Cet article s'inscrit dans notre rubrique hebdomadaire de conseils touristiques.

Hallucinant ! cet appareil n’arrête pas de tanguer de gauche à droite !" Notre voisine étouffe un rire nerveux alors que l’Airbus de la Drukair effectue son approche de l’aéroport international de Paro en frôlant quelques fermes construites au sommet d’une colline. La veille, nous avons dû poireauter une journée entière à New Dehli, le commandant de bord renonçant finalement à partir, le Bhoutan étant noyé sous une tempête de neige. Là, Paro baigne sous un soleil généreux, la visibilité est parfaite ; tant mieux c’est l’un des aéroports les plus périlleux au monde : piste très courte et très étroite. Moins de dix pilotes sont homologués pour y atterrir. Toutes les manœuvres se font à vue, au milieu d’une vallée relativement escarpée - ceci dit sans doute la moins escarpée de tout le Bhoutan…

Nous posons enfin le pied au pays du Bonheur national brut. Le premier signe tangible que nous sommes en un lieu où le stress est banni, c’est l’accueil que réserve le douanier installé à une petite table à qui nous tendons notre passeport : "Comment allez-vous ? Vous avez fait bon voyage ? Excellent séjour au Bhoutan…"

Et pendant les neuf jours suivants, l’accueil sera toujours aussi charmant, calme, décontracté, naturel sans jamais en faire trop.

Le douanier, comme tous les Bhoutanais, est habillé dans la tenue traditionnelle : une sorte de longue robe de chambre (gho) qu’une grosse ceinture (kera) permet de rendre bouffante au-dessus, afin de former une grande poche, bas noirs et chaussures de cuir noires. Aroun, le guide, nous expliquera que c’est le roi, voici une petite quinzaine d’années, qui a suggéré d’en revenir aux vêtements bhoutanais - pour les dames, longue robe (kira retenue par une kera). "Rien ne nous empêche, le soir venu, de mettre un jeans ou un t-shirt pour sortir."

Lorsque nous visiterons un bâtiment administratif et/ou religieux (Dzong) - souvent une aile pour l’un, l’autre pour la deuxième fonction -, le guide portera également à l’épaule une étole (ou kabney) d’une certaine couleur, celle-ci rappelant la fonction de celui qui la porte (l’écharpe des femmes s’appelle rachu). Cela est d’une élégance rare.

Des p’tits trous, toujours des p’tits trous

Mais tout, dans ce pays, surprend. D’abord, la quasi-absence de route. La route principale, qui court d’est en ouest à une altitude variant de 1000 à 3500 mètres, aurait dû être achevée début 2018. Mais certains tronçons ne le sont toujours pas et le chauffeur de notre van roule quasiment au pas, alors que le précipice n’est jamais loin. Ailleurs, un rocher, sous l’effet du gel ou de la mousson, s’est déjà chargé d’emporter une belle portion de bitume fraîchement posée. La limitation de vitesse officielle dans ce pays grand comme la Suisse est de 50 km/h. Pas sûr que nous ayons jamais atteint cette vitesse folle. Il vaut d’ailleurs mieux parler en heures de route plutôt que de tenir compte du kilométrage entre deux endroits. Le bus qui relie l’est du pays aux cités de l’ouest met deux jours.

La forêt est omniprésente : elle couvre plus de 70 % du territoire. Là encore, le Roi a décrété qu’au grand maximum, ce pourcentage pourrait descendre à 60 % mais pas en dessous. Il n’existe d’ailleurs pas de pression urbaine, logique, avec seulement 700 000 habitants. La capitale, Thimphou, ne compte aucun bâtiment de plus de cinq étages. Le Bhoutan est également neutre énergétiquement parlant. Il revend même de l’électricité à son voisin indien. Les pesticides sont bannis du pays. Tous les aliments sont cultivés de manière organique. Et comme l’altitude minimale, côté indien, est de 250 m et les sommets proche du Tibet culminent à 7500m, on trouve de tout sur les tables, des pastèques, ananas ou autres fruits exotiques aux choux, pommes de terre, tomates ou carottes cultivés dans les rizières vers les 1000 à 2000 mètres d’altitude lors des saisons sèches, le riz étant planté à la mousson correspondant à notre été. À plus de 3000 mètres, aux cols, les yaks au long pelage brun-noir nous saluent, tandis que quelques nomades chaudement vêtus et descendus des hauts plateaux proches du Tibet vendent des colliers de cubes de fromage de yak, très dur et sec, ou des écharpes en laine du même animal. Bouddhiste adepte d’un bouddhisme proche du tibétain, le Bhoutanais ne tue pas les animaux, il mangera cependant des œufs. La viande est donc importée d’Inde.

Dans un temple en altitude, lors d’une cérémonie religieuse organisée par la famille d’un défunt, nous avons partagé le thé au beurre de yak, accompagné de riz soufflé. L’expérience vaut le coup d’être tentée. C’est nourrissant !

Sorte de grand all-inclusive où le touriste aura tout payé avant de partir (250$/jour en haute saison, 200$ en basse saison, dont 75$ de taxe sur le bonheur), le Bhoutan veut éviter à tout prix les erreurs commises par le Népal par exemple en matière de tourisme de masse. Pas question de transformer ses sentiers de randonnées et de trekking en autoroutes à backpackers. Chaque année, seuls 100 000 Indiens (dispensés de la taxe sur le bonheur) et 100 000 touristes payant le forfait taxe bonheur comprise se rendent au Bhoutan. Les seules dépenses que vous aurez sur place concernent les sodas et les alcools (excellents bières et whiskies locaux) ainsi que les souvenirs, l’artisanat local - travail du bois, peinture, tissage - étant de très grande qualité.

1. Gentillesse et l’authenticité

Au Bhoutan, un oui est un oui, un non est un non. Si le programme le permet, il sera possible d’effectuer un détour, une rencontre, d’assister à une cérémonie ou aux préparatifs des bonzes en vue des festivals (qui ont en général lieu en automne). Il se passe toujours quelque chose au moment de votre visite : hasard ? organisation sans faille ? Et si votre demande ne peut être satisfaite, inutile d’insister, ce sera non… avec le sourire.

2. Les dzongs


Le Bhoutan est divisé en 20 provinces, ou Dzongkhags. Chacune compte une bourgade principale où est construit un dzong fortifié, siège des pouvoirs administratif et religieux. La plupart datent du XVIIe siècle. Les plus beaux que nous ayons vus sont à Punakha, l’ancienne capitale d’hiver du royaume (grande photo), à Trongsa et à Jakar (dans la région de Bumthang, au centre du pays).

3. Le culte de la fertilité


Personne ne s’offusque de voir des phallus sculptés ou peints sur les façades, ou encore vendus dans les magasins de souvenirs. Entourés d’un ruban ou d’un dragon, à l’aspect un peu martial parfois, ils protègent les maisons du mauvais œil. L’origine de cette pratique vient d’un moine alcoolique tibétain venu au Bhoutan au XVe siècle, Drukpa Kunley. Depuis le village de Lobesa, un chemin mène au temple de la fertilité, Chime Lhakhang.

4. Le pass de Dochula

Par beau temps, de ce col situé entre Thimphou et Punakha, on a une vue imprenable sur la partie bhoutanaise de l’Himalaya, avec le Gangkar Puensum, le plus haut sommet du pays qui culmine à 7 570 m d’altitude. 108 chortens mémoriaux ont été construits pour marquer ce pass.

5. La grue à col noir à Phobjikha

Elle récompense les visiteurs hivernaux de la vallée de Phobjikha. Seule grue à vivre en altitude, cette espèce rare (900 individus ?) y hiverne en effet à 2900 m, au milieu de marais qui la protègent de prédateurs comme la panthère des neiges, avant de repartir début mars vers les hauts plateaux tibétains. Fermant cette vallée glaciaire, Gangtey est l’un des monastères les plus spectaculaires du pays.

Comment venir au Bhoutan

En avion : vol KLM Bruxelles-New Delhi via Amsterdam puis vol Druk Air - Royal Bhutan Airlines (avec les sommets himalayens, dont l’Everest, sur la gauche) jusqu’à Paro (ce dernier vol étant réservé par l’agence de voyages locale).

Se renseigner

Etho Metho Tours&Treks Particulièrement efficace avant et pendant le séjour, cette agence basée à Thimphou propose des voyages sur mesure : culture ? spiritualité ? trek ? festivals ? Une question par mail ou par WhatsApp, et vous avez la réponse dans l’heure. Sur place, le chauffeur et le guide deviennent vite des amis qui adaptent le programme en fonction des circonstances. http://www.bhutanethometho.com/