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Fondateur et CEO de Digiteal, FinTech spécialisée dans le paiement et dans la facturation électronique, Cédric Nève expose sa vision des technologies financières en Belgique et nous raconte son aventure entrepreneuriale.

Comment se structure le marché des FinTech en Belgique ?

Il y a beaucoup de FinTech en Belgique. Elles sont supportées par des associations telles que FinTech Belgium et B-Hive mais aussi par la Banque National de Belgique qui a adopté une approche progressive dans ces exigences envers les nouveaux acteurs. Les régions apportent également des soutiens importants aux startups en général au travers d’incubateurs, de programmes pour scale-ups tel que le Reaktor, de financement comme celui de la DGO6 en Wallonie et les chèques entreprises.

Sommes-nous en retard par rapport à nos voisins ?

La Belgique est en retard par rapport aux pays Nordiques qui ont des systèmes beaucoup plus avancés, dus principalement à une bonne coordination bancaire, mais avec des problèmes de quasi-monopoles. Elle est par contre en avance comparée à d’autres pays plus au Sud comme l’Italie qui a un système bancaire très fragmenté, ou à l’Est dans lesquels ce secteur n'a pas été encore beaucoup soutenu. 

Dans ce contexte, faire partie de l’UE est-il un avantage ?

Les standards européens (SEPA, PEPPOL) sont de réels accélérateurs. Ils favorisent l’expansion des FinTech et leur offrent un marché plus grand que leur seul pays. Aux frontières de l’Europe, l’Ukraine par exemple a beaucoup de mal à fournir des services FinTech exportables parce qu’elle n’est pas dans la zone SEPA, alors que l’Estonie a été le berceau de beaucoup de FinTech, entre autre par une régulation très souple en matières de crypto-monnaies, et parce qu’ils font partie de la zone SEPA. Comme aux Etats-Unis et en Chine, la taille du marché est l’un des principaux facteurs du succès des FinTech européennes.

Un marché plus grand attire aussi plus les investisseurs. Les investisseurs belges sont souvent très frileux et pour obtenir des capitaux importants, les startups partent souvent en France ou aux USA. Pour favoriser les startups et FinTech en Belgique, il nous faudrait encore plus de convergences européennes.

Les banques voient-elles d’un bon œil le développement de FinTech ?

En règle générale, les FinTech sont vues comme venant compléter le service proposés par les banques. Les FinTech sont plus agiles et elles peuvent fournir des services de niche qui ne sont pas adressés par les plus gros acteurs. Les banques qui jouent le jeu et les FinTech sont donc des partenaires. Les banques ne peuvent pas tout faire et celles qui conservent leurs seuls services historiques risquent de disparaître. Elles savent que leur rentabilité est moindre avec des taux d’intérêts faibles. Le mot d’ordre dans les grandes banques aujourd’hui est d’aller “Beyond banking” c’est à dire offrir d’autres services, non-bancaires, souvent avec des partenaires, en capitalisant sur leurs clients et leur capital de confiance. Belfius avec Carpaydiem pour le paiement dans les stations essence et Jaimy pour trouver un corps de métier est un bon exemple de cette approche.

Quelles sont les opportunités qu’offrent les FinTech pour l’économie ?

L’intérêt pour la Belgique d’avoir des FinTech est multiple : les services offerts aux entreprises et aux citoyens apportent de la valeur ajoutée. Cela crée de l’emploi même si c’est souvent pour des postes très qualifiés et déjà en pénurie. Tant qu’à faire, essayons de faire de la Belgique, au cœur de l’Europe, un bon vivier de futurs champions européens !

Avec Digiteal, vous faites déjà partie de ce vivier…

Nous proposons aux consommateurs une application web et mobile pour gérer leurs factures. Notre solution permet au fournisseur de faire d'importantes économies dans la présentation et le paiement des factures, et elle propose une solution écologiquement plus responsable. Le fournisseur sera payé plus rapidement, plus fréquemment et à moindre coût ! Nous souhaitons aussi mettre fin aux problèmes inhérents au paiement d’une facture, c’est-à-dire les mauvaises communications ou les mauvais montants. Par ailleurs, nous fournissons également un nouveau service pour introduire de la confiance dans n’importe quel achat.

Comment fonctionne ce service de paiement de confiance ?

Imaginez que vous souhaitiez vendre un beau vélo sur un site d’occasion. Vous ne connaissez pas l’acheteur. Vous voulez éviter les arnaques et risquer de perdre votre dimanche après-midi à cause d’une personne peu sérieuse. Vous passez donc par Digiteal qui, en tant qu’établissement de paiement agréé par la Banque Nationale de Belgique, a pour obligation de vérifier les identités des parties impliquées tout comme l’accès aux comptes bancaires. Soit déjà un bon moyen de faire fuir les personnes peu scrupuleuses. Une fois que vous vous êtes mis d’accord avec l’acheteur potentiel sur le montant, l’acheteur va verser la somme sur un compte intermédiaire (compte séquestre qui n’appartient pas à Digiteal) en attendant le jour J.

Lorsque vous rencontrez l’acheteur pour céder le vélo, l'acheteur approuve la transaction via l’application mobile et l'argent est libéré vers votre compte bancaire.

Le marché n’est-il pour autant pas saturé ?

Les paiements électroniques en Europe, malgré les standards européens tel que SEPA, sont en fait très fragmentés. Chaque pays a développé des moyens de paiement nationaux (Bancontact en Belgique, Carte Bleue en France, etc.) qui ont un prix raisonnable pour le marchand. Les solutions utilisables partout dans le monde sont souvent américaines (cartes de crédit, Paypal) et elles coûtent plusieurs pourcents au marchand. Quand le marchand est sur un marché très concurrentiel comme l'énergie ou les télécom, ces quelques pourcents entament fortement sa marge et il se replie alors sur les solutions nationales. Avec Digiteal, nous nous sommes appuyés sur les standards européens pour proposer des solutions de paiement électronique qui fonctionnent partout en Europe et qui sont moins chères que les moyens de paiement nationaux.


Pour en savoir plus sur les FinTech, et venir écouter Cédric Nève, n’hésitez pas à vous inscrire au prochain événement La Libre Network.