Le nucléaire russe prend le large

Baptisée "Akademik Lomonossov", la première centrale nucléaire flottante russe sera mise en exploitation en 2012 et sera munie de deux réacteurs d’une capacité de 35 MW chacun. Elle sera installée dans la baie de Krachennikov (partie sud de la péninsule de Kamtchatka) au large de la petite ville de Vilyutchinsk face à la capitale régionale Petropavlovsk-Kamtchatskiï.

Boris Toumanov
Le nucléaire russe prend le large
©Reporters

Correspondant à Moscou

Baptisée "Akademik Lomonossov", la première centrale nucléaire flottante russe sera mise en exploitation en 2012 et sera munie de deux réacteurs d’une capacité de 35 MW chacun. Elle sera installée dans la baie de Krachennikov (partie sud de la péninsule de Kamtchatka) au large de la petite ville de Vilyutchinsk face à la capitale régionale Petropavlovsk-Kamtchatskiï.

Si la logique de cette initiative est compréhensible dans la mesure où cette centrale flottante est appelée à fournir l’électricité aux habitants de cette région dépeuplée de la Russie et privée de surcroît d’infrastructures énergétiques, elle n’en suscite pas moins de vives réactions. Depuis l’annonce de ce projet, les activistes de Greenpeace Russie et de la Croix Verte russe n’ont de cesse de manifester leur inquiétude quant à la sécurité de cette installation et aux risques de proliferation du combustible irradié et des déchets radioactifs - pour ne parler que des dangers essentiels.

Contacté, Vladimir Tchouprov, chef du département énergétique de Greenpeace Russie, livre certains détails de ce projet qui semblent rendre douteuse son utilité : "Prenons l’aspect purement économique de ce projet. Le prix actuel du kilowatt-heure au Kamtchatka est égal à 3,89 roubles. Or, la même quantité d’énergie produite par la centrale flottante coûtera quelque 6 roubles, ce qui risque de ruiner tout simplement l’économie locale déjà défaillante".

Toutefois, explique M. Tchouprov, c’est un moindre mal par rapport au régime d’exploitation que les auteurs du projet entendent imposer à cette centrale. La production d’électricité suivra le rythme quotidien de consommation pour augmenter ou baisser le volume d’énergie, ce qui entraînera systématiquement de brusques décalages capables d’atteindre 40 %. "Vous comprendrez facilement où cela peut nous mener si je vous rappelle le triste précédent de la catastrophe de Tchernobyl", précise-t-il.

Un autre point faible de ce projet consiste dans le fait que la région presque déserte de Kamtchatka ne dispose d’aucune infrastructure d’urgence susceptible de localiser, le cas échéant, un accident nucléaire.

D’autre part, selon les géographes russes, le lieu où sera installée la centrale flottante est exposé aux tsunamis, mais les auteurs du projet refusent de prendre ce danger en considération. "Je trouve également révoltant le fait que la menace terroriste ne semble pas être prise en compte, poursuit M. Tchouprov, dans la mesure où le plan budgétaire du projet ne prévoit aucune protection physique des réacteurs de la centrale flottante par des bâtiments de guerre".

Alors que la Russie envisage d’exporter les technologies de ces centrales flottantes (vers des pays tels que la Namibie, le Mozambique, la Malaisie, l’Indonésie, etc.), cette situation ne fera que faciliter la tâche aux terroristes potentiels. D’autre part, estime notre interlocuteur, l’intérêt que les pays tels que le Brésil, l’Afrique du Sud ou la Chine manifestent pour les centrales flottantes incite à croire que c’est surtout à la possibilité de maîtriser les technologies des sous-marins modernes qu’ils pensent avant tout.

Pour Vladimir Tchouprov, les démarches de Greenpeace Russie auprès des services russes de sécurité ont eu pour effet d’amener les auteurs du projet à le modifier. Ceux-ci ont ainsi renoncé à l’enrichissement initialement prévu de l’uranium jusqu’au niveau de 20 % pour le réduire à un degré qui interdit une éventuelle exploitation de ce combustible à des fins militaires.