirait de lui qu’assurément, il "vaut le voyage". Il, c’est un petit théâtre à l’italienne implanté dans le château princier de Chimay. Il a été imaginé par les architectes français Le Fuel et Cambon à la demande du Prince de Chimay, sur le modèle de celui de Louis XV à Fontainebleau.

Jean-Marie Antoine
Chimay, du théâtre au lac
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En langage de guide touristique, on dirait de lui qu’assurément, il "vaut le voyage". Il, c’est un petit théâtre à l’italienne implanté dans le château princier de Chimay. Il a été imaginé par les architectes français Le Fuel et Cambon à la demande du Prince de Chimay, sur le modèle de celui de Louis XV à Fontainebleau. Lors de son inauguration le 25 janvier 1863, le Théâtre national belge y a donné une représentation de l’Ecole des maris. La salle est de forme ovale et dotée d’une loge princière dans l’axe de l’amphithéâtre, au niveau du premier des deux étages de balcons, le tout est amplement garni de stucs et de peintures. Quelque 200 personnes peuvent y prendre place sous une coupole richement décorée. En 1935, le théâtre a miraculeusement échappé à un incendie qui a ravagé toute la partie supérieure du château, reconstruit depuis lors en style Henri IV. Parmi les "rescapés" figurent aussi l’ancienne salle des gardes du XVIe siècle où l’on peut voir un étonnant pavement constitué de 45000 ardoises posées sur champ et disposées en étoile. Epargné par le feu mais rongé par la mérule, le petit théâtre a été fermé en 1984 parce qu’il ne répondait plus aux normes de sécurité. Restauré au début des années 1990, il a rouvert ses portes en septembre 1991 en proposant la première édition du concours international de chant baroque. Le petit théâtre à l’italienne est bien sûr le clou de cette visite qui nous replonge aussi dans l’histoire de cette petite cité de la Botte du Hainaut qui se trouvait sur la route des invasions. C’est en 1486 que l’empereur Maximilien avait érigé la seigneurie de Chimay en principauté en faveur de Charles de Croÿ, qui fut le parrain de Charles-Quint. Le château a été construit au XVe siècle sur l’éperon rocheux qui surplombe l’Eau Blanche, là où se dressait auparavant un ancien bastion médiéval. Il s’appuie sur la base de deux grosses tours carrées, auparavant comprises dans l’ensemble défensif de la ville. On ressent d’ailleurs cette ambiance médiévale en parcourant les venelles et les vieux escaliers menant au lavoir et aux remparts. La belle collégiale des Saints-Pierre-et-Paul qui se dresse sur la Grand-Place est déjà remarquable par son clocher bulbeux. Le chœur est la plus vieille partie de l’édifice, il est daté des environs de 1250. Le carillon de la collégiale est unique en son genre: c’est un véritable petit piano à cloches avec un petit clavier dépourvu de mi bémol. A deux pas de Chimay, une ancienne cuvette marécageuse est devenue il y a 500 ans un lac de belle retenue, par la grâce de l’activité métallurgique de l’époque et ses besoins nouveaux en énergie hydraulique pour actionner forges et soufflets. A la fin du XIXe siècle, les forges vont progressivement disparaître et la retenue d’eau créée par les métallurgistes se recycle assez rapidement. Le site va être loué pour la chasse et la pêche, alors que les joncs et saules qui bordent le lac de Virelles sont utilisés par une famille de vanniers pour le rempaillage de chaises et la fabrication de paniers. L’endroit connaîtra ensuite bonheurs et malheurs divers, notamment en subissant les assauts peu respectueux du tourisme de masse, avant de renaître à l’écologie grâce aux bons soins de trois associations de protection de la nature. A savoir la Société d’études ornithologiques Aves, les Réserves naturelles et ornithologiques de Belgique (RNOB) et le Fonds mondial pour la nature (WWF), qui sont maintenant regroupés ici sous la bannière de l’ASBL Virelles-Nature. Depuis cinq ans, un projet de taille est développé sur le site, celui de l’Aquascope. Le pari, ambitieux mais bien dans l’air du temps, consiste à allier tourisme et protection de l’environnement, plus exactement de réduire l’impact de l’affectation touristique sur ce précieux biotope, et aussi d’en profiter pour mener des campagnes de sensibilisation. L’Aquascope s’est concrétisé par l’ouverture d’un Centre d’Interprétation de la Nature, mais aussi par la restauration des berges de l’étang. Les anciens pourtours de béton ont fait place à de nouvelles berges naturelles accentuant l’effet de lisière avec des lagunes, des îlots et des berges parfois plus abruptes. Les résultats ne se sont pas fait attendre et on a constaté une croissance rapide de la variété d’espèces observées. Fait de verre et de bois, le Centre nature est avant tout un espace découverte interactif qui permet d’apprendre en s’amusant et de s’immerger dans le monde aquatique. Projection d’un film sur Virelles sur grand écran, expositions temporaires ou encore la possibilité de visionner des images de la vie des animaux, prises en direct dans des zones inaccessibles du lac. Le parcours extérieur mène notamment à un observatoire et un mirador équipés d’une longue-vue, à un sentier de découvertes des milieux aquatiques, à ce curieux "passage souterrain" ( "le Mur de Moïse") entre mare et étang, qui permet de découvrir la vie sous l’eau. Ou encore cette passerelle dans les arbres offrant un autre regard sur le milieu forestier et débouchant sur le labyrinthe des impasses écologiques qui devrait logiquement aussi vous conduire sur la voie du développement durable.

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