Agroforesterie, révolution verte

L’agroforesterie est une technique d’exploitation du sol alliant la plantation d’arbres avec l’agriculture ou l’élevage de bétails. Encore au stade expérimental en Wallonie, les chercheurs en agronomie sont pourtant d’ores et déjà unanimes : l’agroforesterie, à la fois durable et rentable, est à même de révolutionner l’agriculture.

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© Jean-Luc Flémal
Louise Culot

L’agroforesterie est une technique d’exploitation du sol alliant la plantation d’arbres avec l’agriculture ou l’élevage de bétails. Encore au stade expérimental en Wallonie, les chercheurs en agronomie sont pourtant d’ores et déjà unanimes : l’agroforesterie, à la fois durable et rentable, est à même de révolutionner l’agriculture.

La Wallonie jouit d’une des terres les plus fertiles de la zone tempérée. Gorgée d’eau et limoneuse, elle pourrait rendre verte de jalousie tous les agriculteurs du monde. Mais aujourd’hui, la terre promise n’est plus ce qu’elle était : ses nappes phréatiques sont saturées de nitrates, l’érosion des sols contribue à accroître le risque d’inondations et la biodiversité disparaît rapidement. Notre modèle d’agriculture intensive, qui pendant des décennies a fait fi des questions environnementales les plus rudimentaires, est la principale responsable d’une telle déchéance. Adieu veau, vache, cochon, couvée ?

L’agriculture biologique peut être une solution locale aux problèmes environnementaux, mais elle ne peut répondre aux besoins agroalimentaires croissants de la Wallonie et encore moins du monde. Par définition, elle ne devrait pas produire en quantité industrielle. L’agroforesterie, en revanche, le peut. Cette technique dynamique pourrait devenir une solution transversale aux problèmes de protection de l’environnement et de subsistance alimentaire tout en promettant de bons rendements aux agriculteurs.

En bref, elle consiste en l’intégration d’arbres, d’arbustes et de haies dans les parcelles cultivées. Si les citadins y verront juste une proposition bucolique anodine, les agriculteurs y verront une révolution dans la conception de leur métier.

L’arbre a de longue date été considéré comme une nuisance pour les cultures. Il attire les oiseaux pilleurs, dérobe les ressources du sol, lui fait de l’ombre, perfore ses entrailles avec ses racines, et surtout, ne rapporte rien.

Un arbre comme le noyer, bois d’œuvre recherché, peut valoir près de 1 000 euros à la vente. Quelques noyers peuvent représenter un beau pactole pour un fermier en fin de carrière. Et s’il décide de les léguer à ses héritiers sans les couper, le ministre wallon de l’Agriculture Benoît Lutgen a exonéré le capital en arbres de droits de succession !

Les arbres à croissance rapide, comme le saule, le frêne ou le peuplier peuvent être utilisés comme bois énergie, c’est-à-dire comme combustible propre, et les résidus de l’élagage peuvent être répandus sur le sol comme générateurs d’humus (voir Épinglé).

En pratique, l’agriculteur plante une ou plusieurs rangées d’arbres entre ou à l’intérieur de ses parcelles cultivées. Il veille à respecter un espacement adapté à ses machines pour ne pas perdre de temps et de combustible en manœuvres supplémentaires. Dans certains cas, l’espace qu’il perd pour sa culture sera compensé par un meilleur rendement de sa récolte, car les arbres créent un microclimat favorable aux céréales grâce à leur effet brise-vent.

Dans le cas d’un élevage de bétail, il semble que les arbres participent d’un environnement plus serein pour les bêtes et favorisent donc leur développement. Sans parler des humains alentours, dont le paysage plus diversifié embellit le quotidien. Enfin, les arbres génèrent un écosystème indispensable à la biodiversité de nos régions, dans un contexte où 9 % de nos espèces (poisson, oiseau, papillon, etc.) ont déjà disparu, et 32 % sont menacés de disparition.

Les réglementations en matière agricole de la Région wallonne ne sont pas encore adaptées à un développement de l’agroforesterie sur nos terres.

Pourtant, l’application de la mesure européenne en faveur de l’agroforesterie permettrait un cofinancement de la plantation des arbres. La révolution verte, si elle a lieu, doit être portée par tous, des fermiers aux responsables politiques. Elle nécessite peut-être un effort d’adaptation prodigieux mais c’est notre avenir à tous, rien de plus, qui est en jeu.


Humus, matière indispensable au solLes terres wallones sont en mauvaise santé. Les monocultures, les labours intensifs et les engrais les ont drastiquement appauvri de leur précieux humus, la couche supérieure du sol issue de matières organiques décomposées (insectes, feuilles, excréments, etc.) Dans certaines zones du nord du sillon Sambre et Meuse, le taux d’humus a déjà atteint le seuil critique de 2% en-dessous duquel un sol devient instable. L’humus est la principale source d’éléments nutritifs des sols, sorte d’engrais naturel, gage de fertilité. En outre, son action de retention de l’eau les protège de l’érosion. Enfin, l’humus stocke le C02, constituant un puits de carbone naturel sans pareil. Alors que les machines des agriculteurs sont généralement très polluantes, cette propriété de l’humus compense leur contribution aux émissions de gaz à effet de serre. La destruction progressive de l’humus est un signe de très mauvais augure pour l’avenir de notre agriculture. Les arbres, contrairement aux idées reçues, peuvent générer un cercle vertueux dans l’activité biologique du sol et sont à même de rehausser le taux d’humus d’une terre. Une technique canadienne, appelée BRF (bois raméaux fragmentés) dans le jargon agroforestier, consiste à recouvrir la terre des résidus de branches taillées sous forme de bois broyés. Cette technique s’est révélée plus efficace que le fumier pour générer de l’humus. A dose équivalente, le BRF permet de produire 5 fois plus d’humus tout en captant le nitrate alors que le fumier en libère.