Cet article s'inscrit dans notre rubrique hebdomadaire de conseils touristiques.


Mékong. Le nom, à lui seul, suffit à faire voyager. Bouillonnant dans le Nord, à la frontière du Laos et du Cambodge, il s’assagit ensuite, et, au fil de milliers de kilomètres, porte la vie sur ses rives où poussent en pagaille fruits, légumes et riz, bien sûr, quand les saisons le permettent. Dans ses eaux fraient des centaines d’espèces de poissons, manne céleste qui nourrit les habitants des pays qu’il traverse. Du Tibet, où il prend sa source, au Vietnam, où il la termine dans un delta couvrant une superficie de 55 000 km², le Mékong change d’aspect, de nom, parfois, au gré des cultures, mais son cœur reste le même, à la fois contemplatif et grouillant de vie.

Ce constat, c’est au terme d’un voyage de dix jours au Cambodge et au Vietnam que nous y sommes arrivés. Dont sept passés sur un superbe bateau, à l’apparence extérieure délicieusement surannée mais qui cache un confort et un luxe dont la trentaine de passagers profitera à chaque instant, entre deux escales et autant de visites, sous un soleil de plomb.

Mais avant de rejoindre le Mékong Prestige, c’est à Siem Reap que nous posons le premier pied sur le sol cambodgien. Une belle entrée en matière, dans un petit aéroport, à quelques encablures de la ville qui, avouons-le, n’a rien de fort joli. Son véritable attrait - et ce autour de quoi elle s’est construite - ce sont les temples d’Angkor, sans doute l’un des plus beaux sites archéologiques qu’il nous ait été donné d’admirer. Malgré la chaleur, le taux d’humidité (80 %) et le décalage horaire, la magie opère…

Capitale de l’Empire Khmer du IXe au XVe siècle, le site, arpenté chaque année par des centaines de milliers de touristes, n’a rien perdu de son âme ni de sa magie. Et même si l’on y accède (temporairement) par un pont flottant (en plastique) - la voie principale est en réfection -, une fois face aux impressionnantes constructions de pierre, à l’ombre de Bouddha souriants, dans les volutes des bâtonnets d’encens et tandis que le soir tombe, on a véritablement la sensation de toucher un bout d’éternité…

Le lendemain matin, changement de décor et direction le lac Tonlé Sap, que les eaux du Mékong ont alimenté. Nous avons de la chance puisqu’il est à nouveau navigable depuis quelques jours seulement, ce qui nous évite un long et fastidieux trajet en bus pour rejoindre l’embarcadère de notre hôtel flottant. À bord d’un improbable bateau rapide (d’origine russe, nous précise-t-on), nous filons vers le sud, trois heures durant, sur cette (presque) mer intérieure, soit 16000 km² quand sa surface atteint son maximum. Grâce aux arbres immergés et aux maisons sur pilotis, on se fait une idée du décor, quand l’eau baisse. Car nous sommes ici au cœur d’un phénomène rarissime dans le monde : le Tonlé Sap, qui devient ensuite fleuve, par un principe qui ressemble à celui des vases communicants, coule dans les deux sens. Quand le Mékong est en crue, il déverse ses eaux dans le lac et, à la saison sèche, le cours s’inverse et c’est le lac qui remplit le fleuve…

Intemporelle Sadec

D’un bond, nous passons donc d’un bateau à l’autre, où nous attend un équipage - composé de Cambodgiens, de Vietnamiens, de Philippins - aux petits soins. Une semaine durant, ils n’auront de cesse de nous faire découvrir les beautés de leurs pays et la finesse de leur cuisine. Même si, pour le chef - qui le confiera le dernier soir - tout ceci manque cruellement de piquant. Un verre de bienvenue, quelques photos sur le pont soleil et voici le Mékong Prestige qui appareille. Le voyage peut (re) commencer…

Levée de bon matin pour admirer la vie qui reprend quand point le jour, nous visitons successivement un village flottant et un marché, le long du fleuve ; croisons de jeunes bonzes venus faire leur quête matinale puis partons à la découverte d’Oudong, ancienne capitale du Cambodge, où s’élève l’une des plus impressionnantes pagodes du pays. Dans une petite école où tout manque sauf les sourires, nous nous installons au milieu des enfants. Ils viennent d’apprendre à lire et à écrire mais s’imaginent déjà policiers, médecins, agriculteurs…

Du balcon de notre cabine, on constate que, peu à peu, l’architecture change et se densifie. Nous passons sous un énorme pont et, au loin, apercevons les premières tours de Phnom Penh. Nous passerons deux jours à arpenter une ville où la modernité côtoie les traditions et les larges avenues l’enchevêtrement des ruelles. Palais Royal, Pagode d’Argent, colline de Madame Penh : les spots touristiques ne manquent pas. Mais le plus bouleversant d’entre eux reste, incontestablement, l’ancien lycée S21 (lire par ailleurs), où furent emprisonnés et mis à mort les opposants au régime des Khmers Rouges.

Quand la navigation reprend, nous quittons le fleuve Tonlé Sap pour glisser doucement sur le majestueux Mékong. À la frontière, un employé du bateau s’acquitte des formalités et nous voici au Vietnam, que nos nouveaux guides - il ne viendrait pas à l’idée des Cambodgiens de commenter le pays voisin - nous présentent au bar, dans les grandes lignes. Les autres, les plus petites, nous les découvriront lors de nos futures escales, à Tan Chau où nous attendent des rickshaws qui nous mènent successivement dans un atelier mécanique de soie puis dans une fabrique de nattes. À bord d’une petite embarcation qui sert de taxi aux riverains du fleuve, nous visitons ensuite une ferme piscicole où s’ébattent des milliers de tilapias, dont les Chinois sont friands. Le soir, le bar se transforme en salle de projection et, à la veille de la découvrir "en vrai", nous plongeons au cœur de Sadec, la ville où grandit Marguerite Duras et qu’elle raconte dans L’amant .

Nous ne sommes alors qu’à quelques dizaines de kilomètres de la frontière cambodgienne et, pourtant, le changement se fait sentir. Quelques maisons coloniales se dressent encore fièrement, les rues sont sans doute un peu plus proprettes. Toujours à Sadec, nous visitons un temple Cao Dai. Multicolore, chatoyant, il regroupe toutes les religions que le caodaïsme a faites siennes - bouddhisme, confucianisme, taoïsme, christianisme - et même… Victor Hugo, qui serait apparu au fondateur du culte en habit d’académicien.

Et puis, enfin, au bout de notre voyage, il y a Hô-Chi-Minh-City, restée Saigon pour la plupart des Vietnamiens. Douze millions d’habitants, 6 millions de scooters. En arpentant ses rues, où le pas-de-porte des boutiques de luxe voisine avec ceux des restaurants de fortune, on se frotte à nouveau au bruit et à la fureur. Du toit de l’hôtel Sofitel (où une piscine attend les touristes), on contemple ce qui fut le cœur battant de la Cochinchine, qui pulse et pulse encore.

4 bonnes raisons de descendre le Mékong

1. L’accueil, le sourire, la chaleur

C’est presque un lieu commun de le souligner, mais dans les pays du Sud-Est asiatique, le sourire est partout. Que l’on déambule sur les marchés ou qu’on négocie - un grand sport - dans les halles de Phnom Penh, on est toujours accueillis par des visages ouverts et curieux. En retour, le minimum que certains touristes feraient bien d’apprendre, c’est de respecter les lieux de culte (temples, pagodes) et de réfléchir à deux fois avant de dégainer leurs appareils photo…

2. Le Mémorial de l’indépendance et du génocide

Cet ancien lycée, le S21, est aujourd’hui un musée, en plein cœur de Phnom Penh. 18 000 hommes, femmes et enfants y furent emprisonnés et torturés, beaucoup y laisseront leur vie, sous la dictature des Khmers Rouges. C’est en silence que l’on passe de classe en classe ou plutôt de cachot en cachot. Des lits en fer, des chaînes, des traces de sang sur les murs témoignent encore de l’horreur qui a régné là, de 1975 à 1979. Dans le petit jardin, où s’alignent quelques tombes, deux survivants vendent des livres qui racontent leur vie. Un moment poignant.

3. La nourriture, les nourritures…

Des soupes, des bouillons, du riz à tous les parfums, des curries : la cuisine cambodgienne - et plus encore vietnamienne - est d’une infinie richesse et, dès que l’on sort des établissements destinés aux touristes, très très relevée. À Phnom Penh, notre accompagnateur, Kevin, nous a achetés de quoi nous faire un festin sur le bateau : serpent (entier) rôti et en broche, mygale, vers, sauterelles, cafards d’eau… Un délice.

4. La quiétude

Évidemment, en embarquant sur un bateau de croisière - sur lequel, par définition, on va passer un certain temps - on ne sait jamais sur quel voisin de cabine on va tomber. Si des amitiés se nouent lors des excursions, au restaurant ou au bar, il est également parfaitement possible de profiter de la quiétude du paysage et du calme alentour, sur le pont soleil… dans le bain à bulle !


Comment se rendre au Cambodge

Avion : Thaï Airways assure une liaison directe Bruxelles-Bangkok et des vols entre Bangkok et Siem Reap. Service impeccable. Comptez 1 200 €.

Se renseigner

All Ways Cruises All Ways (racheté par le groupe Rivages du Monde) propose de très nombreuses croisières, sur tous les fleuves du monde ! 

Pour le Mékong (avion compris), le voyage de 13 jours est proposé à partir de 3980 €. http://www.all-ways.be/fr

Utile

Ambassade du Cambodge : Avenue de Tervueren, 264A, à 1150 Woluwe-Saint-Pierre. (02/772.03.72)

Ambassade du Vietnam : Bld Géneral Jacques, 1, à 1050 Ixelles. (02/379.27.37)