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À Ath, en Belgique, une formation au maraîchage pour une alimentation durable

Depuis six ans, le Forem Secteurs Verts de Ath, en Belgique, propose une formation en maraîchage biologique sur petites surfaces. Chaque année, une dizaine de stagiaires en reconversion choisissent de s'y former pour se lancer dans de nouveaux projets au contact de la nature.

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À Ath, en Belgique, une formation au maraîchage pour une alimentation durable
©Slate

À Ath (Belgique).

C'est au milieu de la campagne wallonne, au sud de la Belgique, que Laurent Dorchy, maraîcher bio et formateur, déroule le programme de l'après-midi devant ses stagiaires: rempoter, reprendre les salades, planter les courgettes… En cette journée de mai, la météo se prête aux travaux d'extérieur, mais ce n'est pas toujours le cas: «Il y a eu des grosses chaleurs en Belgique, il y a quelques semaines, il a fallu s'habituer à travailler sous serre», se remémore Eve, 35 ans, en formation depuis le mois de mars.

Cette ancienne chargée de communication s'est inscrite à la formation dispensée au centre de compétences du Forem Secteurs verts, qui dispose d'une parcelle de terrain près de la serre sur laquelle les stagiaires cultivent plusieurs variétés de légumes, pour retrouver un contact avec la terre et quitter un travail de bureau. Le centre, regroupant six formations longues dans des secteurs en pénurie de main d'œuvre et en lien avec la nature, est soutenu par le Fonds social européen (FSE), et l'initiative coordonnée par le Forem, le service public de l'emploi et de la formation professionnelle en Wallonie.

Geoffrey, ancien directeur d'une agence bancaire, aide ses collègues à planter les courgettes. La crise de la quarantaine, la malbouffe, les enfants sont autant d'éléments qui l'ont poussé à se reconvertir et à quitter son poste.

Cécile et Geoffrey, tous deux en reconversion, voulaient retrouver le contact avec la terre.
Cécile et Geoffrey, tous deux en reconversion, voulaient retrouver le contact avec la terre. ©Dakota Gizard


Déjà très intéressé par le jardinage, il a commencé son potager en permaculture pendant le confinement: «J'étais gestionnaire de fortunes et de patrimoine, mais j'ai été dégoûté de la profession. J'ai décidé de franchir le pas et de m'inscrire à la formation du Forem. Je m'étais déjà beaucoup informé en amont, sur internet, mais je n'avais aucune connaissance pratique. C'est l'expérience qui me manquait.»

Maraîcher reconverti, Laurent Dorchy a voulu sa formation délibérément axée sur la pratique: «Le but pour les stagiaires est de développer une activité de maraîchage biologique sur petites surfaces, en tant qu'indépendant, pour pouvoir vivre de leur projet. Je ne voulais pas enseigner le métier conventionnel, avec des produits phytosanitaires, sur des grosses surfaces.»

On oppose souvent deux grandes écoles: le biologique intensif et la permaculture. Le premier est jugé mauvais pour l'environnement et le deuxième non rentable. «Je crois au contraire qu'il ne faut pas les opposer, mais trouver des synergies. Un maraîcher biologique sur petites surfaces peut tout à fait rentabiliser sa parcelle, sur un ou deux hectares, avec un chiffre d'affaires autour de 50.000 euros, afin de se payer, de payer ses fournisseurs et les charges.» Le monde change et les consommateurs n'ont plus les mêmes attentes. Pour Laurent Dorchy, cela signifie que que l'«on pourrait avoir un maraîcher par village».

Qu'ils soient technicien en robotique, chargée de communication, coffreur-ferrailleur ou assistante de direction, les stagiaires sont formés pendant huit mois à temps plein. Chaque semaine, ils ont deux jours de travaux pratiques au Forem, deux jours de stage chez un maraîcher et une journée de théorie. Si la formation est dense et exigeante, tous partagent des envies de repenser leurs modes de consommation, de participer à une alimentation durable et de construire un monde meilleur pour les prochaines générations.

Deux jours de stage, deux jours de pratique, un jour de théorie: le programme de formation mise beaucoup sur l'apprentissage sur le terrain.
Deux jours de stage, deux jours de pratique, un jour de théorie: le programme de formation mise beaucoup sur l'apprentissage sur le terrain. ©Dakota Gizard

Avec quatre enfants et une vingtaine de ruches, Cécile a ainsi pu se rendre compte de l'intérêt profond des jeunes pour les abeilles. Elle les fait d'ailleurs régulièrement participer à son activité d'apicultrice. Infirmière pendant quinze ans, elle n'imaginait pas, à 40 ans, changer non seulement de profession mais aussi de mode de vie. Mais la crise liée à la pandémie de Covid-19 a achevé de la motiver: «Avec le manque de personnels, des conditions de travail qui se dégradent, des personnes laissées dans l'isolement, mon travail d'infirmière était devenu trop pesant», confie-t-elle.

Si elle a décidé de sauter le pas plus rapidement que prévu, l'idée d'ouvrir une ferme pédagogique lui trottait déjà dans la tête depuis plusieurs années. «Quand j'avais 6 ans, je disais que je voulais être fermière, mais au final, je suis devenue infirmière, raconte l'apicultrice. Je souhaite toujours exercer un métier du soin, mais d'une autre manière. Être maraîchère, c'est prendre soin des plantes, de la planète.»

Il a fallu quelques mois aux stagiaires pour prendre le rythme et se familiariser avec les difficultés du métier: être en extérieur, supporter les différentes conditions météorologiques, tenir le coup physiquement. Si la plupart cultivaient déjà des légumes, de manière amateure, avant leur réorientation, ce n'est pas la même chose de l'exercer à temps plein.

«Ce sont des métiers qui ont le vent en poupe et parfois, les gens ont une vision un peu idyllique du maraîcher, chapeau de paille sur la tête, assis sous son cerisier. Je préfère être assez clair quand je présente la formation. Ce sont des métiers physiques et les horaires sont exigeants: tôt le matin et parfois tard le soir. Et puis le maraîchage, c'est tous les jours, toute l'année!», rappelle Laurent, formateur.

Malgré les difficultés, Geoffrey sait qu'il peut compter sur le soutien de ses proches pour l'épauler, bien qu'il ait conscience des sacrifices familiaux qu'il va devoir faire au moment de lancer son activité à temps plein. Mais pour celui qui a opéré un virage à 180 degrés, le jeu en vaut la chandelle: «Dans le milieu de la banque, j'étais plus dans la destruction du monde que dans sa reconstruction. Quand j'ai commencé à m'intéresser à ce qu'il y avait dans mon assiette, je savais que ce que je voulais faire, c'était donner de bons produits pour nourrir les gens.»

«Il y a eu des grosses chaleurs en Belgique, il y a quelques semaines, il a fallu s'habituer à travailler sous serre», relate Eve, en formation depuis le mois de mars.
«Il y a eu des grosses chaleurs en Belgique, il y a quelques semaines, il a fallu s'habituer à travailler sous serre», relate Eve, en formation depuis le mois de mars. ©Dakota Gizard

La formation s'adresse principalement aux bénéficiaires de l'assurance-chômage, assurés de toucher leurs allocations de manière non dégressive durant toute la durée de l'apprentissage. Les stagiaires bénéficient aussi d'un forfait mobilité qui comprend les frais de transport. Geoffrey, lui, sait qu'il a «pu mettre [s]a famille à l'abri de par [s]on précédent métier». «Je souhaite évidemment que mon travail en tant que maraîcher soit rentable, mais ce n'est pas le principal. Dans mon cas, la priorité, c'est de retrouver du sens», affirme-t-il.

Mais si Geoffrey a touché de beaux revenus pendant de nombreuses années, ce n'est pas le cas de tout le monde. Or, certes, la formation au Forem est gratuite, mais les stagiaires ne sont défrayés que d'un euro brut de l'heure. Pour ceux qui n'ont pas le droit au chômage, il n'est donc pas évident de pouvoir tenir sur leurs propres réserves financières pendant huit mois et d'investir pour lancer leur activité à la sortie.

Sur ce dernier sujet, Laurent Dorchy se veut cependant rassurant: «Certains organismes wallons prêtent de l'argent à des personnes qui veulent se lancer, afin de pouvoir acheter le matériel nécessaire. Ils proposent un taux d'intérêt plus important que les banques, mais sont moins frileux que ces dernières pour donner. Et puis investir dans une terre, c'est un projet durable.»

Certains projets ont déjà démarré. C'est le cas pour Cécile qui s'est formée à l'apiculture il y a trois ans et qui aimerait «créer une ferme pédagogique avec des abeilles et d'autres animaux et développer une partie maraîchage bio». Au-delà de la production de légumes, son projet se veut pédagogique, axé sur la transmission et l'éducation. «Je souhaite faire comprendre aux enfants, par le biais de sorties avec les écoles, l'importance de protéger les abeilles pour l'espèce humaine, de la pollinisation, du maraîchage», précise-t-elle.

Tous ont des idées quant au projet professionnel qu'ils souhaitent développer par la suite. Mais depuis le début de la formation, ils évoluent. «Par rapport à ce que je vois en stage ou en formation, il y a des choses que je ferais différemment», admet ainsi Geoffrey à propos de l'utilisation de plastique pour éviter de désherber de manière trop fréquente –une pratique assez courante chez les maraîchers.

Lui ne se reconnaît pas dans ces pratiques. «C'est horrible, estime-t-il. c'est un gaspillage énorme, puisque le plastique est jeté par la suite. Faire du bio, c'est bien, mais je pense que c'est essentiel de réfléchir au projet dans sa globalité, de manière écoresponsable. Je ne veux pas avoir un impact négatif sur la terre, même si je comprends que lorsqu'on est sur de grosses surfaces, mettre du plastique peut être un gain de temps incroyable.»

Chaque apprenti maraîcher étant sur un lieu de stage différent, un réel partage des savoirs s'opère lors des journées de formation. Son collègue Thomas explique ainsi à Geoffrey que la maraîchère qui le forme a recours au paillage, une technique plus «naturelle» et respectueuse des sols, pour se prémunir des mauvaises herbes.

«En vingt ans d'agriculture intensive, on est passé de 2 tonnes de vers de terre par hectare à 200 kilos. Au-delà des bienfaits humains de la culture biologique, il faut aussi réfléchir sur le long terme et penser à la préservation des sols, pour qu'il soit riche en nutriments, pour nourrir les plantes», complète Geoffrey. Au-delà de nourrir l'humanité, le maraîchage biologique s'inscrit dans une démarche durable pour tout l'écosystème.

Dakota Gizard et Adeline Thollot

À Ath, en Belgique, une formation au maraîchage pour une alimentation durable
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Cet article est réalisé dans le cadre du concours Union Is Strength, organisé par Slate.fr avec le soutien financier de l'Union européenne. L'article reflète le point de vue de ses autrices et la Commission européenne ne peut être tenue responsable de son contenu ou usage.