Varsovie-Cracovie : la Pologne en capitales

L’une est le centre névralgique de la Pologne ; l’autre en est la capitale de cœur. Mais Varsovie et Cracovie valent toutes les deux le voyage.

Varsovie-Cracovie : la Pologne en capitales
© Pierre Gilissen
Pierre Gilissen

La Pologne évoque encore souvent davantage l’image confuse d’une morne plaine émaillée de grisaille post-soviétique, grande exportatrice de plombiers et de plafonneurs, que celle d’une merveilleuse terre de vacances. Le pays a pourtant été sans doute le plus rapide des anciennes “démocraties populaires” à tourner la page dès le début des années 90 et les deux plus grandes villes polonaises sont devenues des destinations populaires de city-trips. Elles ne sont pas véritablement rivales, mais tout les oppose, d’une certaine manière – vous n’y passerez pas le même type de séjour.

Si votre plus grand plaisir est de vous perdre au hasard de rues bordées de maisons gothiques ou Renaissance et de pousser la porte de nombreuses églises et de musées, alors Cracovie est faite pour vous. Kraków (prononcez “Cracouff”) possède une impressionnante collection de demeures anciennes dans sa vieille ville, autrefois ceinte de remparts et aujourd’hui lovée dans une ceinture de parcs. Le cœur de cet ensemble, où vos pas vous ramèneront forcément, c’est le Rynek Główny, la plus vaste Grand-place d’Europe avec, en plein milieu, la silhouette si particulière de sa Halle aux draps. La vieille ville, presque entièrement piétonnière, n’a rien, le soir venu, d’une ville musée, avec l’animation de ses innombrables bars et restaurants et sa vie culturelle. Loger en lointaine banlieue n’est sans doute pas la meilleure idée ici, d’autant que les prix de l’hôtellerie sont étonnamment doux.

Si le Rynek Główny est le cœur incontesté du quartier ancien, c’est à la pointe sud qu’on trouve, surplombant la Vistule, une ville dans la ville : la colline du Wawel, ensemble formé par le château et la cathédrale. Le château abrite notamment une très importante collection de tapisseries… presque toutes manufacturées à Bruxelles. Quant à la cathédrale, elle présente une invraisemblable collection de tombeaux et de sarcophages de rois et de dignitaires religieux aussi mythiques en Pologne que peu connus du touriste étranger.

C’est que cette colline – plutôt un monticule en réalité –, c’est le saint des saints du patriotisme polonais. Cracovie a été la capitale de la Pologne pendant près de six siècles et en est restée la capitale de cœur pour beaucoup de Polonais, d’autant plus qu’elle est la seule grande ville du pays à avoir été largement épargnée par les destructions de la dernière guerre. Elle n’a pas pour autant échappé aux drames : Kazimierz et Podgórze, au sud de la vieille ville, deux anciens quartiers juifs de la ville, ont été en première ligne de la catastrophe qui s’est abattue sur les Juifs d’Europe.

Kazimierz était une ville à part entière avant d’être absorbée par Cracovie. Elle comportait avant-guerre une importante communauté juive, dont il reste quelques traces, notamment plusieurs synagogues. Il ne reste par contre quasiment rien de l’ancien ghetto juif de Podgórze, mais c’est ici que se visite l’usine d’Oskar Schindler, rendue célèbre par le film de Steven Spielberg. Celle-ci est devenue un musée, dont le thème s’étend à tous les méfaits de l’occupation nazie.

Une ville ressuscitée

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© Pierre Gilissen

Partons maintenant pour Varsovie, à 300 km et seulement 2h20 de sa rivale par les trains les plus rapides. Au sortir de la Gare centrale, le paysage offert par cette métropole de 3 millions d’habitants ne saurait être plus différent de celui que l’on vient de quitter. Warszawa (prononcez “Varchava”) présente l’une des skylines les plus étonnantes d’Europe, entre une série de gratte-ciel – qui évoquent plus les métropoles-champignons du sud-est asiatique que la vieille Europe – et la célèbre silhouette du Palais de la Culture et de la Science. Haut de 237 mètres, ce colosse voulu par Staline est encore et toujours le plus haut bâtiment de Pologne. S’il copie la silhouette de l’Empire State Building, c’est sur une assise bien plus large, censée prouver à l’époque que si le socialisme pouvait construire de hauts bâtiments, il pouvait aussi prendre ses aises en largeur, n’étant pas rongé par les affres de la spéculation immobilière…

Vers le centre de la ville, on croise ensuite plusieurs musées historiques, dont le beau bâtiment contemporain du Polin, musée de l’Histoire des juifs de Pologne, des édifices néoclassiques, un palais baroque, mais aussi des quartiers très aérés, à l’architecture années 50 un peu froide. La capitale polonaise peut sembler déstructurée au premier abord – elle est en tout cas plus difficile à appréhender que Cracovie –, mais en 1945, elle était détruite à 85 %.

La vieille ville a été intégralement reconstruite, pierre par pierre, dans les décennies qui ont suivi, le vaste Château royal n’ayant été inauguré qu’en 1984. Avec le temps, l’ensemble a pris de la patine et c’est une réussite totale, qui impressionne par son ampleur – on parle ici de quelques hectares – et est aujourd’hui inscrite au patrimoine de l’Unesco.

On franchit les rives de la Vistule qui ne semblent, au beau milieu de la ville, qu’une immense zone de nature et de loisirs, pour arriver à Praga, seul quartier de Varsovie à avoir été épargné par les bombes. Il abrite le Koneser, une ancienne friche industrielle reconvertie en complexe voué aux loisirs, à la culture (lors de notre visite, il y avait une importante exposition consacrée à Banksy), à la vodka (qui y a son musée) et au shopping. Un peu plus loin, l’amusant Musée des néons évoque la période communiste à travers les enseignes lumineuses de l’espace public, florissantes dans les années 70 avant d’avoir été presque toutes replongées dans le noir par le général putschiste Jaruzelski en 1981.

On s’en voudrait de clôturer la visite par l’évocation de ce sinistre personnage : nous passerons donc nos dernières heures dans la capitale polonaise au palais de Wilanów, un peu à l’écart de la ville. Au menu : architecture baroque, meubles somptueux, dont des salons chinois, le tout dans un grand jardin aménagé dans différents styles. De quoi finir d’effacer l’image gris souris que traîne encore injustement l’est de l’Europe.

Comment s’y rendre

En avion : Ryanair propose 3 vols par semaine vers Cracovie et 5 pour Varsovie au départ de Charleroi. Attention, pour Varsovie, il s'agit du lointain aéroport low cost de Modlin, beaucoup moins pratique que celui de Cracovie, situé, lui, à 20 minutes de train du centre-ville.

En train ou car : décourageant, en l'absence, que l'on espère provisoire, de trains-couchettes. 20h de trajet par Flixbus au départ de Bruxelles.

En voiture : les deux villes sont à environ 1300 km de Bruxelles, via les autoroutes allemandes et polonaises. Péages sur la partie polonaise du trajet.

Quand y aller?

À des latitudes comparables, les deux villes connaissent un climat assez différent de celui de la Belgique : plus continental, soit nettement moins arrosé au printemps et en automne, plus chaud que chez nous en été et nettement plus froid (neige) en hiver.

4 bonnes raisons d’aller en Pologne

1 Le dépaysement pas loin

Partir derrière l’ancien rideau de fer reste subjectivement toujours plus aventureux que d’aller en France ou en Italie. Mais ce n’est pas plus loin et la Pologne est un pays bien organisé. Le voyage y est aujourd’hui aussi facile que n’importe où ailleurs en Europe.

2 Les excursions

Sur ce plan, Cracovie bat nettement sa consœur. Trois lieux valent réellement que l’on s’y attarde : la spectaculaire mine de sel de Wieliczka aux portes de la ville ; le pays noir polonais en plein renouveau architectural à Katowice et, bien entendu, l’indispensable pèlerinage aux camps d’extermination d’Auschwitz-Birkenau (Oswiecim). Ces deux derniers sites sont à environ 1h30 de train (6 euros aller-retour…) de Cracovie.

3 La gastronomie

Bien plus fine que ce que vous imaginez. La Pologne des grandes villes se met au diapason de la gastronomie contemporaine et internationale. On trouve aussi des cuisines, peu représentées chez nous, de pays plus proches de là-bas : à Cracovie, nous nous sommes par exemple régalés dans un excellent restaurant géorgien.

4 Les prix

Imbattables dans cette partie de l’Europe. À qualité de service équivalente, compter la moitié des prix ouest-européens pour l’hébergement et la restauration ; encore bien moins pour les trains ou les cars.