Grippe aviaire: créer un mutant plus virulent que le virus H7N9

Un groupe international de 22 scientifiques a proposé de créer en laboratoire des formes mutantes et plus dangereuses du virus de la grippe aviaire H7N9, dont on craint une offensive à l'automne prochain.

Grippe aviaire: créer un mutant plus virulent que le virus H7N9
©REPORTERS
Laurence Dardenne & Valentin Dauchot

Voilà des mois maintenant, depuis février dernier, plus précisément, que le virus H7N9 fait parler de lui. Avec régularité, dans les pays concernés, paraissent des états des lieux mis à jour de ses victimes. Elles ne sont guère nombreuses. Ainsi le dernier bilan mensuel des autorités chinoises faisait-il état de 43 décès pour 132 cas confirmés d’infection.

Peu contagieux, finalement, le virus s’avère, en revanche, particulièrement redoutable. Une fois sur trois, lorsqu’il frappe, il tue. C’est sans doute ça qui inquiète le plus, outre le fait qu’il pourrait bien réapparaître, l’automne prochain, sous forme d’épidémie, voire de pandémie. Et si, pour l’heure, aucune preuve de transmission d’homme à homme n’a été formellement établie, malgré des cas suspectés, la perspective d’une possible mutation qui favoriserait la transmission interhumaine fait craindre le pire. Alors, les scientifiques tentent de trouver la parade.

Et ils anticipent. L’idée qui vient d’être proposée par un groupe international de chercheurs consiste à créer en laboratoire un virus mutant - et plus virulent - de la grippe aviaire (H7N9). Le but : qu’il puisse mieux combattre l’agent pathogène en circulation, lequel montre des signes de résistance aux principaux antiviraux. Et ainsi éviter le risque tant redouté de pandémie, qui augmenterait de façon "exponentielle", selon les scientifiques, si le virus était transmissible d’homme à homme.

Décoder les processus moléculaires

Dans une lettre publiée dans les revues Science et Nature , 22 scientifiques, dont notamment les virologues néerlandais Ron Fouchier, de Rotterdam, et américain, Yoshihiro Kawaoka, de l’Université du Wisconsin-Madison, décrivent l’approche qu’ils entendent suivre pour "décoder en laboratoire les processus moléculaires clé de H7N9 avec des manipulations génétiques, créant en d’autres termes un virus mutant plus virulent, résistant aux antiviraux ou capable de se transmettre entre des mammifères, soit potentiellement entre humains" . Avec ces expériences, ils espèrent "trouver ce qui rend cet agent pathogène potentiellement mortel pour l’homme et les moyens d’arrêter sa possible propagation" .

Ron Fouchier explique encore que ces recherches "tentent d’aller plus vite que la nature, en identifiant les combinaisons de mutations génétiques susceptibles de permettre une telle transmissibilité du virus. Ce virus H7N9 a certainement plusieurs caractéristiques d’un virus pandémique, et il lui manque aussi certainement au moins une ou deux des caractéristiques observées dans les virus pandémiques du siècle dernier. L’étape la plus logique, c’est donc désormais de provoquer ces mutations (manquantes) en premier". L’identification devrait permettre aux chercheurs et aux autorités sanitaires de mieux évaluer la dangerosité du virus et la nécessité de développer des médicaments, des vaccins…

Pas de panique !

Les chercheurs ont toutefois (r)assuré qu’ils prendront les précautions qui s’imposent : "La nature est la plus grande menace contre nous, pas ce que nous faisons dans le laboratoire , a estimé le chercheur néerlandais. Il y a des couches et des couches et des couches de sécurité biotechnologique, de façon à ce qu’en cas de rupture de l’une d’entre elles, les autres empêcheront toute échappée de ce virus."

Ils ont aussi assuré qu’ils respecteront les réglementations mises en place en 2012 par l’Organisation mondiale de la santé et les Etats-Unis. On se souviendra qu’ils avaient suscité l’émoi en 2011 en créant un virus mutant H5N1 de la grippe capable de se transmettre entre mammifères. La publication de ces études fut alors bloquée par les autorités américaines avançant le risque bioterroriste et craignant qu’un tel virus s’échappe du laboratoire.


Ces épidémies mondiales qui font paniquer les Etats

Le 11 juin 2009, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recense la première pandémie du XXIe siècle. Une épidémie mondiale de grippe A (H1N1) venue du Mexique, qui pourrait sérieusement affecter plusieurs pays européens. Ni une, ni deux, le gouvernement français commande 94 millions de vaccins à trois grands laboratoires pharmaceutiques et lance une grande campagne nationale de vaccination qui attire… 6 millions de personnes. Les risques ont été exagérés, la quantité de vaccins nécessaires, surévaluée. Cinquante millions de vaccins sont décommandés, 16 millions donnés à l’OMS, et 19 millions d’entre eux détruits deux ans plus tard pour un coût total de 400 millions d’euros. " En Belgique on est restés calmes ", se félicite le professeur Marc Van Ranst, virologue à l’université de Leuven et commissaire interministériel pour l’influenza. " Nous n’avons acheté qu’un vaccin par habitant ". Soit douze millions de vaccins commandés en urgence pour le plus grand bonheur de GSK qui immuniseront au final deux millions de personnes à risque. " C’est une situation complexe ", poursuit Marc Van Ranst. " Le gouvernement doit décider quand et quelle quantité de vaccins commander. Si les autorités ne sont pas capables d’en fournir en suffisance lorsque c’est nécessaire, elles sont critiquées. Si elles en achètent trop, elles sont critiquées aussi, et il faut lancer ses commandes suffisamment à l’avance car leur fabrication peut prendre plusieurs mois ".

Procédure flexible

Dès qu’elle détecte une possible propagation virale, l’OMS informe les Etats et formule une série de recommandations destinées à "gérer" l’épidémie au niveau mondial. Chaque pays est alors libre de suivre ses consignes ou non et de lancer sa procédure d’urgence. " En Belgique, on commence par mettre en place des plans d’information dans les communes et prévenir les médecins généralistes ", poursuit Marc Van Ranst. " Les hôpitaux peuvent accueillir un certain nombre de patients, après quoi les autorités locales se chargent de mettre des locaux à disposition pour isoler et traiter les malades supplémentaires. L’armée intervient uniquement pour le stockage et le transport des médicaments ". Contrairement à la France, " nous n’avons pas établi de plan fixe, mais une procédure flexible basée sur la gravité du virus, sa mortalité, et les lieux où il s’est propagé ", insiste le virologue. " En 2009, nos voisins ont été jusqu’à clôturer les écoles, en Belgique nous avons estimé que ce n’était pas indispensable. Des mesures flexibles et adaptées sont beaucoup plus efficaces, mais peu appréciées par le pouvoir politique qui préfère des plans déterminés ".

Pas de risque d’être confronté à un surplus de vaccins avec ce virus H7N9, il n’y en a pas. Pas de procédure d’urgence non plus puisqu’il a uniquement été localisé en Chine et que les anti-viraux existants sont efficaces jusqu’à une éventuelle mutation (lire ci-contre). " Pas de panique ", conclut donc Marc Van Ranst. " La Belgique n’est pas une zone sensible et tout est prêt. Il ne servirait à rien de prendre d’autres mesures dans l’état actuel des choses ".

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