Anvers, la majestueuse

Une forêt de pierre qui exhale un sentiment de grandiose sérénité. Avec des murs blancs qui rythment des dimensions impressionnantes. 117 mètres de long, sept nefs, 125 piliers : la cathédrale Notre-Dame d’Anvers est la plus grande église gothique de Belgique. La plus belle aussi, foi d’Anversois.

Jean-Marie Antoine
Anvers, la majestueuse
©Photonews

Une forêt de pierre qui exhale un sentiment de grandiose sérénité. Avec des murs blancs qui rythment des dimensions impressionnantes. 117 mètres de long, sept nefs, 125 piliers : la cathédrale Notre-Dame d’Anvers est la plus grande église gothique de Belgique. La plus belle aussi, foi d’Anversois. La monumentale chair de vérité témoigne du foisonnement baroque et c’est ici que l’on peut aussi admirer quatre des plus célèbres tableaux de Rubens, dont la fameuse "Descente de la Croix", magistrale composition classique aux subtiles lignes sinueuses qui resplendit par son contraste de couleurs. Symbole de la ville et véritable chef-d’œuvre en dentelles de pierre, la tour de la cathédrale, à base carrée surmontée d’une aiguille octogonale, dresse fièrement ses 123 mètres vers le ciel. La cathédrale est le centre du quartier historique, sur la rive droite de l’Escaut, distant de quelque 200 mètres à peine.

Rubens donc. L’Anversois le plus célèbre. Sa statue orne la Place verte, son tombeau se trouve dans l’église Saint-Jacques et le musée des Beaux-Arts de la ville possède une belle collection de ses tableaux. Mais l’esprit de Pierre Paul Rubens se redécouvre surtout dans sa maison, là où le peintre, l’homme d’affaires et le diplomate avait son atelier et recevait le monde. La belle maison bourgeoise du XVIIe siècle, agrémentée d’un jardin Renaissance, a fait l’objet d’une restauration foisonnante qui fait revivre l’atmosphère de la grande époque du baroque anversois. Avec les carreaux de faïence, les cuirs tendus sur les murs, le mobilier ouvragé et encore cette tribune d’où les visiteurs pouvaient contempler les œuvres du maître.

Quant au musée royal des Beaux-Arts, il prend la forme d’un temple de l’art néoclassique, érigé à la fin du XIXe siècle pour abriter une collection artistique qui s’est agrandie au fil des ans et devenir un témoignage unique de l’histoire de l’art flamand, du XIVe siècle à nos jours. En prenant les choses dans l’ordre d’entrée en scène chronologique, on commencera par la salle consacrée aux primitifs flamands et on terminera par celle où rayonnent les surréalistes. Entre les deux, notre route picturale sera jalonnée par les œuvres des grands maîtres. Vous voulez quelques noms ? Van Eyck, Memling, la famille Bruegel, Rubens et son école, Jordaens, van Dyck, mais aussi Ensor, Permeke, Magritte, Delvaux ou encore Alechinsky.

Une église encore, celle de Saint-Charles Borromée. C’est ici la monumentale façade baroque qui retient l’attention : c’est qu’en cette époque troublée de la Contre-Réforme, il s’agissait aussi d’en mettre plein la vue pour fortifier la foi des croyants et rassembler les brebis égarées du protestantisme. Commandée par les jésuites au début du XVIIe siècle, l’église Saint-Charles a bénéficié lors de sa construction des soins attentifs d’un certain Rubens qui supervisa le couronnement du clocher, la décoration de la façade et celle de l’intérieur. Malheureusement, les 39 peintures de plafond sur panneaux, réalisées avec l’aide de Van Dyck, ont disparu dans un incendie en 1718. L’église des jésuites a finalement survécu aux tumultes de l’histoire qui l’ont fait notamment devenir un entrepôt pour les œuvres d’art volées à la Révolution française, un hôpital pour les blessés de Waterloo et même temple protestant sous le régime hollandais.

Une autre maison. Elle fut l’imprimerie la plus prestigieuse d’Europe ainsi qu’un foyer important de l’humanisme, où Juste Lipse était chez lui. C’est en 1576 que le Français Christophe Plantin fit construire ce bâtiment au cœur d’Anvers pour y installer son atelier et sa librairie. Bathazar Moretus, le petit-fils de Plantin, développa encore le renom de la maison qui est maintenant devenue un lieu de pèlerinage très prisé des amoureux de l’écrit. Bibliothèques aux ouvrages prestigieux, superbes enluminures, salle des correcteurs, presses à imprimer, casiers en bois où s’alignent sagement les caractères de plombs, et encore cette librairie où le livre des comptes trône sur le comptoir en bois. L’histoire sent ici l’encre, le bois et le papier.

Retour à l’extérieur et direction le quartier de Zurenborg, pour admirer l’imagination au pouvoir, quand l’architecture devient un véritable art de la rue. Ici, la prestigieuse Cogels-Osylei aligne les maisons cossues, en forme de véritables petits palais citadins, dont les façades sont autant de fantastiques exemples des audaces débridées des bâtisseurs de la Belle Epoque, à la charnière du XXe siècle. Décorations, mosaïques, loggias et bow-windows sont les précieux témoignages d’une jubilatoire profusion stylistique où se côtoient le Jugendstil, le médiévisme, l’art nouveau, le cubisme ou encore le néobaroque. Avec cette fascination pour l’antiquité et l’exotisme, avec l’utilisation de matériaux nouveaux et encore ce sens du détail élevé au rang de grand art.

Au hasard de la promenade, on lèvera aussi le nez : accrochées aux façades des maisons, ou perchées à l’angle de deux rues, des dizaines de madones constituent un étonnant patrimoine artistique qui se déploie surtout dans le centre historique de la ville. Une association veille depuis plus de 60 ans à la conservation et à la mise en valeur de ces petites statues représentant la Vierge et l’enfant. Au-delà de leur forme et de leur style, elles se distinguent parfois aussi par leur nom : voici par exemple Notre-Dame de la Cheminée, Notre-Dame du Chant du cygne, ou encore La Reine des cieux.

Sur le même sujet