Bertrix : plongée dans l’ardoisière

Qu’elle soit de Bertrix, de Warmifontaine ou de Martelange, l’ardoise ardennaise affiche depuis toujours une solide réputation. Sa faible porosité d’une part, sa forte résistance aux chocs et pressions diverses d’autre part, lui confèrent une belle longévité qui s’étale encore aujourd’hui sur les toits de nombreuses maisons de la région.

Jean-Marie Antoine
Bertrix : plongée dans l’ardoisière
©Olivier Pirard

Qu’elle soit de Bertrix, de Warmifontaine ou de Martelange, l’ardoise ardennaise affiche depuis toujours une solide réputation. Sa faible porosité d’une part, sa forte résistance aux chocs et pressions diverses d’autre part, lui confèrent une belle longévité qui s’étale encore aujourd’hui sur les toits de nombreuses maisons de la région.

Nous sommes ici au domaine de la Morépie, à quelques kilomètres au sud de Bertrix, et à peine la même distance encore de l’E411. Sous l’enseigne "Au Cœur de l’ardoise", l’endroit, à première vue, n’a rien de très attirant. Un bureau d’accueil, une cafétéria, une petite plaine de jeux. Mais, vous l’aurez compris, c’est sous le sol que cela se passe. Il faut donc emprunter un escalier métallique pour descendre à 25 mètres sous terre. Ici, pas question de saison : que vous veniez lors d’un été caniculaire ou lors de périodes de l’année plus grelottantes, la température est toujours la même : 11 degrés. Si le casque est de rigueur, la visite est libre et on déambule ainsi par petits groupes dans un réseau de salles et de galeries. 700 mètres d’entre elles sont accessibles, sur un total de 4 kilomètres de voies souterraines creusées par l’homme dans le schiste au temps de l’exploitation de l’ardoisière.

Le parcours dure environ une petite heure. Il est rythmé par des bornes interactives qui fournissent des explications (en français, en néerlandais et en wallon) sur les différentes facettes du rude métier des scailtons, les mineurs d’ardoise. Des mises en scène réalisées à l’aide de mannequins montrent par exemple un ouvrier accroché à une échelle de bois avec un bloc de 100 kilos sur le dos, un autre poussant un wagonnet ou encore forant dans le phyllade, le schiste ardoisier.

Pour en savoir plus, il vous suffira de réserver au préalable les services de Louis Socquay, un ancien ouvrier de la Morépire, qui accompagne volontiers les groupes à la demande. Le mineur retraité raconte avec une passion intacte ce métier qui semble maintenant figé dans une époque bien révolue. Louis avait été engagé à l’âge de 15 ans. Il a tout d’abord travaillé en surface, comme fendeur. Il était alors armé d’un maillet de bois et de trois ciseaux à pierre de longueur et d’épaisseur différentes. Son travail consistait à séparer les spartons, les petits blocs de schiste ardoisier, pour en faire des tranches de 3 à 5 millimètres d’épaisseur. Lorsqu’il a eu 18 ans, Louis est descendu travailler au fond de la mine où il deviendra porteur. Dans un environnement confiné où plane une poussière intense, il transportera sur son dos des blocs de pierre de 40 à 150 kilos pour les acheminer vers la galerie principale.

Sachez encore qu’une fois revenu à l’air libre, vous avez encore le loisir de visionner une vidéo qui complète la visite en présentant les différentes techniques de transformation des blocs de schiste en ardoise. Si une plongée sous la terre a le don de vous ouvrir l’appétit, vous serez peut-être tenté par cette formule baptisée "Mine gourmande" qui associe la visite de l’ardoisière avec un repas souterrain dégusté en plusieurs phases. Soit, pour commencer, deux haltes de mise en bouche : un apéritif chaud de terroir tout d’abord, un potage au canard et petits légumes ensuite. On passe ensuite au plat de résistance, à savoir les Canadas aux rousses, menu traditionnel des scailtons), fait de pommes de terre marinées sur un lit d’oignons et accompagnées de trois viande fumées). Le dessert (un feuilleté aux pommes) et le "café des scailtons" (un mélange sucré de café et de genièvre) sont servis en surface. Cette formule "Mine gourmande" est proposée aux groupes de minimum dix personnes sur réservation, mais aussi en individuel le dimanche midi. Prix "all in" (visite, repas et boissons) de 35 euros (18 euros pour les moins de 16 ans). Il faut prévenir la veille au plus tard et prévoir environ 2h30 de présence sur place.

A noter encore dans votre agenda : le 13 septembre prochain, une marche gourmande de 9,6 km est organisée autour du site pour découvrir la vallée de l’Aise. Le parcours se terminera à l’intérieur de la mine où sera servi le pousse-café.

Sachez aussi qu’une des salles (inaccessible au public) de l’ardoisière sert de salle d’affinage au bien nommé "Tomme de schiste", un fromage fabriqué à la ferme d’Acremont (à un petit quart d’heure de voiture), à Jehonville-Bertrix. C’est ici que s’est installé il y a une dizaine d’années Peter de Cock, un maître fromager néerlandophone. Il est maintenant à la tête d’un imposant cheptel de brebis laitières de race belge et commercialise des fromages, des yaourts, du beurre et encore de la crème de lait aux vertus médicinales.


La Bergerie d’Acremont, rue de Bernifa 17 à 6880 Bertrix, 061/535435 Ouvert tous les samedis de 14h à 17h (tous les jours pour les groupes sur réservation). Au Cœur de l’ardoise, rue du Babinay 1 à 6880 Bertrix. 061/414521. Ouvert tous les jours de 10h à 18h sans réservation jusqu’au 30 septembre (sauf les lundis non fériés). Pour les périodes d’ouverture suivantes et infos diverses : www.aucoeurdelardoise.be. Tarifs de la visite souterraine : adultes 8 €, enfants (6/12 ans) 5 €, étudiants/seniors : 7 € ; groupes (20 pers. minimum) : 7 €, 4,5 € et 6 €. Vidéo : 1 € par personne.

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