Voyages On sait que le voyage est manifestement à la mode. A notre époque, il faut avoir tout vu, tout fait. Mais connaissiez-vous des voyageurs amoureux du monde plus que l’idée du voyage ? Portrait d’humbles voyageurs.

"Une nuit, j’ai rêvé des grands déserts blancs. Quand je me suis réveillé, j’ai compris que ce n’était pas un rêve, mais un souvenir." C’était le Salar d’Uyuni que François avait franchi, grande étendue désertique dans le sud bolivien. Amandine, sa compagne, hoche la tête. Elle se rappelle de ce désert de sel, cette vision du Salar d’Uyuni l’avait marqué aussi; elle nous l’avait conté dans la pépite voyage du "QUID" du 7 novembre 2015.

Amandine L. voyage au long cours et écrit depuis le début des aventures du "QUID", une pépite sur l’esprit du voyage à notre époque. Tous deux, Amandine et François, vont ensemble à travers le monde, mais sans la prétention d’avoir tout vu ou de vouloir tout faire. S’ils ont décidé, un jour, de partager leurs carnets de voyage sur un blog dédié, www.unsacsurledos.com, c’était sans doute d’abord pour "garder une trace et revivre l’émotion" du périple mais aussi parce qu’elle, Amandine, avait envie de raconter ce que lui faisait vivre le voyage. "On me demandait souvent des conseils, des avis, c’est alors que j’ai lancé ce blog de voyage." Ce n’est pas le premier blog de ce genre, et ce n’est pas le dernier, car Dieu sait si la Toile connaît cette littérature, mais le blog www.unsacsurledos.com rencontre les questions de 42 000 visiteurs par mois. Ce qui le place dans le top ten des blogs francophones sur le voyage.

Tous deux n’avaient jamais imaginé un tel retour du public, leur conception du voyage est plutôt sans façon, le nom qu’ils ont choisi pour leur blog le dit : il ne faut pas grand-chose pour partir. "On n’est pas cloisonné sur un type de voyage en particulier, on ne se cantonne pas au trip du backpacker, pas du tout." Pour Amandine, ce petit nom, ce sac sur le dos, cela signifie surtout "rester en mouvement. Un mouvement physique mais aussi intellectuel". Aller à la rencontre des autres lui permet de se rencontrer elle, nous dit-elle.

En cela, elle se sent plutôt éloignée de cette mode du voyage qui pique tout le monde : le tout à chacun qui ne se contente pas d’avoir visité la Thaïlande mais d’"avoir fait la Thaïlande" - souvent en moins de trois semaines, je ne vous dis pas comme le travail doit être bâclé. "J’ai vu un jour ce film, "La Bucket List", ce film ou deux hommes listent ce qu’ils auraient aimé faire avant de mourir et cela m’a fait un choc, peut-être parce que mon père est occupé à mourir d’un cancer… Je vois que la vie peut s’arrêter plus tôt que prévu. On se dit souvent ‘plus tard’mais ce ‘plus tard’est dangereux. Pour nous deux, le ‘plus tard’doit devenir un projet, c’est cette dynamique-là qui nous plaît."

Sur le voyage, et par extension, sur le tourisme qui se pratique à notre époque, Francois et Amandine restent nuancés. Eux ont vu beaucoup mais ne sont pas dans la quantité. "On va à notre rythme, on préfère prendre nos distances par rapport aux impératifs du genre : ‘tu ne peux pas aller là sans voir ceci ou cela’."

Poser son doigt sur le globe

Mais alors comment choisissent-ils leur prochaine destination ? En posant au hasard leur index sur un globe qu’ils font tourner ? Une accointance avec l’Amérique latine les a menés de l’autre côté de l’Atlantique, mais sans que rien ne soit trop cadenassé non plus. "Nos itinéraires en Amérique du sud se sont parfois faits au son des lieux. Je me rappelle de cette femme qui scandait ‘Cocha Bamba’, ‘Cocha Bamba’, et on a sauté dans le bus qui y allait." Pareil pour Santa Cruz dont le nom les faisait rêver mais d’où ils sont repartis bien vite… Donc, le nom ne suffit pas, parfois.

Méfiants aussi vis-à-vis de cette quête d’authenticité actuelle qui tend à dire qu’il y a une hiérarchie des vacances (certaines destinations ou formes de vacances seraient plus nobles que d’autres), Amandine et François affirment que ce snobisme autour du voyage est inutile, chacun voyageant pour des raisons diverses et intimes.

Enfin, et à l’encontre des voyageurs modernes qui ont l’impératif de ne pas foirer leurs vacances - le récit en serait édulcoré -, pour Amandine et François, le voyage n’a pas besoin d’être parfait pour être réussi. Ce qui compte pour eux, c’est qu’ à la fin, tout se finisse simplement… Bien.