Entre plages désertes et vallées luxuriantes, bain de nature garanti sur ces dix îles au climat tropical.

Du ciel, on aperçoit Sao Vicente. Petit bout de terre aride, rocailleux et lunaire de 25 km2, perdu au milieu de l’Océan Atlantique, au large des côtes sénégalaises. Au moment de toucher le tarmac, le vent déstabilise l’oiseau de fer… qui reprend aussitôt de la hauteur. Dépassée l’angoisse d’un atterrissage avorté, on profite d’un tour de l’île vue du ciel. Les montagnes se jettent dans une mer agitée. Il y a peu de verdure. Le Cap Vert porterait-il mal son nom ?

La ville portuaire de Mindelo balance entre maisons colorées et grisâtres en cours de construction et semble tantôt endormie, tantôt plongée dans une ambiance électrique. Elle concentre la plus grande partie de la population. On côtoie le charme cap-verdien en se rendant dès potron-minet au marché aux poissons ; on saisit l’animation une fois la nuit tombée, dans les restos et cafés que l’on trouve au détour de petites ruelles mal éclairées. Le jour, Mindelo a cependant peu à offrir. Alors, on s’aventure ailleurs sur l’île…

Sao Vincente en scooter

Les horaires des aluguer, minibus collectifs, ne sont pas définis et leur fréquence peu fiable. La faible densité du trafic et l’appel du beau temps favorisent les déplacements en scooter. La route asphaltée de la côte est à couper le souffle. Elle suit la topographie du lieu ; elle monte et descend, elle sillonne, suit les courbes voluptueuses des montagnes.

Plutôt que d’emprunter l’embranchement qui monte vers le Monte Verde et ses 750 m de hauteur, on bifurque vers la baie de Salamansa. Et dans nos oreilles, résonne la voix de Cesaria Evora, native de l’île et fierté nationale. Sur des rythmes joyeux et entraînants, elle chantait "un pique-nique à Salamasa" lors duquel ils "jouèrent, dansèrent, chantèrent, tant que lorsque nous sommes rentrés, nous en avons pleuré." Invitation incontournable. Une ode à cette splendide baie qui offre un panorama unique duquel se décroche l’île voisine de Santo Antao.

Un peu plus à l’est, Praia Grande offre un spectacle tout aussi époustouflant. Les montagnes sont les seules à s’inviter sur sa plage déserte. Elles plongent dans l’eau dans une ambiance mystifiée par la fine couche de nuages coincés au sommet du Monte Verde qui la domine.

On rentre à Mindelo par la route intérieure ; la Ribeira de Calhao puis de Juliao nous permet de longer des petits hameaux de maisons et de cultures. La vie semble y couler paisiblement.

Santo Antao, l’île du trek aux mille trésors

Nous quittons le port de Mindelo pour rejoindre en une petite heure celui de Porto Novo, sur l’île de Santo Antao, à la pointe nord ouest du pays. L’Estrada Corda, route qui traverse l’île du sud au nord, donne un aperçu fantastique des trésors qu’a à offrir l’île. Elle sillonne sur la crête et domine de vertigineuses vallées étouffées par une végétation luxuriante.

Santo Antao est l’île du trek. Ses nombreux sentiers permettent largement d’y user ses semelles ! C’est à Cova, point de départ de nombreuses randonnées, que l’on découvre la première de ses nombreuses merveilles. Ce cratère cultivé perché à 1166 mètres d’altitude, large de 1 km et profond de 400 m contient l’âme de l’île. Les hommes ont réussi à y exploiter la richesse de ces terres isolées. Des cultures maraîchères et de cannes à sucre tapissent la cuvette. Sur la piste qui la borde, on est surpris de tomber sur un panorama d’une beauté à couper le souffle. Le cratère d’un côté, la Vallée de Paul de l’autre. Inattendue et stupéfiante. Un chemin muletier accroché à la falaise la serpente pendant 650 m au-dessus du vide vers la vallée, au bout de laquelle on aperçoit l’océan. La végétation se fait ensuite plus dense. Les bananeraies et les plantations de cannes à sucre cachent de petites maisonnettes colorées.

Du même point de départ, le parcours qui traverse la Ribeira da Torre est un bijou et offre un moment d’exception à tous ceux qui oseront s’y aventurer. Escarpé, un tantinet glissant, peu sécurisé, le sentier traverse des hameaux de maisons traditionnelles, d’innombrables plantations en terrasses de manioc et de cannes à sucre. On ne sait où poser son regard, assailli par la beauté de la nature. Arrivé à Xoxo, on se retourne ébloui par le chemin parcouru dans cette vallée luxuriante.

Santo Antao recèle de trésors multiples. Le sentier nord de 14 km longeant la côte depuis Ponta do Sol jusque Cruzinha révèle une autre facette de l’île. Loin d’être facile, ce sentier monte et descend, s’approche de la mer pour s’en éloigner aussitôt. En ouvrant l’œil, on aperçoit aisément de grandes tortues de mer. Le retour vers Ponta do Sol en Aluguer est aussi beau que la randonnée.

En fin de journée, les Cap-verdiens sortent leur chaise et discutent sur le pas de leur porte ; jouent aux dés assis à même le sol ; s’installent sur le parapet, les jambes dans le vide, et regardent l’horizon ; certains pêchent, perchés dans un équilibre précaire sur d’étroits rochers.

Alors, on se dit que le Cap Vert porte finalement bien son nom !

5 bonnes raisons de venir au Cap Vert

Le sentiment d’évasion

Que ce soit sur l’île de Sao Vicente ou de Santo Antao, à pieds ou en scooter, le sentiment de fouler le sol d’une autre planète, celui de s’extraire de son monde, est total. Les plages y sont désertes sur la première ; les chemins de randonnée peu fréquentés sur la seconde.

L’effort physique

S’il est généralement conseillé de réaliser les randonnées du mont vers la vallée, l’effort physique n’en est pas pour autant moins important. On sent le travail des quadriceps et des mollets, en descendant les pentes vertigineuses de la Ribeira do Paul ou de la Riberia da Torre.

L’ambiance à la tombée de la nuit

Lorsque le soleil se fait moins agressif, les Cap-verdiens de Sao Vicente sortent sur la plage de Laginha, en plein centre-ville. L’eau y est chaude, le courant absent. Les habitants s’y prélassent comme ils le feraient dans un bain. Ils pataugent en discutant, en musique, leurs corps transformés en ombres par le soleil couchant.

Le climat

La météo est favorable toute l’année. Si les îles évoquées sont dites "sur le vent", et qu’elles sont donc assez venteuses, cela n’est pas problématique. Il apporte une brise fraîche pendant l’effort et souffle surtout la nuit tombée. Ça l’est davantage sur l’île de Sal où le farniente est légion.

La culture

Aller au Cap Vert, c’est effectuer une plongée dans un univers culturel particulier. Les îles ont vu passer les marins du monde. Ces échanges ont donné naissance à une culture gastronomique et artistique riche de sa mixité.

Comment venir au Cap vert

En avion : Plusieurs compagnies aériennes assurent le voyage entre Bruxelles et le Cap Vert. Pour se rendre sur l’île de Sao Vicente, la compagnie portugaise TAP assure plusieurs vols par semaine, avec une escale à Lisbonne (8 h 50 de vol, décalage horaire de 2 heures).

En bateau : L’île de Santo Antao n’est accessible qu’en bateau. Le plus simple est donc de voler vers Sao Vicente et d’ensuite embarquer sur un ferry depuis le port de Mindelo. Les horaires sont variables et peu fiables.

Se renseigner

Sao Vicente Pour connaître les heures de traversées et acheter ses tickets, il est essentiel de se renseigner auprès de la marina, au port de Mindelo.