Bon, on va tout de suite établir le constat qui s’impose : Bruges est la plus belle cité de notre petit pays, et arrive aussi dans le peloton de tête des plus belles villes d’Europe. Ce n’est bien sûr pas un hasard si les touristes de passage en Belgique en font, avec la Grand-Place de Bruxelles, un de leurs points de chute incontournables. Et c’est en toute logique aussi que le centre historique de cette cité médiévale superbement conservée figure sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco depuis l’an 2000.

Mais Bruges ne se limite pas - loin de là - à un tourisme de façades et à une incontournable promenade romantique sur les canaux, les véritables artères de la cité. Car la ville mérite une visite approfondie de ses musées et de ses lieux qui évoquent l’histoire captivante et souvent mouvementée de la Venise du Nord. C’est aussi l’occasion de découvrir une autre facette de la ville, notamment ses nouvelles envolées architecturales résolument innovantes qui se sont concrétisées par exemple il y a quelques années par la construction, sur le ’t Zand, du Concertgebouw, nouveau temple de la culture et des concerts, au style hardiment contemporain.

Revenons à un parcours plus classique avec ce point de départ presque obligé que constitue le fabuleux site du Markt, véritable centre historique, commercial et populaire de la cité. C’est ici que se tenaient les tournois et les marchés, c’est ici que se pressent maintenant des colonies de touristes. La Grand-Place de Bruges est magnifique déjà de ce cadre architectural en forme de livre d’histoire, avec les façades imposantes des maisons occupées autrefois par les riches corporations. Mais ce sont surtout les halles et le beffroi qui constituent le principal fleuron architectural médiéval de l’endroit.

Surplombant la place du haut de ses 83 mètres, le beffroi a été construit en deux étapes à deux siècles d’intervalle. Il est terminé par une superbe lanterne octogonale de pierre blanche et s’escalade en 366 marches. L’occasion de découvrir La Trésorerie où les chartes sont renfermées dans des coffres, puis le gros bourdon et le mécanisme complexe du carillon. Tout en haut, le point de vue est vraiment imprenable.

La Breidelstraat, artère piétonne bordée de boutiques de souvenirs, donne accès au Burg, vaste quadrilatère en bordure duquel se trouve un autre monument incontournable, la fameuse chapelle du Saint-Sang, élevée au rang de basilique depuis 1923. Elle est en fait située au-dessus d’une autre chapelle, romane et plus ancienne. On y accède par un bel escalier gothico-Renaissance et on y découvre un style néogothique encombré de peintures et de vitraux. Mais l’objet de toutes les attentions, c’est la fameuse fiole au statut vénéré de relique qui contient, selon la légende, quelques gouttes du sang du Christ recueillies par Joseph d’Arimathie au pied de la croix. C’est, dit-on, Thierry d’Alsace qui aurait ramené ici la précieuse cargaison à son retour de croisade.

Le petit musée attenant à la basilique abrite la magnifique châsse du Saint-Sang, superbe pièce d’orfèvrerie du XVIIe siècle.

Par le Vismarkt, on rejoindra ensuite le Dijver, adorable petit coin de Bruges où le canal fait cause commune avec le quai bordé de grands tilleuls pour offrir une des plus belles cartes postales de la ville, avec cette perspective de vieilles maisons basses se reflétant dans l’eau. Mais l’endroit affiche aussi sa haute vocation culturelle, symbolisée déjà par cette imposante façade de l’ancien palais des seigneurs de Gruuthuse transformé en musée consacré à l’histoire de la vie quotidienne.

Le musée Groeninge voisin est, lui, carrément incontournable : il rassemble de superbes collections de peintures flamandes, avec notamment une importante section consacrée aux Primitifs flamands. Van Eyck, van der Goes, Memling, Dieric Bouts Dans le domaine du sport, on parlerait de dream team.

L’hôpital Saint-Jean est l’une des institutions de bienfaisance les plus anciennes d’Europe, mais aussi le premier bâtiment gothique primitif de Bruges. La partie la plus ancienne de l’ancien hôpital Saint-Jean est d’ailleurs encore de style roman. Un cloître abrite une remarquable pharmacie du XVIIe avec sa belle collection de meubles d’époque et d’objets utilisés pour la pratique de la médecine. La chapelle et l’ancienne infirmerie abritent le musée Memling qui contient six œuvres majeures du dernier des grands Primitifs flamands. Avec notamment le splendide triptyque du Mariage mystique de sainte Catherine et la mondialement célèbre châsse de sainte Ursule, un reliquaire en forme d’église gothique décoré de minutieuses enluminures.

A deux pas de là, l’église Notre-Dame est déjà remarquable par sa tour, prouesse de l’architecture gothique en brique, qui culmine à quelque 120 mètres et rivalise avec le beffroi en tant que symbole de l’opulente cité historique brugeoise. Mais l’église Notre-Dame est surtout exceptionnelle par la richesse et l’élégance de son patrimoine artistique. Avec en point d’orgue cette "Vierge à l’Enfant" signée par Michel-Ange, une œuvre lumineuse de grâce et de finesse. On se tournera aussi côté chœur pour admirer deux prestigieux témoins de l’art funéraire gothique et Renaissance. Soit le mausolée de Charles le Téméraire et celui de sa fille, Marie de Bourgogne, à jamais statufiée en jeune gisante au visage délicat, d’où émane une sereine mélancolie.