Voyages La station savoyarde protège son image sportive et conviviale de celles et ceux qui n’y verraient que luxe et mondanités.

Val d’Isère, Val-la-sportive, Val-la-fidèle, Val-l’élégante, Val-l’exclusive. Ces qualificatifs, les Avalins et Avalines les chérissent. Ils acceptent aussi Val-la-britannique. Difficile de faire autrement sachant que 44 % de ses hôtes viennent d’Outre-Manche. Par contre, ils se cabrent dès qu’on associe le nom de leur village aux adjectifs "mondain", "bling bling", "m’as-tu-vu". Leur hantise : devenir comme Courchevel. "Se… courcheveliser !" Pas question qu’il n’y ait que des magasins de luxe, des galeries d’art et des hôtels cinq étoiles. Ou que des clients suffisamment riches pour se croire tout permis, refoulant les autres aux moins bonnes tables ou les éjectant des magasins. Ils sont les bienvenus, quelle que soit leur nationalité, mais qu’ils fassent du ski ou la fête, ici, ils se doivent de se fondre dans la masse.

Cette hantise n’est pas neuve. Il y a quinze ou vingt ans, Val d’Isère pointait déjà Courchevel comme l’exemple à ne pas suivre. "Je suis attachée à mon village. Je n’ai pas envie qu’il devienne juste un business", explique Isabelle Marie, propriétaire de deux hôtels dans le village, le Kern (2 étoiles) depuis 1982, l’Avenue Lodge (5 étoiles), construit il y a 10 ans en privilégiant le style et les matériaux naturels (bois, lauzes) sans faire l’impasse sur la modernité. "Il faut faire attention à ne pas se laisser envahir par les chalets de luxe et les lits tièdes (autrement dit, seulement occupés entre un et trois mois par an, NdlR). Et conserver toutes les catégories d’hébergement. Je pourrais mettre trois étages de plus sur le toit du Kern et le passer à trois ou quatre étoiles, mais je le refuse. Val d’Isère ne doit pas fermer ses portes aux jeunes qui sont notre clientèle de demain."

"Mieux, il faut les attirer, poursuit Isabelle Marie. Et donc mettre sur le marché des établissements qui leur conviennent. Des hôtels mais aussi des restaurants et bars. En altitude, ouverts dans l’après-midi, comme la Folie Douce, ou en after-ski, comme le Cocorico, par exemple. Sachant qu’à Val d’Isère, quand on fait la fête, qu’on boit et qu’on danse, on est en forme pour skier le lendemain." Et de pointer l’ardeur sportive de la municipalité, en hiver (organisation de courses de ski, modernisation des remontées mécaniques, entretien des pistes…) comme en été (balisage des sentiers de randonnées ou de trek, gestion du glacier pour le ski d’été…) ; un esprit que le Festival international du film aventure et découverte concrétise en image.

Fièvre constructrice

Avec un bémol, toutefois : le poids grandissant des promoteurs immobiliers qui densifient toujours plus le village, notamment en rachetant les hôtels peu étoilés d’autrefois pour les remplacer par des résidences de luxe. "Quand les hôteliers n’ont pas d’héritier pour reprendre l’affaire et/ou n’ont pas la même perception de l’offre, ils vendent. Et s’ils vendent, on ne peut pas leur reprocher de le faire au plus offrant", reconnaît Emmanuel Cordival, directeur général de Val d’Isère Tourisme. "Aujourd’hui, on voit arriver des investisseurs qui jouent moins la carte du placement que celle de la plus-value."

Cette fièvre constructrice, les Avalins et Avalines les calculent en… nombre de grues : jusqu’à 23 l’an dernier ! "Val d’Isère se densifie, ajoute Emmanuel Cordival, et son immobilier est toujours plus cher. Mais quand on a la maîtrise du foncier, on favorise l’efficacité et donc l’hébergement de type résidences, plutôt que les chalets exclusifs. On préfère le premium au luxe." Et statistiquement parlant, cela semble fonctionner. "La station compte 25 000 lits au total, dont 14 500 lits marchands et 2 500 lits hôteliers, pour un taux de performance unique de 82 nuitées par lit sur quelque 150, poursuit-il. Courchevel… (on y revient, NdlR) en a à peine 60. Et si beaucoup d’adresses hôtelières ont basculé dans les 5 étoiles, on a toujours un bon mixte, avec une majorité de 3 et de 4 étoiles. Mais surtout, on reste une station de ski. Dynamique l’hiver et qui commence à vivre l’été. C’est une saison à laquelle on tient et on croit, même si on ne le dit pas assez."


3 pistes... de réflexion sur le ski d’été


Équilibre entre pros et amateurs

Val d’Isère est sportive l’hiver, elle l’est aussi l’été. En version vélo (bike park, 160 km de pistes) et rando (une quinzaine de sentiers balisés au départ du village, notamment vers le Parc National de la Vannoise qui couvre quasiment la moitié de la commune), mais également en mode ski sur glacier. Sur celui du Pisaillas très exactement. C’est l’avantage d’être une station haut perchée (1 850 mètres d’altitude), nichée au cœur des sommets. En France, le ski d’été ne se pratique que dans trois autres stations : Tignes, les 2 Alpes et l’Alpe d’Huez. Mais alors que la saison de ski d’été y court sur juillet et août, à Val d’Isère, elle est plus circonscrite : cinq semaines, du 8 juin au 12 juillet 2019, sous réserve des conditions d’enneigement, et uniquement en matinée. En pratique, six pistes sont ouvertes, trois au grand public et trois réservées aux entraînements des clubs et équipes de ski alpins. L’accès se fait par la route du Col de l’Iseran puis par un télésiège et un téléski (tous les jours de 7 à 12 heures) pour atteindre les 3 300 mètres d’altitude du haut du glacier. Les tarifs s’échelonnent de 28,50 euros (1 jour) à 171 euros (6 jours).

Protéger le glacier

Si la saison de ski d’été à Val d’Isère est plus courte et plus précoce que la saison d’été (29 juin-1er septembre), et concentrée sur les seules matinées, c’est que le glacier du Pisaillas n’en supporterait sans doute pas plus. "Nous avons par ailleurs choisi de ne plus exploiter une piste sur le glacier en hiver afin de la préserver pour le ski d’été, indique Val d’Isère Téléphériques. De plus, et particulièrement en fin de saison hivernale, nous réalisons des ‘pièges à neige’ (tranchées de neige) afin de limiter l’impact du vent sur le glacier. Des mesures de l’épaisseur du glacier sont par ailleurs régulièrement effectuées, afin de suivre l’évolution." Car sa disparition est galopante : la distance entre sa limite d’aujourd’hui et celle d’il y a quelque 80 ans, se calcule en… heures de marche : une demi-journée au bas mot !

Rare mais pas cher

À entendre les adeptes du ski d’été, ses atouts sont multiples : il fait moins froid qu’en hiver et le soleil est quasiment assuré ; le domaine skiable est plus réduit mais les pistes - et les remontées mécaniques - sont nettement moins fréquentées qu’en saison hivernale ; on skie à moindre coût (tarifs des forfaits et des hébergements); enfin, on peut apprécier les performances et la technique des pros qui s’entraînent sur les pistes voisines. Même s’il faut faire une croix sur les grasses matinées.