L’Oréal inaugure une usine verte

Un préfabriqué et trois bulles en béton dégageant une forte odeur de purin. C’est l’installation qu’est venu inaugurer mardi après-midi le Premier ministre, Herman Van Rompuy, devant un parterre d’invités venus des quatre coins du pays, et même de l’étranger.

L’Oréal inaugure une usine verte
©D.R.
Grégoire Comhaire

Un préfabriqué et trois bulles en béton dégageant une forte odeur de purin. C’est l’installation qu’est venu inaugurer mardi après-midi le Premier ministre, Herman Van Rompuy, devant un parterre d’invités venus des quatre coins du pays, et même de l’étranger.

Nous sommes à Libramont, sur le zoning industriel où la firme française L’Oréal a installé il y a 35 ans l’un de ses plus importants sites de production en Europe. Un site que l’on pourra désormais citer en exemple dans la lutte engagée contre le réchauffement climatique, puisque l’installation en question est en fait une unité de production énergétique par biométhanisation. La première en Europe dimensionnée à l’échelle d’un site industriel, qui augure des perspectives particulièrement alléchantes pour ses concepteurs.

Le procédé est simple. A partir des émanations de gaz générées par la fermentation de déchets agricoles, on alimente trois moteurs de 1 MW chacun, eux-mêmes reliés à un alternateur, qui permettent de produire l’ensemble des besoins en électricité et en chaleur de l’usine. La production est largement excédentaire par rapport aux besoins, puisqu’elles génèrent des surplus qui seront injectés dans le réseau pour l’équivalent de la consommation de 4 000 ménages.

Depuis quelques semaines, l’usine L’Oréal de Libramont est donc autonome sur le plan énergétique et neutre en émissions de CO2. Le résultat d’un partenariat entre la filiale belge du géant français des cosmétiques et les producteurs d’énergies vertes Bio-énergie et Eneco. "La biométhanisation a déjà de longues années derrière elle en Allemagne, mais c’est la première fois que nous l’appliquons à l’échelle d’un site industriel d’une taille aussi importante", explique Michael Corten, directeur de Eneco Belgium. "En général, ce sont surtout des exploitations agricoles qui recyclent ainsi leurs déchets. Ce sont de petites unités, dont la chaleur est en général perdue, notamment en été, quand il n’y a aucun besoin de chauffer les étables. Ici, à Libramont, nous allons pouvoir valoriser à la fois l’électricité et la chaleur produite par les moteurs thermiques."

Le directeur d’Eneco annonce être en contact avec une vingtaine d’entreprises, tant en Flandre qu’en Wallonie, qui se montrent intéressées par un passage à la production autonome d’électricité verte. Un choix porteur d’avenir, tant sur le plan environnemental que sur le plan économique, puisque l’initiative de L’Oréal va lui permettre d’économiser 8 à 10 % de la facture énergétique de son site de Libramont. "Notre démarche s’insère dans une série d’initiatives prises depuis plusieurs années pour rationaliser notre consommation énergétique", explique Etienne Genin, directeur de L’Oréal à Libramont. "Notre groupe a d’ailleurs la volonté de réduire de 50 % ses émissions de CO2 d’ici 2015."

Plusieurs sites du groupe à travers le monde vont d’ailleurs eux-aussi passer à l’énergie verte, même si chacun tiendra compte de son environnement proche. "En Espagne, par exemple, ils privilégieront la production d’électricité par l’énergie solaire. Alors qu’ici à Libramont, étant implantés dans un environnement rural et agricole, il était naturel pour nous de privilégier la production énergétique par biomasse." Une partie du combustible nécessaire à l’alimentation de la centrale énergétique de L’Oréal provient ainsi des déchets de la laiterie située à quelques mètres de l’usine. Le reste provient de déchets agricoles produits par les exploitations environnantes.

La partie électricité de l’installation a commencé à fonctionner au mois de septembre. La partie chaleur devrait quant à elle démarrer dans les prochains jours. "Après avoir longtemps eu recours au fuel puis au gaz naturel, nous nous affranchissons de manière élégante de la dépendance aux énergies fossiles", se félicite Etienne Gélin.

Implantée en 1975, l’usine L’Oréal de Libramont emploie 400 personnes et produit 200 millions de produits capillaires par an.