Gaasbeek, la vie de château

En route pour une excursion dans le Pajottenland. Sur cette terre qui inspira Bruegel, la gueuze se brasse toujours de manière artisanale et le regard se noie dans les superbes paysages de cette ceinture verte qui entoure la région Bruxelloise. Notre point de chute est le domaine de Gaasbeek.

Jean-Marie Antoine
Gaasbeek, la vie de château
©Olivier Pirard

En route pour une excursion dans le Pajottenland. Sur cette terre qui inspira Bruegel, la gueuze se brasse toujours de manière artisanale et le regard se noie dans les superbes paysages de cette ceinture verte qui entoure la région Bruxelloise. Notre point de chute est le domaine de Gaasbeek. Via le ring, on emprunte la sortie 15A, direction Lennik. On franchit vite deux ronds-points en direction de Vlezenbeek, puis un (petit) troisième quelques kilomètres plus loin. C'est ici que vous trouverez les indications pour rejoindre le domaine tout proche qui se compose d'un grand parc dont le château et le jardin-musée constituent les deux principaux centres d'intérêt.

Le château a été plusieurs fois reconstruit sur les bases d'un premier édifice érigé vers 1240, en forme de bastion destiné à protéger Bruxelles et le Duché de Brabant des attaques venues des comtés voisins de Flandre et de Hainaut. L'endroit connut de célèbres propriétaires, notamment la famille de Horne et le comte d'Egmont, celui qui allait perdre la tête un jour de juin 1568 sur la Grand-Place de Bruxelles.

Mais c'est une femme qui a véritablement marqué l'histoire de Gaasbeek, à savoir la marquise Arconati-Visconti, née Marie Peyrat sans titre ni fortune, qui deviendra très vite veuve. A la fin du XIXe siècle, elle investira une énorme fortune (on cite volontiers le chiffre de 1,2 million de francs or de l'époque) pour transformer le château et lui donner une forme romantique très largement inspirée par le château de Pierrefonds à Compiègne.

A noter que la pourvoyeuse de fonds était aussi surnommée "la Marquise rouge" en raison de ses convictions politiques. Et, pour la petite histoire, sachez encore qu'elle aimait se déguiser en page de la Renaissance. La marquise Arconati-Visconti ouvrira largement les portes de sa vaste demeure aux artistes et intellectuels. Peu avant sa mort, en 1923, elle cédera sa propriété au peuple belge, et donc, plus précisément, à l'Etat.

On visite maintenant l'intéressant musée installé dans une aile du château. Le parcours consiste en une succession d'intérieurs historiques comme la salle des chevaliers, la bibliothèque, la salle des archives ou encore les chambres. C'est l'occasion de saisir l'ambiance et la grandeur d'une époque finalement pas si lointaine. On admirera une collection unique de meubles précieux, de tapisseries de Tournai et de Bruxelles, mais aussi des peintures, des statues, ainsi que de l'orfèvrerie et de l'argenterie.

A côté du château, le jardin-musée est un endroit à la fois étonnant et charmant qui ressuscite une glorieuse époque où l'on associait l'utile à l'agrément, l'esthétique à la fantaisie. Depuis près de quinze ans, on s'active ici à faire renaître cette période, que l'on peut situer entre 1860 et 1940, où le savoir-faire des jardiniers flamands était apprécié de par le monde. Dans ce vaste espace ceinturé par un mur et divisé en différentes parcelles, on cultive aux sens propre et figuré ce prestigieux passé agricole. Voici le potager, le jardin d'agrément, le verger des pruniers et ses 56 variétés, ou encore le jardin fruitier et son impressionnante collection d'arbres palissés.

On admirera ainsi des tailles anciennes aux formes superbes, éventail, double U, losange, ou encore cette taille en virage à 90 degrés qui donne au tronc l'aspect d'un chemin végétal en lacets. Les connaisseurs apprécieront les différentes greffes qui permettent par exemple d'accueillir six variétés différentes de poires sur un même arbre. Ce magnifique jardin-musée se visite en groupe pendant la semaine et sur réservation (016/211226), et le dimanche en individuel. Les guides maîtrisent bien le français.

A deux pas du domaine de Gasbeek, le vieux parc de Gronenberg a retrouvé une nouvelle jeunesse dans les années 1990, lorsqu'un peloton de jardiniers aux ordres de la Communauté flamande a entrepris de donner de la compagnie aux feuillus séculaires, hêtres, charmes et chênes. D'autres arbres plus méconnus et aux noms parfois curieux côtoient ainsi des colonies de rhododendrons et d'hortensias qui s'amusent à fleurir les uns après les autres. Sans oublier, bien sûr, cette collection d'azalées unique en Belgique, forte de ses quelque 140 variétés rayonnant sous le soleil printanier.

Le vaste domaine s'agrémente d'un étang dont une partie des berges est inaccessible au public, histoire de rendre à la nature un peu de sa liberté perdue.

Une petite halte s'impose à la roseraie internationale du domaine de Coloma. Une des plus belles collections de rose en Europe est présentée ici, dans un espace de deux hectares. On dénombre plus de 3 000 variétés provenant de 23 pays différents, soit un total de quelque 66 000 roses qui déclinent toutes les gammes de couleurs. Le petit musée intégré au site est intéressant pour les explications fournies (... en néerlandais uniquement) sur les nouvelles technologies appliquées à l'amélioration de la culture de la reine des fleurs.

© La Libre Belgique 2009

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