La Panne, terre de sable

Du sable à perte de vue ou presque. Déjà parce que la plage de La Panne est la plus large de la côte belge, ensuite parce qu’elle est dépourvue de brise-lames. Voilà donc un terrain de jeux idéal, où les sports de mer font bon ménage avec des activités plus terre à terre mais tout aussi grisantes, comme le char à voile ou les promenades à cheval.

Jean-Marie Antoine
La Panne, terre de sable
©Johanna de Tessières

Du sable à perte de vue ou presque. Déjà parce que la plage de La Panne est la plus large de la côte belge, ensuite parce qu’elle est dépourvue de brise-lames. Voilà donc un terrain de jeux idéal, où les sports de mer font bon ménage avec des activités plus terre à terre mais tout aussi grisantes, comme le char à voile ou les promenades à cheval.

Et comme le niveau de la plage est pratiquement le même que celui de la digue, ceux qui veulent tout simplement se la couler très douce s’installeront sur une des nombreuses terrasses qui s’invitent dans le sable, sorte de quartiers d’été des cafés, tavernes et autres tea-rooms qui s’activent sur la digue. Fauteuils et parasols rivalisent alors de couleurs sur la plage pour marquer le territoire jusqu’à la nuit tombante. Imaginez-vous confortablement assis face à la mer, les pieds nus en éventail noyés dans le sable, une boisson fraîche à portée de main

Et si vous avez le sentiment qu’il fait toujours un (petit) peu plus chaud à La Panne qu’ailleurs à la Côte, c’est sans doute parce que vous ressentez les effets de ce microclimat qui s’explique par la présence de longues et hautes dunes. Le sable capte la chaleur du soleil avant de la rejeter dans l’atmosphère. Qui dit dunes pense aussitôt Westhoek, l’un des plus grands ensembles dunaires des côtes européennes.

Au début du siècle dernier, Jean Massart, botaniste et pionnier de la conservation de la nature, avait déjà mené campagne pour la protection de ce vaste espace qui deviendra réserve naturelle en 1957. En tout, 340 hectares où le paysage se métamorphose en permanence. Le principal acteur de la configuration mouvante du paysage du Westhoek, c’est bien sûr le vent. C’est lui déjà, aidé par les courants marins, qui pousse ce sable venu des caps Blanc Nez et Gris Nez et s’accumule tout d’abord au large des côtes, puis est repoussé vers la plage.

Sachez que pour soulever les grains de sable sec, la vitesse du vent doit être au moins de 15 km/h, soit 4 mètres par seconde. Lorsque les grains sont humides, ils se collent les uns aux autres et ne bougent plus. Les derniers arrivés s’humidifient par capillarité et la dune s’élève. Mais le vent, toujours lui, sèche aussi le sable qui passe alors au-dessus de la dune. Celle-ci avance donc, en roulant à la manière d’une vague, mais en se déplaçant à la vitesse d’un escargot centenaire. Ce qui peut quand même représenter une distance de 25 mètres par an.

Toutes les dunes du Westhoek ne sont pas mobiles pour autant. Elles se fixent grâce à des arbustes qui les colonisent : argousier, sureau noir, morelle douce-amère, aubépine ou saule rampant. Des lieux de vie qui attirent de nombreuses espèces d’oiseaux, piollot fitis, fauvette babillarde, linotte mélodieuse, gobe-mouche gris ou rossignol philomène.

A noter que La Panne compte encore trois autres réserves naturelles. Les dunes fossiles de Cabour, les plus anciennes du littoral belge, forment un cordon étroit, perpendiculaire à la frontière. La partie belge s’étend sur 80 hectares. L’endroit n’est pas libre d’accès, mais des promenades guidées sont organisées régulièrement. La réserve naturelle De Oosthoek présente une grande diversité paysagère et sa partie occidentale fait partie du bois Calmeyn où l’on a planté au début du XXe siècle un nombre important d’essences arboricoles à des fins expérimentales et urbanistiques. Le domaine de Houtsaegerduinen est situé entre les zones habitées de La Panne et de St-Idesbald.

Autrefois très humides, les dunes sont maintenant desséchées et envahies par des buissons et des jeunes arbres. C’est cet univers de sable que l’on a progressivement urbanisé dès le XIXe siècle à des fins touristiques. Une petite promenade s’impose dans le quartier Dumont, situé à proximité du monument Léopold 1er et à une cinquantaine de mètres à peine de la plage. Ce quartier, qui est classé depuis 1995, a emprunté son nom à celui de ses concepteurs, les frères architectes Albert et Alexis Dumont.

Ici, en suivant des routes et chemins qui épousent les contours des dunes, on peut se laisser aller à la nostalgie en admirant de nombreuses villas érigées dans le style cottage anglais. On notera ainsi de superbes témoignages de la Belle Epoque, comme par exemple la villa Le Chalutier, un atelier de peintres des années 1920. La dune du Kykhill est le point le plus haut de La Panne. Les femmes de pêcheurs y avaient ainsi établi leur poste d’observation afin de guetter le retour de leurs hommes. Une villa très typique s’y dresse aussi depuis 1897, œuvre et habitation personnelle de l’ébéniste et architecte Georges Hobé, un des maîtres belges de l’Art nouveau bruxellois.

Sur la digue, la villa "L’escale" est la réalisation de l’architecte d’avant-garde, bruxellois lui aussi, Jean-Jules Eggericx. Et puisque nous sommes à la frontière, ne résistez pas non plus à l’envie de programmer une petite excursion de l’autre côté. La petite station française de Bray-Dunes est adorable et la ville de Dunkerque est une véritable (re) découverte.

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