Haute pression sur le logement wallon

Il faudrait 180 000 logements de plus en Wallonie d’ici 2020, et 500 000 d’ici 2040. Un diagnostic territorial aligne de solides défis.

Paul Piret
Haute pression sur le logement wallon
©Photo News

Le document faîtier de la politique territoriale en Wallonie s’appelle le Sder, pour : "Schéma de développement de l’espace régional". Premier du genre, l’actuel remonte à 1999. "Depuis lors, beaucoup de choses ont changé , relève Ghislain Geron, le Directeur général de l’Administration wallonne de l’Aménagement du territoire (DGO4 pour les intimes) : on parlait peu ou pas de pics pétroliers; les défis climatiques et de mobilité se sont accrus; la crise de 2008 a bouleversé les cadres budgétaires; la population a augmenté davantage que prévu..." Ce n’est donc pas un hasard si l’actualisation du Sder (M. Geron préfère parler de sa "révision") est un axe majeur de la politique territoriale menée par la majorité wallonne Olivier ("La Libre" du 29/7 notamment). Voici que le chantier entre dans le vif du sujet : la rédaction du nouveau Sder a été confiée à un vaste consortium d’experts (lire ci-contre). Non sans avoir parcouru quelques préalables, que voici tous aboutis désormais. Faisons le point sur ceux-ci.

1 Une évaluation sur la praticabilité, la lisibilité, le caractère opérationnel du Sder actuel a été confiée à un consultant (Perspective Consulting). On l’a jugé "trop vague et théorique; son appréhension est difficile; il n’a pas permis de mobiliser" , résume le ministre de l’Aménagement du territoire, Philippe Henry (Ecolo). La volonté est donc, dit-il, de rendre le document "le plus opérationnel possible".

2 Un "diagnostic territorial" de la Wallonie a été confié à la Conférence permanente du développement territorial (CPDT), avec l’appui de l’administration régionale. Présenté ces lundi et mardi en colloque à Liège, un déjà fort volume de 300 pages en fournit la synthèse. Il y est question tour à tour de défis, d’une quinzaine de secteurs (habitat, commerce, tourisme, agriculture, etc.), et d’approches spatiales (dont les relations villes-campagnes, qui ont pris une tournure quelque peu plus délicate).

Les défis ? La déclaration de politique régionale du gouvernement PS-Ecolo-CDH en prévoyait trois : climat, énergie, mobilité. On a bien fait d’y ajouter la compétitivité, la cohésion sociale et la démographie, épingle M. Geron. Et ce, pour ladite démographie, avant même les récentes prévisions du Bureau du Plan : "Il faut toujours se méfier des prévisions démographiques, mais c’est la plus probable..."

Le Plan a donc prévu un million de Wallons de plus d’ici 2050, soit 30 % de plus qu’aujourd’hui. En unités de logements ("ménages"), cela nous en fait 180 000 de plus d’ici 2020, et 500 000 d’ici 2040 : "C’est un bouleversement considérable." Quel type de logements, où les localiser ? Et quelle occupation spatiale ? Au rythme des lotissements actuels de 5 logements par hectare, il faudrait accaparer pas moins de 100 000 hectares pour 500 000 nouveaux logements; dans la logique des "noyaux d’habitat", de "lieux de centralité" (auxquels toutes les communes sont d’ailleurs priées actuellement de réfléchir), 17 000 hectares pourraient suffire. Nuance !

Quant aux autres défis, en deux mots Le défi climatique consiste à réorganiser les sociétés pour limiter au maximum les émissions de gaz à effet de serre; trois secteurs sont surtout concernés (eau, aggravation aux risques d’inondations, exploitation forestière). Rayon énergie, l’organisation du territoire supposera la lutte contre l’étalement urbain, un rapprochement entre lieux de résidences et d’activités, une bonne desserte par transports en commun. Le défi de la compétitivité suppose, parmi d’autres leviers territoriaux, "le renforcement des pôles urbains" , insiste Jacques Teller (ULg), l’un des coordinateurs du Diagnostic; tandis que celui de la cohésion "confronte la Wallonie à des risques de pauvreté relativement élevés". Enfin, le défi de la mobilité promet fortes pressions et détérioration en cas de politique inchangée : en unités/kilomètre, le seul transport de personnes augmentera de 30 % entre 2005 et 2030

3 Une démarche prospective sur divers scénarios d’aménagement du territoire wallon à l’horizon 2040 a été confiée dans la foulée à l’Institut Jules Destrée. Son document recourt à la métaphore botanique pour lister cinq grandes figures possibles : les bambous ("soit un peu de tout n’importe où, lorsque l’intérêt local ou individualisé prime" , explique Michaël Van Cutsem, coauteur de l’étude); les greffons (sur le modèle de Louvain-la-Neuve, trois ou quatre villes nouvelles dans des zones qui n’ont pas encore de grande densité, à la fois pour accueillir de nouveaux habitants et repenser un modèle urbain); les grimpantes (où la densité se développe autour des actuels axes N-S et E-O, plus Bruxelles-Tournai en devenir); les invasives (avec développement scotché sur des métropoles aux frontières : Bruxelles, Lille, Luxembourg, Maastricht); et les massifs (moyennant confiance dans les pôles existants). Chacune de ces formules, ou leur mélange, imposant bien sûr des contraintes et des politiques territoriales propres.