Ces cataclysmes qui effraient les assureurs

En trente ans, le nombre de catastrophes naturelles n’a pas augmenté mais le nombre de victimes a été multiplié par trois. État des lieux.

***EXCLUSIVE*** HARPER COUNTY, KS - UNDATED: A tornado ripping its way through a field over Harper County, Kansas. THESE are the incredible weather snaps captured by a Brit who was afraid of thunder and lightening - before dedicating his life to chasing storms. James Menzies, 31, grew up in sleepy Guildford, Surrey - but ditched village life to take up a job chasing some of Mother Nature's deadliest storms. He now spends most days hurtling around Tornado Alley in the midwestern USA in search of the catastrophic twisters, cyclones and lightening storms. James, who has chased storms since the tender age of 13, upped sticks to study Meteorology in 1998 at Oklahoma University. And after graduating and struggling to find work in the UK, he made the drastic switch to Norman, Oklahoma - where more than 3,000 tornadoes strike every year. PHOTOGRAPH BY James Menzies / Barcroft Media UK Office, London. T +44 845 370 2233 W www.barcroftmedia.com USA Office, New York City. T +1 212 796 2458 W www.barcroftusa.com Indian Office, Delhi. T +91 11 4053 2429 W www.barcroftindia.com Reporters / Barcroft *** Local Caption *** 01119697
***EXCLUSIVE*** HARPER COUNTY, KS - UNDATED: A tornado ripping its way through a field over Harper County, Kansas. THESE are the incredible weather snaps captured by a Brit who was afraid of thunder and lightening - before dedicating his life to chasing storms. James Menzies, 31, grew up in sleepy Guildford, Surrey - but ditched village life to take up a job chasing some of Mother Nature's deadliest storms. He now spends most days hurtling around Tornado Alley in the midwestern USA in search of the catastrophic twisters, cyclones and lightening storms. James, who has chased storms since the tender age of 13, upped sticks to study Meteorology in 1998 at Oklahoma University. And after graduating and struggling to find work in the UK, he made the drastic switch to Norman, Oklahoma - where more than 3,000 tornadoes strike every year. PHOTOGRAPH BY James Menzies / Barcroft Media UK Office, London. T +44 845 370 2233 W www.barcroftmedia.com USA Office, New York City. T +1 212 796 2458 W www.barcroftusa.com Indian Office, Delhi. T +91 11 4053 2429 W www.barcroftindia.com Reporters / Barcroft *** Local Caption *** 01119697 ©Reporters / Barcroft
Dauchot Valentin

Trente-deux millions de personnes ont été contraintes à l’exode par des événements climatiques et météorologiques extrêmes en 2012, et 2013 devrait suivre exactement la même trajectoire. Huit cent mille personnes ont déjà été évacuées au Bangladesh suite au passage du typhon Mahasen, 25 000 autres ont quitté l’Est de la Birmanie en une semaine pour échapper aux inondations, et la France se remet à peine des intempéries qui ont frappé le Sud-Ouest fin juin.

Ces dix dernières années, Sandy, Katrina, Xynthia et autre Fukushima sont même rentrés dans le vocabulaire commun pour évoquer avec une certaine fatalité et un plaisir médiatique malsain les cataclysmes aux proportions bibliques qui ont affecté des pays développés incapables d’y résister. Pourtant, si l’on se réfère uniquement aux événements qui ont fait des victimes humaines, " le nombre de catastrophes naturelles n’a pas augmenté ", explique la professeure Debarati Guha Sapir qui dirige le centre de recherche sur l’épidémiologie des désastres de l’UCL. " Mais l’impact de ces catastrophes s’est très nettement aggravé ." Selon toutes les données analysées par l’Université catholique de Louvain, les cataclysmes survenus entre 2003 et 2012 ont fait trois fois plus de victimes que ceux survenus entre 1993 et 2002. Dix fois plus dans les pays pauvres. Ce qui prête à penser que leur intensité a inévitablement pris de l’ampleur. " Dans certains pays, les tempêtes sont plus fortes, les inondations plus importantes, et les précipitations plus abondantes, mais vous ne trouverez aucun scientifique pour vous affirmer que tout cela est lié au réchauffement climatique. C’est possible, mais nous ne sommes pas en mesure de le démontrer pour l’instant ."

Impact direct de l’homme

L’impact de l’homme, lui, est beaucoup plus évident. La déforestation, la pression démographique, la création de bidonvilles gigantesques sur des zones inondables et la concentration de grandes quantités de population le long des côtes ont un lien direct avec l’augmentation du nombre de victimes et l’émergence de cataclysmes dans des zones préservées par le passé. " Pour vous donner un exemple concret ", poursuit Debarati Guha Sapir, " Un typhon identique aura un impact beaucoup plus important en Haïti qu’en République dominicaine parce que le pays a été totalement déforesté et que plus aucun rempart ne viendra freiner des vents violents. En Asie, l’un des continents les plus touchés, les populations déplacées sont souvent des groupes appauvris qui viennent s’installer dans des zones inondables sans le savoir, ou parce que ces sols dangereux sont aussi les plus fertiles. Beaucoup d’entre eux sont prêts à prendre le risque de tout perdre pour s’assurer un moyen de subsistance ."

Les régions pauvres sont-elles plus touchées ? Oui, pour deux raisons essentielles. L’Asie et l’Amérique latine sont d’abord situées dans des zones géographiques particulièrement vulnérables. L’une étant sérieusement exposée aux inondations, l’autre, aux tremblements de terre. Mais les pays sous-développés disposent surtout de moyens et d’infrastructures trop faibles pour anticiper, gérer ou même contrer les événements météorologiques extrêmes.

Katrina

" L’exemple des Etats-Unis est éloquent ", ajoute Debarati Guha Sapir, " Voilà un pays qui dispose des capacités suffisantes pour atténuer les effets d’une catastrophe naturelle, mais lorsque l’ouragan Katrina a frappé la Louisiane, ils n’étaient pas préparés. Des mois avant le désastre, les rapports des experts dénonçaient l’état des barrières de protection installées face à La Nouvelle-Orléans que l’on sait vulnérable aux ouragans et aux tempêtes, sans aucune réaction des autorités. Ils indiquaient très clairement qu’à la moindre tempête d’envergure, la ville serait balayée. Quand l’ouragan est arrivé, c’est exactement ce qui s’est produit et ça a valu une pluie de critiques a posteriori à l’administration Bush ."

Séismes et tsunamis plus rares

Les typhons comme les ouragans sont relativement fréquents et prévisibles. Les tsunamis exceptionnels comme celui qui a frappé les côtes du Japon en 2011 ou le séisme de magnitude 7 qui a durablement affecté Haïti sont, eux, beaucoup plus rares, mais également beaucoup plus difficiles à anticiper.

Risques réévalués

"Les changements climatiques créent des phénomènes extrêmes plus fréquents et moins prévisibles qui doivent amener les assureurs à revoir leur estimation des risques de catastrophes naturelles  ", écrivait fin juin l’association de Genève qui regroupe les professionnels du secteur. 

"Aujourd’hui, les risques sont encore trop souvent calculés en fonction de la localisation géographique d’un lieu et des données historiques disponibles à son sujet  ", précise Anthony Kennaway, responsable communication de l’association. "Cette méthode est bien trop statique pour aborder des phénomènes de plus en plus dynamiques." 

Cette volonté de changement n’est pas nouvelle, mais elle illustre deux faits intéressants. La part croissante des dégâts occasionnés par les catastrophes naturelles dans des pays développés et assurés, et la position délicate des compagnies d’assurances et autres réassureurs censés couvrir leurs arrières face à des phénomènes dévastateurs de plus en plus coûteux. 

"Les assureurs sont très frileux à l’idée de proposer une couverture à grande échelle contre des inondations, des tremblements de terre ou des ouragans parce que dans des situations extrêmes, les fonds à débloquer sont tellement importants qu’ils pourraient manquer ", confirme Wauthier Robijns, responsable de la communication d’Assuralia. " Les pays développés sont bien assurés et les retombées d’une catastrophe naturelle, bien plus vastes qu’il n’y paraît. Les inondations à Bangkok ont par exemple affecté plusieurs entreprises belges parce qu’elles sous-traitaient en Thaïlande et se sont retrouvées dans l’impossibilité de poursuivre leur activité.

En Floride, Etat aussi riche que vulnérable, les ouragans coûteraient chaque année 17 milliards de dollars selon Swiss Re. Dans un article publié sur son site internet, le réassureur plaide lui-même pour un renforcement des infrastructures de protection par les autorités locales afin de réduire les risques, et éviter d’augmenter la franchise à un point qui conduirait de facto certaines zones à ne plus être assurées du tout.


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