En suivant la Semois

La Semois joue la paresseuse dans les larges plaines alluviales de la Gaume. A Chiny, elle tente une première percée dans le massif ardennais, creusant son lit dans le sol schisteux. Indécise, la Semois s’abandonne encore une fois à la douceur méridionale en traçant une large boucle vers le sud.

Jean-Marie Antoine
En suivant la Semois
©Jean-Luc Flémal

La Semois joue la paresseuse dans les larges plaines alluviales de la Gaume. A Chiny, elle tente une première percée dans le massif ardennais, creusant son lit dans le sol schisteux. Indécise, la Semois s’abandonne encore une fois à la douceur méridionale en traçant une large boucle vers le sud. Elle tutoie Florenville, flirte avec le village de Chassepierre, puis file vers Herbeumont et s’offre définitivement à l’Ardenne en serpentant, sauvageonne, au milieu d’un magnifique massif forestier. Elle se noie ensuite dans Bouillon, se laisse admirer de haut à Botassart, quitte enfin la Belgique à Bohan avant de devenir d’un coup cette Semoy française que la Meuse va très vite avaler

Reprenons ce parcours, en prenant la peine de faire quelques pauses riches en découvertes.

A Chiny, village où se tient chaque année en juillet le Festival du Conte, la Semois se découvre et s’admire du pont Saint-Nicolas. La petite plage, en amont du pont, est très fréquentée en été. Un plan d’eau y est affecté à l’initiation au kayak. Mais l’attraction touristique la plus connue, c’est la descente de la rivière sur une barque à fond plat, soit 8 kilomètres entre Chiny et Lacuisine dans un splendide environnement naturel. Le retour peut alors prendre la forme d’une promenade à travers bois.

Vous découvrirez de préférence Chassepierre en venant de Martué, par la petite route qui longe la rivière et se fait ici langoureuse pour enlacer le village bâti en amphithéâtre sur un immense tuf calcaire. Une charte de 888 cite déjà cette "Casa Petrea", ou "Maison de pierre", qui avait alors statut de villa royale. Plantée sur un rocher, l’église Saint-Martin domine de sa tour baroque de belles maisons articulées le long de ruelles. Témoin géologique du quaternaire, le "Trou des fées" est un réseau de galeries souterraines qui s’avancent sous les fondations de l’ancien moulin banal et se confondent encore avec les caves du presbytère.

C’est Jehan de Rochefort, fils cadet de la maison de Walcourt, qui fit stipuler en 1268 dans la charte affranchissant Herbeumont "qu’il se réservait la roche pour y construire sa maison".

La forteresse tournée vers la France et surveillant de haut la vallée de la Semois s’est adaptée aux tourments de l’Histoire avant d’être incendiée et rayée du paysage par les troupes françaises, en 1657.

Le site a fait l’objet de campagnes de fouilles et de restauration. Le château adopte un plan en trapèze irrégulier, formé par un donjon et une enceinte rythmée par trois tours cornières. Celle qui s’élevait au sud-ouest offre un magnifique point de vue sur les forêts environnantes. La Semois, qui cherche sa route aux portes du rugueux massif ardennais, doit se faufiler en larges méandres enlaçant parfois des sites naturels grandioses.

A Herbeumont, elle trace une large boucle autour d’une crête rocheuse dont la forme rappelle les tombes médiévales. Le nom du site était tout trouvé : le Tombeau du Chevalier. De quoi alimenter les légendes qui trouvent ici une terre de prédilection.

A Cugnon, une autre crête étrange est appelée le Saut des Sorcières ou encore la Roche-à-Colas, en souvenir d’un pâtre légendaire qui n’avait pas peur des fées. Mais à tout seigneur tout honneur : le fameux Tombeau du Géant, à Botassart, magnifique sarcophage de verdure baigné par la Semois, est le site le plus photographié de la vallée. Il est entièrement classé par la Commission Royale des Monuments, Sites et Fouilles. On y raconte la légende du géant trévire qui fut enterré sur le mont parce qu’il refusait d’être emmené prisonnier des Romains après la bataille de la Sambre remportée par César.

Remontons quelques kilomètres en amont pour célébrer le fameux château fort de Bouillon, le plus ancien mais aussi le plus intéressant vestige de la féodalité en Belgique. Son plus illustre occupant fut le fameux Godefroid, chef de la première croisade. Vauban en fera une redoutable place forte à la fin du XVIIe siècle, à l’époque des guerres de Louis XIV, et le site sera occupé militairement jusqu’en 1830.

Le château fort se compose de trois fortins reliés par des ponts et d’un ouvrage plus important au sud-ouest. Sur la cour d’honneur s’élevait jadis le logis ducal. Une nouvelle exposition permanente a trouvé place dans la salle de l’ancien arsenal : Scriptura est consacrée à l’écriture, et plus spécialement à l’évolution de son apprentissage du Moyen Âge à nos jours. Installé dans un ancien couvent, l’Archéoscope Godefroid de Bouillon présente un spectacle audio-visuel qui fait revivre la première croisade sur les traces du duc Godefroy, de Pierre l’Ermite et de milliers d’hommes en route vers Jérusalem (www.archeoscopebouillon.be).

Un petit village encore : Poupehan se blottit paisiblement au bord de la Semois, alignant ses maisons aux murs de schiste et aux toits d’ardoises. On remarquera les vestiges des séchoirs à tabac, disséminés dans les champs ou accolés aux habitations. Ils témoignent encore de l’importance de cette culture, aujourd’hui disparue, qui a fait la renommée de la région au début du XXe siècle.

Le vieux lavoir occupe toujours une position centrale. Lui aussi a connu des années d’intense agitation, à l’époque encore plus lointaine où les villageoises faisaient office de lavandières pour les fabricants de drap de la région de Sedan. Car c’était bien connu : ici, à Poupehan, l’eau de la Semois lavait vraiment plus blanc que blanc.

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