La Roche et les écrins de l’Ourthe

Lovée dans un méandre de l’Ourthe, La Roche déploie sa vocation touristique au pied de l’éperon rocheux du Deister, impressionnant site naturel fait de dalles de schiste où s’accrochent toujours les ruines médiévales d’un château qui a connu une glorieuse histoire entre le XIIe et le XVIIe siècle.

Jean-Marie Antoine
La Roche et les écrins de l’Ourthe
©Johanna de Tessières

Lovée dans un méandre de l’Ourthe, La Roche déploie sa vocation touristique au pied de l’éperon rocheux du Deister, impressionnant site naturel fait de dalles de schiste où s’accrochent toujours les ruines médiévales d’un château qui a connu une glorieuse histoire entre le XIIe et le XVIIe siècle. Le site se redécouvre maintenant au gré de travaux de restauration. Diverses animations rythment le site les week-ends, à la haute saison. Comme, par exemple, ce spectacle son et lumière du Fantôme Berthe, visible depuis le quartier du Faubourg. Il est basé sur cette légende fameuse qui se termine par la mort atroce de la comtesse Berthe, enjeu bien malgré elle d’un règlement de comptes diabolique entre le comte de Montaigu et celle auprès de laquelle il s’était engagé, la comtesse Alix de Salm.

Refaisons l’Histoire, encore, mais plus récente et plus douloureuse. La Roche fait partie des villes qui ont payé un lourd tribut à la bataille des Ardennes. Occupée par les Allemands, elle fut bombardée par les Alliés puis libérée par l’armée britannique. En décembre 1944, la bataille sera terrible. La ville sera détruite à 90 % et 114 habitants perdront la vie. Ces heures tragiques de la petite cité sont évoquées dans l’intéressant petit musée de la Bataille des Ardennes, qui fait la part belle à l’intervention des soldats britanniques. Un tank Sherman américain, sur le quai de l’Ourthe, et un char britannique Achilles, caserné un peu plus loin, témoignent de l’hommage de la population locale à ses libérateurs. Avec ses terrasses accueillantes et ses rues commerçantes, La Roche est un lieu très fréquenté par les touristes, dont beaucoup de promeneurs et de randonneurs. C’est qu’ici la nature est proche et invite à la balade. En guise de mise en jambes, on rejoindra ainsi la chapelle Sainte-Marguerite, puis le Belvédère, pour profiter de vues imprenables sur le château, la petite cité et la rivière.

En amont de la Roche , l’Ourthe sauvageonne se la joue rivière fougueuse. Elle n’est pourtant née que quelques kilomètres plus loin, près d’Engreux, de la rencontre entre l’Ourthe orientale (dont la source est située près du village d’Ourthe) et de l’Ourthe occidentale. À peine formée, elle est même freinée dans son élan par le barrage de Nisramont. Le pourtour de cette vaste retenue d’eau se décline en une superbe promenade de 14 kilomètres.

Une fois redevenue elle-même, l’Ourthe donne vite sa pleine mesure en se faufilant dans des sites naturels grandioses. S’il en est un d’incontournable, c’est celui du Hérou, ce méandre de la rivière dominé par un imposant rocher, qui a joliment bien tracé sa route d’une autre manière puisqu’il figure au patrimoine paysager de Wallonie. Il fait aussi partie de l’une des entailles les plus connues du plateau ardennais.

Depuis les hauteurs du village voisin de Nadrin, à quelques kilomètres de Houffalize, un belvédère offre un panorama grandiose où l’on plonge du regard vers les ambiances sauvages des bois de feuillus de la Haute-Ourthe. En bas, la rivière se tortille et joue les coquettes en se laissant admirer à plusieurs reprises. Des crêtes minérales jaillissent aussi de l’horizon forestier sous la forme de roches stratifiées quartzo-schisteuses.

Un peu plus loin, en aval, le site celtique du Cheslé est le plus important du pays. Vers 600 ans avant Jésus-Christ, les Celtes auraient construit une imposante forteresse sur ce long promontoire de quelque 700 mètres.

En suivant la rivière, on arrivera vite dans le charmant petit village de Maboge, qui mérite aussi la visite. Mais que ceci reste entre nous, pour ne pas perturber cette quiétude qui fait aussi le charme de l’endroit. Un autre village encore, en papillonnant du côté d’Houffalize, au fond de la vallée des fées. Achouffe est un autre petit bijou touristique où l’on abandonne volontiers sa voiture pour goûter aux joies d’une charmante promenade pédestre dans les campagnes environnantes.

Voici la chapelle Saint-Joseph, édifiée au début du XIXe siècle, qui abrite une Vierge à l’Enfant du XVIIe et un saint Roch du XVIIIe. Il suffit de passer le pont et voilà la pisciculture domaniale, créée à la confluence des ruisseaux de Martin-Moulin et du Chevral. C’est aussi l’occasion de déguster une Chouffe, blonde bière ardennaise, fer de lance de la petite brasserie locale.

Non pasteurisée , non filtrée, sans additif, agréablement fruitée, épicée à la coriandre et légèrement houblonnée, elle s’exporte fièrement et est, paraît-il, devenue la bière spéciale belge la plus vendue au Québec. La blonde fait maintenant cause commune commerciale avec une brune, la Mc Chouffe, dont le bouquet fruité laisse percer une légère pointe d’amertume.

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