En Inde, les OGM font de la résistance

C’est la dernière bataille dans la guerre qui oppose les pro et les anti-OGM. Le Parlement indien s’apprête à examiner un projet de loi qui prévoit la création d’une autorité unique de régulation des biotechnologies : la Biotechnology Regulatory Authority of India (BRAI).

En Inde, les OGM font de la résistance
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De notre correspondant en Inde Emmanuel Derville

C’est la dernière bataille dans la guerre qui oppose les pro et les anti-OGM. Le Parlement indien s’apprête à examiner un projet de loi qui prévoit la création d’une autorité unique de régulation des biotechnologies : la Biotechnology Regulatory Authority of India (BRAI). Les entreprises OGM placent beaucoup d’espoir dans ce texte. S’il est adopté, il instaurera un organisme unique chargé d’autoriser ou non la recherche et la mise sur le marché de variétés OGM. Pour l’instant, la réglementation est régie par une administration aux allures de labyrinthe. Ce fonctionnement bureaucratique complique la commercialisation des organismes génétiquement modifiés et permet une multitude de recours. Le projet de loi simplifiera les procédures. Les organisations anti-OGM crient au scandale. "Avec ce texte, le gouvernement fédéral n’a plus le pouvoir de s’opposer aux OGM", s’insurge Rajesh Krishnan de Greenpeace qui précise : "La loi est le résultat d’un partenariat entre le public et le lobby OGM."

Le BRAI bill, comme il est appelé ici, a été rédigé par le département des biotechnologies. Ce bureau dépend du ministère de la Science et travaille à la promotion des cultures OGM en Inde. Il participe à des travaux de recherche pour la mise au point de tomate, de riz et de haricot génétiquement modifié. Plus étonnant, la préparation du projet de loi s’est faite en collaboration avec le Biotech consortium of India limited (BCIL). Cet organisme est financé par des laboratoires pharmaceutiques et des entreprises agricoles. BCIL est l’un des principaux acteurs du lobby OGM. "Nous avons organisé les consultations avec les professionnels et des membres de la société civile à travers tout le pays", admet sa directrice générale adjointe, le docteur Vibha Ahuja. Elle se défend de toute partialité dans le choix des intervenants : "Nous avons réuni tout le monde : des avocats, des journalistes, des entreprises privées " La bataille pour le BRAI bill est cruciale : si la loi est adoptée, elle donnera un nouveau souffle à la filière OGM qui n’a pu commercialiser que du coton pour l’instant.

Depuis 10 ans, le lobby des OGM n’a subi que des revers. Introduit au début des années 2000, le coton transgénique de Bayer CropScience n’a pas tenu ses promesses. Il était censé accroître la productivité et réduire la consommation d’engrais. Mais la révolution blanche, comme on l’a surnommée à l’époque, semble avoir échoué. Le rendement stagne. En mars 2010, le groupe Monsanto a admis publiquement l’échec de son coton transgénique. Conçu pour résister au ver rose, le parasite a réussi à contourner les défenses du coton.

En février 2010, Jairam Ramesh qui était alors ministre indien de l’Environnement, a instauré un moratoire sur la commercialisation de l’aubergine transgénique, le Bt brinjal (lire épinglé). Cette variété a été mise au point par le groupe indien Mahyco, qui a créé une joint-venture avec le groupe américain Monsanto. Mahyco ambitionnait de mettre au point une aubergine capable de résister aux parasites qui déciment les cultures. Le Bt brinjal est d’autant plus prometteur que l’aubergine est l’un des légumes les plus consommés en Inde. Mais M. Ramesh a estimé que les conséquences sur la santé et l’environnement de l’aubergine génétiquement modifiée étaient mal connues.

Pour mettre au point sa semence, Mahyco a travaillé avec plusieurs universités agricoles du pays ainsi qu’avec l’Indian Institute of Vegetable research (IIVR), un centre de recherche qui dépend du ministère de l’Agriculture. C’est dire si Mahyco a bénéficié de l’appui du gouvernement indien. Et l’Usaid, l’agence américaine de développement, a financé les travaux. Les liens entre les chercheurs et l’Usaid sont étroits. L’ancien vice-chancelier de l’université agricole du Tamil Nadu, qui a participé aux recherches sur l’aubergine avec Mahyco, travaille désormais pour l’agence américaine.

"Tant que le moratoire sur le Bt Brinjal sera maintenu, on ne pourra pas faire avancer la recherche sur les OGM. Les universités et les investisseurs hésitent à poursuivre les travaux", déplore le docteur Kameswara Rao, qui a co-fondé la Foundation for Biotechnology awareness and education, une ONG qui promeut les OGM.

Or les entreprises du secteur fourmillent de projets et attendent une ouverture du marché. Monsanto a déposé une demande d’autorisation pour lancer des recherches sur une variété d’oignon. Mahyco a mis au point des tomates, des radis, des pastèques, des concombres génétiquement modifiés Les OGM ont l’avenir devant eux.