Fin juin, une enquête révélait que la Bretagne devrait être la destination préférée des Français cet été. Dans la région, il n'est pas non plus rare de voir des plaques belges sur les parkings des plages de Saint-Malo jusqu'à Ploemeur en passant par la Presqu'île de Crozon ou de Port-Navalo. Entre autres.

Pour celles et ceux qui envisagent de passer l'été en Bretagne, vous allez peut-être entendre dans les bars ou ailleurs certaines expressions qui vont vous faire sourciller. Car si la Belgique a ses belgicismes, la Bretagne a ses bretonnismes c'est-à-dire des expressions employées en français et héritées de la langue bretonne. Pour rappel, la région n'a été rattachée à la France en qu'en 1532 et est restée longtemps bretonnante.

"Il y a un siècle, il y avait 90%, 95% des gens qui parlaient le breton. Le français était appris à l'école comme une langue étrangère car la langue d'affaires, d'usage était le breton. Après, le français est devenu la langue dominante notamment pour des questions économiques. La région était plutôt pauvre. Cela s'est fait de façon violente car dans les années 20-30, les élèves étaient punis s'ils prononçaient un mot en breton. Ils devaient porter un sabot de la honte s'ils étaient surpris à prononcer un mot dans la cour alors que c'était sa langue familiale. Ça n'a pas été facile pour cette génération", explique Hervé Lossec, auteur du livre Les Bretonnismes.

L'auteur a recensé à peu près 1.200 mots utilisés dans le langage courant qui viennent du breton. "Il y a des tournures de phrases qui sont directement héritées du breton. Par exemple, ici, on parle beaucoup à la forme passive comme en anglais. On dira: 'J'ai été manger par le chien' plutôt que 'le chien m'a mordu par exemple'. De même, dans la conjugaison, on emploie aussi souvent le futur pour parler d'une action quasiment immédiate."

Ces deux ouvrages se sont vendus comme des petits pains (ou des kouign-amanns), à plus de 300.000 exemplaires.

"Ça a été un succès car beaucoup de gens et notamment des jeunes ont découvert que finalement ils parlaient souvent en breton lorsqu'ils parlaient français mais sans le savoir. Je crois que mon ouvrage a décomplexé beaucoup de gens. Ils en sont fiers désormais alors qu'avant ils avaient des complexes. On leur disait qu'ils parlaient mal le français. Les choses ont changé même ici on traîne parfois encore des complexes de "plouc". Le fait que ce soit légitime de parler de cette façon, je pense que ça a changé pas mal de choses."

Voici donc un petit lexique pour bien communiquer avec les autochtones entre deux baignades dans l'océan Atlantique.


  • Comment que c'est ?: comment ça va ?
  • C'est une brell: il est nul.
  • Partir en riboul: aller faire la fête.
  • Une lichouserie: une sucrerie, une douceur.
  • Une cuche: une queue de cheval.
  • Faire du reuz: faire du "buzz"
  • Il fait beau toujours: il fait beau tout de même.
  • Je suis dans le llagen ce matin: je suis dans le brouillard ce matin.
  • C'est une gouelle (du mot goéland): c'est un goinfre, gourmand.
  • Un grignous: un ronchon.
  • Un beg bras: une grande bouche.
  • Tu as du goût: Tu prends du plaisir.
  • Da gousket maintenant: au lit maintenant.
  • Croche dedans: mets-toi au travail.
  • Il y a du reuz (ou freuz): il y a du bruit.