Les manchots sud-africains menacés

Une plage de sable blanc, une mer turquoise et une colonie de manchots qui se fait dorer au soleil. A Simon’s Town, sur la péninsule du Cap, ce sont près de 3 000 couples de ces oiseaux noir et blanc à la démarche chaloupée qui ont pris leurs quartiers au pied des villas cossues.

Les manchots sud-africains menacés
©Reporters
Patricia Huon

Correspondante en Afrique du Sud

Une plage de sable blanc, une mer turquoise et une colonie de manchots qui se fait dorer au soleil. A Simon’s Town, sur la péninsule du Cap, ce sont près de 3 000 couples de ces oiseaux noir et blanc à la démarche chaloupée qui ont pris leurs quartiers au pied des villas cossues. Une concentration qui attire, chaque année, des milliers de touristes qui se jettent même à l’eau pour nager à leurs côtés.

Leur présence et le crépitement des appareils photos ne semblent pas perturber les paisibles volatiles. Mais ces manchots du Cap sont menacés. En 2010, l’espèce a été reclassée de "vulnérable" à "en danger d’extinction" par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). " La population de cette espèce s’est réduite de 60 % depuis 2004 ", constate Lorien Pichegru de l’institut Percy FitzPatrick d’ornithologie africaine. " Il ne reste que 26 000 couples en vie, alors qu’au début du XXe siècle, il y avait plus de 2 millions de ces oiseaux sur la planète ." Si ce déclin ne s’arrête pas, l’espèce pourrait être éteinte d’ici 15 ans.

Les scientifiques n’ont pas encore d’explication certaine concernant les raisons de ce phénomène. Mais la diminution du nombre de manchots semble principalement liée à leur difficulté à trouver de quoi se nourrir. La pêche commerciale intensive de sardines et d’anchois épuise leur garde-manger, tandis que le réchauffement climatique entraîne la migration des poissons hors de leur portée. "Or, les manchots ne peuvent pas nager très loin pour s’alimenter, particulièrement lorsqu’ils ont des petits", explique Lorien Pichegru. Un manchot peut consommer plus de 500 grammes de poisson par jour, voire jusqu’à un kilo lorsqu’il nourrit également sa portée.

L’an dernier, le gouvernement sud-africain, l’industrie de la pêche et divers ONG ont décidé de travailler ensemble pour mettre en place un plan de protection de la biodiversité marine, avec comme objectif principal la sauvegarde des manchots du Cap. Des zones d’exclusion de pêche sont désormais à l’étude. " Une zone de 20 km, interdite à la pêche, a été délimitée autour d’une colonie. Nous avons constaté des résultats positifs, mais il faudrait appliquer cela sur une longue période et sur de larges zones. Le gouvernement envisage aussi d’imposer des quotas aux pêcheries. Nous sommes assez optimistes, car il y a une vraie volonté de réagir", dit la chercheuse.

Cape Town abrite par ailleurs un centre de réhabilitation, géré par la Fondation d’Afrique australe pour la conservation des oiseaux côtiers (SANCCOB). Les manchots blessés, couverts de goudron en cas de marée noire, ou encore les oisillons abandonnés font désormais l’objet d’opérations de sauvetage. " Nous secourons beaucoup de manchots blessés soit par des prédateurs, soit en se heurtant contre les rochers. Mais nous avons aussi remarqué une augmentation du nombre d’oiseaux que nous devons accueillir parce qu’ils sont trop maigres. C’est particulièrement un problème en période de mue car à ce moment, leur plumage n’est pas imperméable. Ils ne peuvent donc pas se rendre dans l’eau pour pêcher et doivent jeûner. S’ils n’ont pas fait suffisamment de réserves avant, ils peuvent mourir", explique la vétérinaire Nola Parsons.

SANCCOB, qui travaille essentiellement avec de jeunes volontaires venus du monde entier, traite chaque année environ un millier de manchots. "La plupart survivent et se réadaptent très bien une fois relâchés. Mais sans aide, ils mourraient. Or, aujourd’hui, chaque vie compte pour la survie de l’espèce", remarque Margaret Roistorf, responsable marketing du centre.

La santé des manchots reflète aussi celle des océans, et leur protection aide d’autres espèces, moins emblématiques. Selon les scientifiques, près d’une espèce marine sur trois serait menacée.

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