Grand-Place, toute la majesté de Bruxelles

C’est à chaque fois la même émotion quand, au détour d’une ruelle à l’ambiance médiévale, le magistral spectacle s’offre d’un coup au regard : la Grand-Place de Bruxelles est bien la plus belle du monde, et il serait inutile, voire même franchement déplacé, de mettre en doute notre affirmation. Bécasse et Mort subite Brussels Summer festival

Jean-Marie Antoine
Grand-Place, toute la majesté de Bruxelles
©Jean-Luc Flémal

C’est à chaque fois la même émotion quand, au détour d’une ruelle à l’ambiance médiévale, le magistral spectacle s’offre d’un coup au regard : la Grand-Place de Bruxelles est bien la plus belle du monde, et il serait inutile, voire même franchement déplacé, de mettre en doute notre affirmation.

D’entrée de jeu, c’est l’homogénéité architecturale qui marque sans doute le plus, avec en-tête d’affiche le majestueux Hôtel de Ville au sommet duquel Saint-Michel terrasse le dragon, là-haut, à 96 mètres de haut. Effectuons un bond dans l’histoire : le 13 août 1695, l’armée française, installée sur les hauteurs de Molenbeek, dirige ses canons sur le centre de Bruxelles. Un terrible incendie ravage alors la Grand-Place et ses environs, à l’exception de la tour de l’Hôtel de Ville, des murs de la maison du Roi et de trois façades de maisons. La reconstruction de la place va faire l’objet de certaines impositions urbanistiques, ce qui explique sans doute la cohérence de l’ensemble, malgré le mélange de différents styles, gothique, baroque italo-flamand et Louis XIV.

Le prince-électeur de Bavière, Maximilien-Emmanuel, qui était aussi gouverneur de Bruxelles au nom du roi d’Espagne, tentera aussi d’y imprimer la marque du pouvoir princier, que l’on peut surtout deviner dans le bâtiment des ducs de Brabant, un complexe de sept maisons qui occupe toute la largeur de la place dans sa partie haute. La grande majorité des autres bâtiments sont les maisons des puissantes corporations, essentiellement dans les secteurs de l’alimentation et du bâtiment. Le métal et le textile sont sous-représentés parce qu’à la fin XVIIe siècle, ces deux secteurs avaient déjà commencé à prendre leur distance par rapport au système corporatif.

Concentrons-nous sur l’autre largeur de la place, donc dans sa partie basse, pour observer ces magnifiques façades très ouvragées dont certains détails donnent des indications précises sur les métiers qui les ont financées. De gauche à droite, voici Le Renard, Maison des Merciers, dont le pignon est coiffé d’une statue de Saint-Nicolas, le patron de la corporation ; le Cornet, Maison des Bateliers, et son fronton triangulaire où l’on reconnaît la poupe d’une frégate du XVIIè siècle ; la Louve, la Maison des Archers, doit son nom à cette représentation de Romulus et Rémus au-dessus de la porte d’entrée du rez-de-chaussée ; le Sac, Maison des Ebénistes, arbore un pignon richement décoré et dominé par un globe portant un compas, l’instrument des ébénistes ; la façade de la Brouette, Maison des Graissiers, abrite une niche où loge la statue de saint Gilles ; le roi d’Espagne enfin, devenu l’enseigne d’un célèbre café, était l’imposante Maisons des Boulangers.

A gauche de l’Hôtel de Ville, un groupe de maisons est dominé par celles des des Brasseurs et des Bouchers. Cette dernière, la Maison du Cygne, est agrémentée d’un balcon central, un exemple de saillie qui nécessitait, après 1695, une autorisation du magistrat de la ville. Après l’acquisition du bâtiment par la corporation des bouchers en 1720, le fronton triangulaire de la façade a été surmonté d’un toit et de trois statues représentant la Boucherie, l’Abondance et l’Agriculture.

En face de l’Hôtel de Ville, de l’autre côté de la place, la Maison du Roi (Charles Quint) est un grand bâtiment construit à l’emplacement de l’ancienne halle au pain. L’édifice a connu diverses rénovations et modifications au cours des siècles, la tour et les galeries du rez-de-chaussée et du premier étage datant par exemple de la fin du XIXe siècle. On peut qualifier le style architectural de gothique tardif, même si l’appellation "jeune Renaissance" est aussi appropriée. L’architecte Victor Jamar a pris exemple sur le magnifique Hôtel de Ville d’Audenarde.

Les lignes horizontales des galeries freinent l’envolée verticale de la façade pour créer un équilibre entre les deux dimensions. C’est ici que se trouve le Musée de la Ville de Bruxelles, intéressant pour ses collections d’oeuvres d’art et de collections retraçant l’histoire de la ville, ainsi que pour admirer la garde-robe de Manneken-Pis.

Quittons la Grand-Place par la petite rue de la Colline pour rejoindre les fameuses Galeries royales Saint-Hubert, où l’on passe sans trop s’en rendre compte de la Galerie de la Reine à celle du Roi ou celle des Princes. Elles étaient au milieu du XIXe siècle les plus longues, les plus hautes et les plus lumineuses galeries couvertes du monde, grâce à cette verrière hémicylindrique de 200 mètres. Elles sont aujourd’hui un désuet mais majestueux havre de paix dans le centre de Bruxelles.

Derrière les belles arcades vitrées, les commerces de luxe alternent avec les cafés, les salons de dégustation et les lieux culturels qui témoignent encore de l’effervescence littéraire et théâtrale d’une autre époque. Un petit coup de cœur, côté Galeries des Princes : la librairie "Tropisme" est installée dans le décor d’une ancienne salle de bal pour jeunes filles de très bonne famille. Le cadre est resté intact, avec ses murs en miroirs, sa grande mezzanine, ses colonnes décorées et son magnifique plafond fait de stucs étincelants.

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