Feu vert pour le redémarrage de Doel 3 et Tihange 2

L'autorité de contrôle nucléaire (AFCN) a donné vendredi son feu vert au redémarrage sous conditions des deux réacteurs qui sont à l'arrêt depuis l'été 2012 à la suite de la découverte de microfissures.

AFP
Feu vert pour le redémarrage de Doel 3 et Tihange 2
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L'Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) donne son feu vert au redémarrage des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2 "en toute sûreté", a indiqué vendredi Jan Bens, directeur général de l'AFCN, lors d'une conférence de presse. D'ici deux à trois semaines, les réacteurs produiront à nouveau de l'électricité. Les deux réacteurs avaient été mis à l'arrêt durant l'été 2012, après que des inspections d'un nouveau type eurent été pratiquées sur la cuve du réacteur de Doel 3.

"Plusieurs milliers d'indications de défauts ont été détectées dans le matériau de base de la cuve du réacteur de Doel 3" en juin 2012, rappelle le rapport d'évaluation final de l'AFCN. Par mesure de précaution, des inspections similaires ont été effectuées en septembre sur la cuve de Tihange 2, celle-ci étant de conception identique. Des indications de défauts ont également été constatées, mais en moins grand nombre.

L'enquête a déterminé que ces défauts - des microfissures - étaient dus à des bulles d'hydrogène et étaient apparus lors du forgeage des cuves. En janvier dernier, après une précédente évaluation, l'AFCN avait déjà signalé qu'elle ne s'opposait pas à un redémarrage des réacteurs, mais elle avait posé des exigences additionnelles et demandé des tests complémentaires.

Ces conditions comprenaient notamment la réalisation de tests de charge sur les cuves des deux réacteurs. "Cela s'est déroulé sous une pression plus élevée que la pression normale, même plus élevée que la pression des vannes de sécurité", a expliqué le directeur de l'AFCN. Durant ce test, des petits microscopes ont été placés sur la cuve, une technique utilisée habituellement par l'industrie pétrochimique. "Résultat: il n'y a pas eu d'évolution des microfissures", selon M. Bens.

En d'autres mots, l'AFCN est convaincue que les indications de défauts sont bien dues à des bulles d'hydrogène, qui n'évolueront pas dans le temps, et qu'un redémarrage est donc sûr. Toutes ces exigences sont satisfaites, selon l'AFCN. Par conséquent, l'exploitant Electrabel reçoit le feu vert pour le redémarrage des deux réacteurs. D'après l'Agence, cette opération prendra deux à trois semaines. L'AFCN suivra cette phase de près.

Selon le directeur de l'Agence, on a omis à l'époque de signaler les bulles d'hydrogène lors de la construction des réacteurs. Il souligne toutefois que les réacteurs "satisfont pleinement à toutes les exigences de sûreté". L'AFCN a également informé vendredi matin le gouvernement sur les conclusions de son rapport. Le gouvernement en a pris acte. Selon Jan Bens, rien ne s'oppose au redémarrage des réacteurs puisque l'AFCN est la seule à devoir se prononcer et qu'aucune autorisation du gouvernement n'est nécessaire.

Dans un communiqué publié à la suite du feu vert de l'Agence, Electrabel précise qu'elle "lancera directement les opérations de redémarrage des deux unités". Electrabel devra cependant se soumettre à quelques conditions. Ainsi, les réacteurs seront à nouveau soumis à un examen complet des cuves après un cycle de remise en fonction, à savoir 12 mois pour Doel 3 et 18 mois pour Tihange 2.

"Négligence coupable" et "manque de transparence" dans le chef du gouvernement

Le gouvernement fédéral a choisi d'acter "de manière totalement irresponsable" le rapport de l'Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) autorisant le redémarrage des réacteurs de Tihange 2 et Doel 3, a affirmé vendredi Ecolo qui estime que ledit rapport "ne lève pas tous les doutes soulevés par les différents experts belges et internationaux qui se sont exprimés quant aux fissures présentes dans les réacteurs et quant à leur redémarrage". Pour les écologistes, il s'agit là d'une "négligence coupable" et d'un "manque de transparence" du gouvernement fédéral qui a "manifestement préféré répondre aux pressions du secteur nucléaire".

Pour les Verts, il était impératif qu'un débat puisse se mener avant toute décision du gouvernement. La réunion de la sous-commission nucléaire de mercredi aurait notamment dû permettre d'entendre les responsables de l'AFCN mais aussi les experts belges et internationaux. "En refusant ce débat et en chargeant l'AFCN de l'entièreté des responsabilités quant au redémarrage des réacteurs, le gouvernement cesse d'agir au nom de l'intérêt général et tombe dans l'opacité", indique la députée Muriel Gerkens dans un communiqué.

Tant les rapports intermédiaires de plusieurs organes de contrôle comme AIB-Vinçotte et Bel V, que des experts internationaux reconnus comme l'ancien directeur de l'agence de contrôle nucléaire allemande, Dieter Majer, avaient pointé l'étendue des problèmes de sécurité liés aux fissures décelées dans les réacteurs de Doel 3 et Tihange 2. Des doutes quant à un redémarrage sans danger de ces réacteurs ont également été formulés, dit Ecolo.

Des questions fondamentales pointées par ces experts restent pourtant aujourd'hui sans réponse, regrettent les Verts. "C'est notamment le cas en ce qui concerne les défauts découverts en 2012. Ceux-ci n'ont pas été détectés au cours de l'inspection finale après la fabrication des cuves, alors qu'ils auraient dû être détectables avec l'appareillage de test par ultrasons disponible à l'époque", avancent-ils encore.

Les écologistes annoncent qu'ils poursuivront leurs interpellations mercredi prochain en commission.

Inter-Environnement Wallonie condamne la décision

Inter-Environnement Wallonie (IEW) estime vendredi, dans un communiqué, que le feu vert accordé par l'Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) à Electrabel pour le redémarrage des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2 est une décision "aussi inacceptable qu'irresponsable". Il demande dès lors au gouvernement de s'opposer à la remise en activité des réacteurs et ce, afin de garantir la sécurité des citoyens.

"Face aux conséquences potentielles d'un incident et a fortiori d'un accident nucléaire, aucune prise de risque n'est en effet tolérable", souligne IEW dans son communiqué. "Or, toute la lumière n'a pas été faite sur l'origine et l'évolution possibles des microfissures. La sécurité de millions de personnes, en Belgique mais aussi dans les pays limitrophes, s'en trouve menacée."

Comme l'avait fait l'organisation de défense de l'environnement Greenpeace plus tôt, IEW indique que "l'origine des milliers de fissures détectées dans les cuves de Doel 3 (plus de 8.000) et Tihange 2 (plus de 2.000) n'a pas pu être déterminée avec précision". Et d'ajouter que si certains experts affirment qu'elles sont présentes depuis la fabrication des cuves, d'autres soutiennent qu'elles sont apparues après la mise en marche des réacteurs.

"Dans un cas comme dans l'autre, nul ne peut préjuger de leur évolution sous l'effet prolongé de la chaleur, de la pression et des radiations", ajoute IEW. Il s'inquiète par ailleurs de la méthode de test utilisée pour démontrer l'intégrité des cuves concernées alors qu'elle prend en compte la taille de chaque microfissure mais non leur effet cumulé.

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