L'Europe s'attaque (un peu) au charbon

Mi-juillet, la Banque mondiale annonçait son intention de limiter les financements accordés aux centrales électriques qui tournent au charbon. Dix jours plus tard, la Banque européenne d’investissement (BEI) lui emboîte le pas et définit un seuil maximal d’émission de CO2 à ne pas franchir pour obtenir un prêt.

L'Europe s'attaque (un peu) au charbon
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Valentin Dauchot

Mi-juillet, la Banque mondiale annonçait son intention de limiter les financements accordés aux centrales électriques qui tournent au charbon. Dix jours plus tard, la Banque européenne d’investissement (BEI) lui emboîte le pas et définit un seuil maximal d’émission de CO2 à ne pas franchir pour obtenir un prêt. " Pour la première fois", annonce fièrement Richard Willis, responsable de la communication "Energie" de la BEI, "une banque publique établit une manière transparente de distinguer les centrales électriques sur base de leurs émissions de CO2 ". Toute centrale qui tourne à l’énergie fossile ne pourra pas émettre plus de 550 grammes de CO2 par Kilowatt/heure si elle veut encore pouvoir emprunter de l’argent à la BEI. Une centrale au charbon dite "standard" dégage entre 800 et 850 grammes de CO2, les plus polluantes d’entre elles, entre 1 200 grammes et 1500 grammes. Elles sont donc exclues de tout soutien financier, contrairement aux centrales au gaz qui émettent, elles, entre 300 et 500 grammes de CO2 par Kw/heure.

Comme toujours, dans ces cas-là, il y a des exceptions. "Les centrales qui contribuent à la sécurité d’approvisionnement dans l’Union européenne et celles qui réduisent la pauvreté en dehors de l’UE pourront échapper au système", regrette Sébastien Godinot, économiste pour le WWF Europe. "Ces exceptions sont ciblées", rétorque Richard Willis. " Elles ne s’appliquent que dans deux cas précis : les petites îles qui ne disposent pas de connexion énergétique avec le continent comme les Açores (Portugal), et les projets situés en dehors de l’Europe - Environs 10 % des investissements de la BEI - qui peuvent sérieusement contribuer à réduire la pauvreté." Pas de place pour l’interprétation, donc, contrairement à la Banque mondiale qui reste plus vague sur les conditions d’exemption et pourrait davantage agir au cas par cas. Le nouveau système de prêt de la BEI devrait fournir des résultats sur le terrain, même si leur portée sera avant tout idéologique. "Chaque Etat membre reste maître de ce qu’il met dans son mix énergétique, et une grande partie des centrales électriques est financée par le privé", précise Sébastien Godinot. "Ce n’est pas avec cette mesure qu’on fera disparaître les centrales au charbon d’Europe, mais cela reste un signal important parce que la BEI a une réelle notoriété et que le secteur privé n’aurait jamais pris ce genre d’initiative en premier. Maintenant, il faut que les autres suivent."

Rénover pour durer

Deuxième volet de cette nouvelle politique : les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, qui devraient toutes deux bénéficier d’un soutien financier accru. Si les premières ont déjà fait l’objet d’une certaine attention, le comportement énergétique des bâtiments et autres modes de transport restait jusqu’ici sous-financé par la BEI. C’est pourtant un élément clé de la transition énergétique, à la marge de progression colossale si on y met les moyens nécessaires.

En 2012, la Banque européenne d’investissement n’a toutefois investi que 2,8 milliards d’euros dans ces domaines, sur un budget total de 52 milliards d’euros. Elle ne s’est fixé aucun objectif précis pour 2013, mais les Etats membres ont approuvé une augmentation de capital qui devrait lui permettre d’investir 60 milliards d’euros sur 3 ans en plus de son activité habituelle, avec une attention accrue accordée à ses nouvelles priorités.

Les Etats responsables

L’effort est manifeste, mais la lutte contre le réchauffement climatique semble toujours souffrir de la même lacune : des décisions politiques trop fébriles et des montants trop faibles pour enrayer un phénomène qui n’en finit plus d’avoir une longueur d’avance. Tant que les institutions internationales et les Etats ne mettront pas eux-mêmes en place des politiques contraignantes pour respecter leurs engagements en matière de réduction de CO2, les objectifs qui visent à réduire ces émissions de 20 % d’ici 2020 pour utiliser 20 % d’énergies renouvelables et augmenter d’autant l’efficacité énergétique ne pourront pas être atteints. Il n’en reste pas moins que le signal donné par la Banque européenne d’investissement et la Banque mondiale semble marquer une certaine prise de conscience, et fait suite à l’annonce du président Obama de la mise en place imminente de limites contraignantes de pollution pour les compagnies américaines d’électricité.

Valentin Dauchot

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