Réchauffement climatique: la Belgique à l’heure des vendanges

Une étude met en avant l'impact du réchauffement climatique sur le monde des vins. Une augmentation de la température pourrait faire disparaître des vignobles français ou espagnols. Et en faire apparaître d'autres au nord de l'Europe.

Réchauffement climatique: la Belgique à l’heure des vendanges
© Alexis Haulot
Reportage>Valentin Dauchot

Les Romains avaient décrété en leur temps qu’on ne plantait pas de vignes au nord de la Loire. Cette époque est aujourd’hui révolue. Et la Belgique produisait en 2012 quelque 300 000 bouteilles de vin issues de 80 vignobles différents qu’il est grand temps de vendanger pour la cuvée 2013. Le long de la route de Perwez, voilà donc que s’activent une quarantaine de vendangeurs amateurs. Les champs humides du Brabant wallon contrastent un peu avec les collines ensoleillées du Rhône, mais le principe est le même et les coupeurs agenouillés activent leurs sécateurs pour dépecer 72 lignes. "L’état sanitaire du raisin est limite", regrette Pierre Rion qui supervise la vendange pour le ‘Domaine de Mellemont’. "On ne produira que des bulles cette année, du vin blanc en ‘méthode traditionnelle’, parce que l’acidité du raisin est un peu trop élevée pour en faire un bon vin tranquille". Le printemps frais a retardé la floraison des vignes qu’un été sec et ensoleillé a partiellement compensée, mais l’oïdium (l’une des trois maladies de nos vignes avec le mildiou et le botrytis, NdlR) a durci la peau de certains raisins qui ont éclaté au contact de la pluie. "Ces raisins ont été infectés", poursuit Pierre Rion. "Une ou deux semaines de plus nous auraient donné le bon équilibre entre sucre et acidité, mais il y avait un risque que les autres raisins soient abîmés à leur tour et qu’on n’ait plus grand-chose à vendanger".

Un vin moins alcoolisé

Deux éléments climatiques jouent un rôle essentiel dans la production du vin : le soleil, capté par les feuilles pour nourrir la sève en sucre, et la chaleur, qui fait circuler cette sève dans la plante. Plus le raisin est sucré, plus le vin est alcoolisé, ce qui explique pourquoi nos productions belges sont moins fortes en alcool que les produits du Sud-Ouest ou de la Sicile.

"On ne va pas essayer de produire les mêmes vins qu’à Bordeaux", répond Pierre Rion quand on lui demande si la Belgique pourrait produire des grands crus. "Il faut planter des cépages adaptés à notre climat. Des vignes qui fleurissent plus tard, mûrissent plus vite et qu’on fait pousser plus haut afin de capter le soleil". Autre élément de taille : le sol brabançon, trop riche pour faire "souffrir" la vigne au maximum et optimiser son rendement, ce qui contraint les viticulteurs à en couper les racines pour les forcer à aller chercher l’eau à 30 ou 40 m de profondeur. "Même lors des années ensoleillées, le vin produit sur nos terres est vif et d’une faible teneur en alcool", poursuit Pierre Rion, "entre 10° et 11° obtenus naturellement qu’on chaptalise par la suite en ajoutant du sucre pour atteindre 11° à 12°". Si le climat se réchauffe bien lors des prochaines décennies, les vins belges devraient naturellement gagner en alcool, en intensité, et donc en qualité. "Un réchauffement climatique de 2 °C à 3 °C pourrait bien modifier la carte des vins", reconnaît Pierre Rion, "et nous permettre de planter d’autres types de cépages".

13 000 bouteilles

Moins de deux heures après le lancement de cette première journée de coupe, le raisin abonde dans de grandes caisses qu’un petit tracteur amène prestement au domaine. Là, la récolte est pressée et mise en fermentation pour obtenir un vin de base. Une fois l’opération terminée, une seconde fermentation sera provoquée en bouteille pour conserver le gaz carbonique et donner au vin blanc son caractère pétillant.

Au final, il faudra un an pour que le cru 2013 soit prêt à la vente. Une petite production de rouge issue d’une deuxième parcelle sera également mise en vente d’ici 18 mois. Et si l’été n’avait pas été aussi clément, aucune des deux n’aurait pu être récoltée. "On aurait pleuré toutes les larmes de notre corps", conclut en plaisantant à moitié Pierre Rion. "Mais uniquement par passion, parce que nous ne vivons pas de nos 4 hectares de vignes."

L’année passée, la récolte de la parcelle principale a tout de même permis de mettre sur le marché près de 13 000 bouteilles. Vu l’abondance de raisin récolté cette année, les trois associés espèrent bien battre ce record. N’en déplaise aux théories de nos amis romains.

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