Spa, sources de plaisir

On parlerait maintenant d’un fameux coup de marketing : vers 1560, le médecin personnel du prince-évêque de Liège, Erard de la Marck, rédigea un traité sur les qualités hors du commun de l’eau acide de Spa.

Jean-Marie Antoine
Spa, sources de plaisir
©Devoghel

On parlerait maintenant d’un fameux coup de marketing : vers 1560, le médecin personnel du prince-évêque de Liège, Erard de la Marck, rédigea un traité sur les qualités hors du commun de l’eau acide de Spa. La bourgade va connaître alors un essor important, en devenant un lieu thermal très prisé, à la fois des simples touristes et des personnalités venues parfois de lointaines contrées, et désireuses de se refaire une santé dans "la Perle des Ardennes". Ce fut par exemple le cas du tsar Pierre le Grand qui y fit un séjour en 1717. Inutile de préciser qu’il ne passa pas inaperçu. Un pouhon (comprenez une source minérale) porte d’ailleurs son nom. L’endroit fut rapidement protégé par un bâtiment muni d’un fronton agrémenté d’un chronogramme en latin, vantant les vertus de la source dont l’eau "lève les obstructions, divise les matières endurcies, dessèche l’humidité, fortifie les parties affaiblies, pourvu qu’on en boive avec règle et mesure".

Dès le milieu du XVIIIe siècle, la petite ville sertie au milieu des forêts va prendre une ampleur nouvelle. Pour y attirer et y retenir le beau monde, on y construit des salles de jeux, des théâtres, des salles de bal. On y aménage aussi de superbes parcs. Très vite, la cure médicale n’est plus qu’un prétexte pour rejoindre ce lieu de plaisir et la ville se voit ainsi surnommée le Café de l’Europe, et même le Petit Paris. Les bâtiments à l’architecture impressionnante, comme les Thermes et le Casino, ainsi que le Musée communal, témoignent encore des glorieuses années de l’élégante ville d’eaux, de sports et de plaisirs mondains.

La fresque du "Livre d’Or", œuvre monumentale terminée par le peintre Antoine Fontaine en 1894 au terme de 12 ans de labeur, symbolise aussi ce passé glorieux. Un total de 95 gobelins (ou curistes) célèbres y sont représentés dont la tragédienne Rachel, le compositeur Gounod, le Shah de Perse Nazer-Ed-Din, le roi Charles II d’Angleterre, la Reine Marie-Henriette, le Roi Léopold II ou encore le peintre Fragonard. Cette fresque se trouve dans les jardins d’hiver du Pouhon Pierre-le-Grand évoqué plus haut.

Aujourd’hui, Spa vit toujours au rythme de son or bleu. Sur les hauteurs de la ville, les nouveaux Thermes de Spa ont pris la forme d’un magnifique complexe majestueusement ouvert sur les Fagnes. On y propose un étonnant et relaxant voyage aquatique, avec des bassins extérieurs et intérieurs qui totalisent quelque 800 m², en symbiose avec un environnement naturel de toute beauté. De quoi apprécier pleinement toutes les vertus du thermoludisme, cette forme moderne et non médicalisée du thermalisme. C’est la source Clémentine et son eau thermale à 32 degrés qui alimente ce vaste complexe aquatique animé par des jeux d’eau hydromassants, cloches d’eau, geysers, sièges à bulles, canapés bouillonnants et autres canons d’eau. On vient ici pour se détendre quelques heures ou pendant la journée entière. Au départ de la Place Royale, deux funiculaires panoramiques jumeaux emmènent les clients vers la colline d’Annette et Lubin où se situe le nouveau centre thermal. L’un des deux funiculaires est réservé aux clients du grand complexe hôtelier implanté sur la place, et offre un accès direct aux Thermes. En prolongement des bains se trouve l’Espace Forme et Relaxation et son ensemble de hammams et de saunas. Avec aussi des vues somptueuses sur les Fagnes et sur la cité en contrebas. En nocturne, le scintillement des lumières de la ville apporte un supplément de magie.

En dehors des temps forts de l’année culturelle comme les Francofolies de juillet et le festival de théâtre d’août, on vient surtout à Spa pour goûter au charme désuet de cette ville qui respire à chaque coin de rue la nostalgie de son glorieux passé.

Visiter Spa, c’est bien sûr effectuer la promenade des sources, disséminées aux quatre coins de la ville. Voici donc les pouhons Pierre-le-Grand et Prince de Condé, et les sources du Tonnelet, de la Sauvenière, de Groesbeek, de la Géronstère et de Barisart. Les deux pouhons sont aussi au menu d’une balade centrée sur l’architecture, avec aussi le casino et sa demi-rotonde à colonnes, l’hôtel de ville et son perron symbolisant les libertés communales, et encore la galerie Léopold II, supportée par 160 colonnes de fonte et qui relie deux petits pavillons, dans le parc des Sept-Heures.

La Fagne de Malchamps couvre 300 hectares au sud de Spa. Elle est drainée par petites parcelles et des monticules de terre ont formé un micro-relief particulier. Plusieurs chemins en caillebotis la traversent et c’est d’ici que proviennent les eaux alimentant diverses sources spadoises, dont celle de la Reine. On y vient aussi pour visiter le Musée de la Forêt, installé dans une vieille ferme ardennaise. On y raconte et explique la géologie, la végétation, la faune et les métiers de la forêt. A l’extérieur, une tour panoramique culmine à 24 mètres de haut et comprend deux plates-formes aux allures de poste d’observation. Vue de haut, la fagne est encore plus impressionnante.

Sur le même sujet