Tchernobyl forever

Une catastrophe immense dont les conséquences sont minimisées depuis 25 ans. C’est ce que retire Marc Molitor de ses quatre mois d’enquête en Ukraine et au Bélarus, autour du site de Tchernobyl.

Grégoire Comhaire
Tchernobyl forever
©Editions Racine

Une catastrophe immense dont les conséquences sont minimisées depuis 25 ans. C’est ce que retire Marc Molitor de ses quatre mois d’enquête en Ukraine et au Bélarus, autour du site de Tchernobyl.

Journaliste à la RTBF radio, Marc Molitor s’intéresse au nucléaire depuis les années 70. Avec l’aide du Fonds pour le journalisme d’investigation, il vient de publier un ouvrage chez Racine, intitulé "Tchernobyl, déni passé, menace future". Un ouvrage qui reconstitue l’histoire de la catastrophe, et qui met en lumière la volonté de minimisation des conséquences terribles qu’elle a provoquées, notamment de la part des organisations internationales chargées de promouvoir l’énergie nucléaire.

"Quel est l’impact global de cette catastrophe ? C’est la question que j’ai voulu poser" explique Marc Molitor. "Vingt-cinq ans après, on reste toujours dans l’idée que le bilan est extrêmement limité alors qu’en réalité, il est beaucoup plus lourd qu’on ne le croit. Tchernobyl, c’est loin d’être fini !"

En août 1986, une réunion importante à lieu à Vienne au siège de l’AIEA. "À cette réunion, les Soviétiques sont arrivés avec leurs estimations basées sur des protocoles scientifiques très rigoureux. Selon eux, en utilisant le modèle scientifique reconnu internationalement, le bilan de la catastrophe s’élevait à environ 40 000 victimes, ce qui a provoqué un tollé chez les Occidentaux. Pour eux, il était simplement impensable de donner un tel chiffre. On a donc révisé le bilan à la baisse pour arriver à 4000 victimes. Et c’est ce chiffre qui ressort encore inlassablement dans tous les rapports 25 ans après."

Au-delà des 4 000 victimes officielles, plusieurs millions de personnes continuent aujourd’hui d’être affectées par la catastrophe dans leur vie de tous les jours. Dans les zones proches de l’accident, le principal facteur de contamination est l’alimentation. "Les radio-isotopes, dont le Cesium-137, ont migré dans le sol moins profondément que ce que l’on pensait. Ils se reconcentrent dans la chaîne alimentaire. Il y a plusieurs facteurs de contamination, notamment les champignons et les fruits des bois. Il y a aussi les gibiers, les potagers, le bois. Or en ex-Union soviétique, beaucoup de gens ont des potagers et se chauffent au bois."

Outre l’explosion des cancers de la thyroïde, très nettement imputable à la diffusion d’iode radioactif, on a noté de nombreuses autres affections sur la santé des habitants. Des affections dont il est plus délicat de prouver scientifiquement qu’elles sont liées à l’accident. "Dans les zones de retombées du Bélarus, tous les instituteurs disent avoir remarqué chez les jeunes des maux de tête, des saignements de nez, des syncopes, des difficultés de rétablissement dans les années qui ont suivi l’accident."

Un autre champ très important est celui de la génétique, poursuit Marc Molitor. "On observe notamment qu’une série de rongeurs exposés à des doses chroniques voient des mutations génétiques qui augmentent avec le temps. Les plus jeunes générations sont plus affectées que les plus anciennes. Certains scientifiques s’interrogent sur la possibilité de voir des mutations génétiques similaires chez les humains."

Vingt-cinq ans après, la catastrophe de Tchernobyl n’a donc pas fini de nous livrer de terribles découvertes. A-t-on d’ailleurs vraiment tiré profit de cette catastrophe pour débattre de l’avenir du nucléaire ?

"Comme Three Miles Island aux Etats-Unis, Tchernobyl a donné un coup d’arrêt aux investissements dans le nucléaire en Europe. Dans les années qui ont suivi, il y a eu certaines améliorations, notamment dans la sécurité des réacteurs. Le problème aujourd’hui c’est qu’il subsiste un vrai conflit d’intérêt dans les instances internationales comme l’AIEA chargées à la fois du contrôle et de la promotion de l’énergie nucléaire."

Pour Marc Molitor, la minimisation de Tchernobyl n’est pas le fait de grands complots. "Mais quand on maîtrise les agendas internationaux, on a énormément de pouvoir."

Lire aussi notre supplément "Tchernobyl", aujourd’hui dans La Libre.


Retrouvez le supplément "nucléaire" dans La Libre Belgique de ce mardi