Une Belgique 100 % "verte" en 2050 : si on veut, on peut

Les experts l’affirment : 100 % d’énergies renouvelables en Belgique à l’horizon 2050, c’est possible. A condition que politiques et citoyens en fassent une priorité.

Caroline Grimberghs
Une Belgique 100 % "verte" en 2050 : si on veut, on peut
©Christophe Bortels

Une Belgique disposant de 100 % d’énergies renouvelables à l’horizon 2050 ne semble plus être une idée farfelue, germant seulement dans la tête de quelques utopistes. Un rapport national, suivi de près par les ministres en charge de l’Energie, l’assure : c’est possible. Et sans changer fondamentalement notre manière de vivre. Facile, certainement pas. Demandant un peu de courage politique, clairement.

Tous les chemins mènent au renouvelable

Objectif : examiner la faisabilité et l’impact de trajectoires susceptibles de mener notre pays vers 100 % de renouvelable avec, en ligne de mire, l’amélioration de la qualité de l’air et de la santé publique, la réduction des émissions de gaz à effet de serre et le ralentissement de l’épuisement des ressources naturelles. Le tout est réuni dans un rapport de 125 pages, émanant du Bureau du Plan et des instituts indépendants wallon ICEDD et flamand VITO. "La conclusion principale de cette étude est qu’il n’y a pas qu’une seule voie envisageable", explique Yves Marenne, coordinateur de ce travail. "En mettant le focus sur tel ou tel type de technologie - éolien, biomasse, photovoltaïque, etc. - plusieurs trajectoires peuvent être empruntées et toutes permettent potentiellement d’atteindre l’objectif. Nous ne recommandons pas un scénario plutôt qu’un autre. Cela dépendra des priorités des politiques et, plus largement, des citoyens : le faire au moindre coût ? Sortir de notre dépendance énergétique ? Créer des emplois ? Notre étude pose les pièces pour que le débat puisse avoir lieu."

Chacun des canevas proposés est comparé, sur les plans économique et environnemental, à un scénario de référence qui prolonge les politiques existantes et répond aux attentes du plan climat de l’Union européenne. Pour la Belgique, il y est prévu que la part d’énergies renouvelables dans la consommation finale brute devra atteindre, en 2020, 13 %. Yves Marenne précise : "Pour le citoyen, il est important de comprendre que ces scénarios sont jugés possibles tout en restant dans le paradigme énergétique actuel, c’est-à-dire sans bouleverser notre manière de vivre. Notre hypothèse de départ est que nous continuons à rouler en voiture, à vivre dans nos maisons, avec un tissu industriel similaire. On ne postule pas une réduction forte de la demande de services énergétiques. On peut continuer à vivre à peu près comme aujourd’hui dans un monde 100 % renouvelable." L’étude extrait les coûts économiques, sociaux et environnementaux de chaque scénario.

Le passage à l’énergie renouvelable affecterait toute une série de secteurs. "Il devra sans doute y avoir un véritable changement de paradigme technologique au niveau de l’organisation du stockage de l’énergie", explique Yves Marenne. "Il convient de se pencher sur la possibilité de produire beaucoup en été, quitte à mettre certaines entreprises sidérurgiques complètement à l’arrêt en hiver. Des scénarios originaux doivent être envisagés, bouleversant significativement l’organisation du marché de l’emploi notamment. Les habitudes de production devront être repensées."

Le prix des choses

Combien cela coûterait-il exactement ? Il est très difficile de le déterminer dans la mesure où on ne peut pas savoir quel sera le prix du pétrole dans quarante ans. Mais les investissements - réseau, parc éolien, isolation des maisons, etc. - devraient atteindre 300 à 400 milliards d’euros d’ici à 2050 estime le rapport. "Un système de ce type coûterait 20 % de plus qu’un système énergétique de référence", estime Yves Marenne. "Ce n’est pas démesuré, mais ce sera aux politiques et plus largement aux citoyens de décider d’y aller ou pas." Un coût qui serait en partie contrebalancé par des créations d’emplois substantielles (entre 20 000 et 60 000 emplois à l’horizon 2030). Les ONG environnementales, quant à elles, attirent l’attention sur un biais méthodologique relevé dans l’étude : la Belgique y est considérée comme une "île énergétique", or "les connexions évitent de développer des capacités de stockage de l’électricité très coûteuses". Yves Marenne n’est pas surpris de la remarque : "L’étude se contente d’étudier le territoire belge car on ne peut pas supputer ce qu’il va se passer chez nos voisins, même si on suppose que tout le monde va dans le même sens."

Maintenant, il faut le vouloir

Voilà pour l’étude. Mais cette idée va-t-elle pour autant voir le jour ? "Ce que l’étude dit, c’est que si on met en place ce qu’il faut, c’est faisable", sourit Yves Marenne. "Maintenant, un vaste débat de société doit avoir lieu. Au vu du nombre de choses à transformer pour arriver à l’objectif, il est clair qu’il faut faire de ceci une priorité si l’on veut espérer y parvenir. Cela va nécessiter un effort concerté et de longue haleine ainsi que la mise sur pied d’un cadre institutionnel politique stable. La question est maintenant entre les mains des politiques et, plus largement, des citoyens." Si le Belge veut disposer d’un pays 100 % "renouvelable", il devra se faire entendre.


Sur le même sujet