Avec les récifs artificiels, retour des phoques en mer du Nord

Pas moins de 33 récifs artificiels ont été placés près des parcs à éoliennes. L’objectif de l’initiative est de développer la biodiversité. Une expérience qui devrait s’étendre sur cinq ans et qui pourrait se généraliser.

Th. B. (St.)
Avec les récifs artificiels, retour des phoques en mer du Nord
©BELGA

Passer d’une politique environnementale défensive à des actions offensives" , telle est l’attente de Johan Vande Lanotte (SP.A), ministre de la Mer du Nord. Pour atteindre cet objectif, la première action concrète du "Plan phoque" s’est déroulée mardi à Ostende.

Ce sont 33 boules en forme de cloche qui ont ainsi été emmenées jusqu’aux parcs éoliens de C-Power et Belwind, respectivement à 30 et 45 km des côtes. Un bateau a été chargé de les apporter jusqu’à leur destination finale. En tout, douze heures auront été nécessaires pour transporter les boules qui pèsent au total 22 t sous eau. Ces objets auront la fonction de récifs naturels. Il s’agit de la première expérience de ce type en mer du Nord.

Outre les répercussions positives qu’elles engendreront dans le développement de la biodiversité, ces boules serviront de refuges et de protections aux poissons. Elles auront également comme fonction de donner un endroit pour se reposer aux phoques qui passeraient par là. "Le fait de mettre à disposition de la faune et de la flore des zones dures que sont ces récifs artificiels, augmente le dépôt de moules et d’algues, ce qui devrait attirer les poissons et peut-être les phoques à plus long terme" , explique Brigitte Lauwaert, responsable de l’Unité de gestion du modèle mathématique de la mer du Nord (UGMM). Cette organisation a été chargée du rapport d’évaluation du projet. Elle a dû donner les garanties scientifiques au gouvernement, menées sur des recherches empiriques, en observant l’attitude de la faune et de la flore face aux zones dures présentes dans les parcs éoliens.

Une expérience test

"Si les scientifiques s’aperçoivent de changements positifs, nous généraliserons la pratique, s’enthousiasme Johan Vande Lanotte . Il faut savoir que cette expérience ne coûte rien au contribuable. La totalité du coût est assurée par C-Power et Belwind (NdlR : coût total 130 000 euros). Nous nous trouvons donc dans une sorte de win-win entre les parties. D’un côté, le gouvernement a apporté son soutien au projet; de l’autre, le projet pourrait donner un apport à la zone qui s’étend d’Ostende aux Pays-Bas, qui ne jouit pas d’une situation écologique favorable, contrairement à celle entre Nieuport et La Panne qui dispose d’une réserve naturelle." La zone entre Ostende et les Pays-Bas compte entre cinq et dix phoques. Le nombre de ces mammifères est un bon indicateur de la qualité de l’eau.

A proximité des éoliennes

L ’initiative permettrait d’accroître le nombre de poissons comme le cabillaud ou le tacaud, d’attirer des mammifères marins comme les phoques ou les marsouins ( NdlR : entre 500 et 800 de ces petits dauphins sillonnent la Côte belge) et d’augmenter la taille des crabes et des crevettes. Mais un prédateur pourrait également être attiré par tout ce joli monde : le pêcheur. Seulement voilà, les récifs ont été placés à proximité des éoliennes et la zone est interdite d’accès aux bateaux.

Le problème est que certains bravent l’interdiction. "Un périmètre de 500 m est placé tout autour de la zone des éoliennes, rapporte Johan Vande Lanotte. Certains, sans doute appâtés par la pêche miraculeuse, tentent encore de passer, mais nous allons prendre les mesures nécessaires pour empêcher tous les bateaux de passer, excepter bien sûr, ceux appelés pour l’entretien des éoliennes."

Le domaine éolien qui se trouve en mer du Nord, à proximité de la frontière néerlandaise est réparti en sept zones. Outre à C-Power et à Belwind, trois autres permis ont déjà été accordés. L’objectif de ces sociétés est de construire le plus grand projet énergétique de Belgique. Belwind dispose actuellement en mer du Nord de 55 éoliennes qui, à terme, devraient fournir de l’énergie à 160 000 ménages. C-Power a, quant à lui, un objectif : redistribuer 10 % de l’énergie totale du pays d’ici 2020. Le projet devrait durer environ cinq ans. Après cette expérience, ce sera stop ou encore en fonction des résultats. Mais les scientifiques ont bon espoir de réussite, les phoques reviendront si la situation écologique s’améliore. Th. B. (St.)

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