Cet article s'inscrit dans notre rubrique hebdomadaire de conseils touristiques.

A peine avez-vous débarqué de l'avion que les grandes baies du hall de l'aéroport de Sorvagur dévoilent un paysage... assez décevant, minéral et terne: pas un arbre, peu d'herbe, des moutons épars et très mal coiffés en ce mois de juin. Mais ne perdez pas courage: le petit comptoir d'informations touristiques propose gracieusement UNE carte de l'archipel, couverte d'étoiles: ce sont tous les sites remarquables, et il y en a clairement trop pour un séjour d'une semaine. Cette modeste publication reprend réseau routier, itinéraires pédestres, liaisons entre les îles, possibilités d'hébergement (rares), etc: à elle seule, elle suffit pour voyager. En route alors pour une aventure très nordique.

Un des meilleurs moyens pour se déplacer reste la voiture de location (à réserver en ligne, la flotte est limitée). L'auto attend le voyageur sur le parking de l'aéroport; elle n'est pas fermée et la clé attend dans la boite à gants. Ce qui en dit long sur la civilisation locale: confiance, simplicité. Sinon, l'auto-stop et les lignes de bus fonctionnent très bien.

Dans les alentours immédiats, quelques ressources sont à prendre en considération: l'hôtel Vagar, cher, mais tous les hôtels sont chers aux Féroé, et une auberge de jeunesse/camping à Midvagur, proche de l'aéroport. Plus abordable, les quelques chambres et lits en dortoir sont réservés depuis longtemps. Autre découverte précieuse: une grande surface ouverte jusqu'à 22h. Reste à monter la tente et à aller partager premières impressions et bons plans dans la cuisine communautaire.

Vagar

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Vagar offre les deux balades les plus photographiées des Féroé, et c'est normal, car ce sont les plus accessibles et les plus faciles. La première démarre derrière l'église de Midvagur et mène par un agréable chemin (c'est pratiquement le seul aux Féroé) aux abords d'un lac, lui-même perché au sommet de falaises gigantesques: le regard plonge avec effroi vers la houle furieuse...

La seconde rando mène de Bour, un joli village typique, vers Gasadalur, à l'ouest de l'île. Elle peut se faire par la route et un premier tunnel, ou par la montagne, à pied: le but est une cascade tombant à pic dans la mer. Un site qu'on imagine enveloppé de légendes, de drames, autant que d'embruns et de vacarme océanique. Ces spots se retrouvent très souvent sur Instagram par exemple, chaque photographe, et certains avec grand talent, s'efforçant de saisir la beauté, la rudesse, la pureté de ces paysages exceptionnels. A cet effet, ne pas oublier un ciré jaune ou une doudoune rouge, qui seront du meilleur effet et donneront une échelle aux paysages gigantesques.

Mykines

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Depuis Vagar, on peut aussi atteindre l'île de Mykines en bateau - le port d'arrivée est étroit voire dangereux - ou en hélicoptère: les conditions météo sont donc primordiales pour programmer cette excursion. Mykines est le paradis des oiseaux, les Feroé en comptent 274 espèces. Vous croiserez donc des ornithlogues, des photographes et des marcheurs. Certains oiseaux nidifient loin des rivages, commes les sternes, tandis que les macareux moines préfèrent des terriers dans les prairies en pente au bord de l'océan et de nombreux autres, les falaises: fous de bassan, guillemots, fulmars, goélands, albatros, ... : où que l'on se balade on ne peut manquer les colonies et encore mieux à la saison des nids, en juin-juillet. Et si les quelques chambres de l'île sont probablement réservées depuis belle lurette, le camping offre une vue magnifique sur le village et un généreux tapis de gazon, pour presque rien**.

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Les campings n'étant finalement pas très nombreux (voir carte), Vagar peut servir de camp de base pour des expéditions plus lointaines. Par exemple, vers Stremoy, l'île voisine que l'on rejoint en voiture par un impressionnant et sombre tunnel sous la mer. Au sud-est se trouve la capitale, Torshaven (12 000 habitants), qui offre tout ce que la vie moderne peut nous faire souhaiter. Comme un bon restaurant par exemple. Riche de quartiers historiques et charmants, Torshaven est également le siège du gouvernement et des ministères. Les députés s'y réunissent au sein du plus joli parlement du monde dans le hameau de Tinganes, sur la presqu'île au centre du port.

Saksun et Tjornuvik

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Au nord de l'île de Stremoy se trouvent deux autres sites exceptionnels, faciles d'accès: Saksun et Tjornuvik. Les bons marcheurs - et par beau temps - rallient à pied les deux villages en passant par la montagne. Mais attention, des cairns (bornes) numérotés disent combien l'itinéraire (3 heures au moins l'aller) peut devenir périlleux quand le brouillard tombe...Saksun se trouve au bout d'une route - appréciée des motards pour ses jolies courbes qui serpentent au fond de la seule vallée intérieure de tout l'archipel - et d'un fjord sablonneux découvert à marée basse. La plage au bord de l'Atlantique se trouve à demi-heure de marche.

Tjornuvik est un autre village historique, abrité lui aussi au fond d'un golfe. Célèbre pour son architecture traditionnelle, son remarquable paysage maritime, sa plage de sable noir et... son spot de surf, il offre un autre agrément, à ne pas manquer: le vieil homme - qui dans sa jeunesse a découvert la tombe viking à l'entrée du bourg - prépare à la belle saison sur le pas de sa porte, des gauffres au parfum irrésistible. Pour le plaisir de l'hospitalité et d'un brin de causette.

L'archipel

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L'exploration s'étend vers le nord, d'île en île, d'une étoile à l'autre sur la carte: par un pont, un second profond tunnel sous-marin (vers Klaksvik) ou des liaisons en ferry. Les routes sont presque toujours impeccables. Des tunnels à voie unique traversent les massifs où une succession de refuges permettent de se rabattre dans l'obscurité si une voiture arrive en face.

Et puis, les Féroé sont le royaume des cascades, de l'eau qui dévale, se précipite, chute et trace de longs traits étincelants avec plus ou moins de fraca,s selon les précipitations.

Enfin, patience si le ciel est gris: les paysages sont souvent traversés d'incroyables lumières, de voiles de brume, qui transfigurent cette nature gigantesque et intimidante. Caps vertigineux, fjords verts, reliefs sauvages, prairies sans chemins ou simples maisons de bois noir avec un toit de gazon y attendent simplement d'être contemplés.

Modestes, patients et courageux.


A SAVOIR

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  • ** Comptez 100-150 couronnes (une quinzaine d'euros) pour une nuit en camping; en cas de gros temps, soyez rassurés: les Féringiens ne vous laisseront pas tomber. Partout les commodités sont au standard scandinave: dans les villages, les toilettes publiques sont chauffées, propres, avec de l'eau chaude, une serviette et du savon. Un rêve.

  • Trouver un vol vers les Feroe? Atlantic Airways pour y atterrir, mais également pour réserver un vol en hélicoptère. Si la météo le permet, un vol avec le "Tyrla" (traduction en féringien du mot "fouet") est un moyen rapide de parcourir de grandes distances (ou de changer radicalement de point de vue). Il est peu onéreux grâce aux subventions du Danemark. Donc très vite rempli.

  • Les guides en français sont rares et/ou minces, les touristes francophones aussi d'ailleurs. On n'en dénombrerait qu'une centaine par an. Cependant un livre gratuit sur les oiseaux et la flore de l'archipel est parfois disponible dans les offices de tourisme, en anglais ou en allemand: il fourmille d'histoires, d'anecdotes et de renseignements précieux.


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