Le périph’ de Paris ralentit

La vitesse maximale autorisée passe de 80 à 70 km/h. Et le sujet anime la campagne municipale.

Bernard Delattre, correspondant permanent à Paris
Le périph’ de Paris ralentit
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Cela fait des années qu’on en parle. Ce vendredi, à minuit, ce sera chose faite. La vitesse maximale autorisée sur le périphérique parisien, le boulevard urbain le plus fréquenté de France (1,3 million de véhicules chaque jour), passera de 80 à 70 km/h.

La réforme a un côté assez virtuel. Dans la mesure où, sur ce boulevard, la vitesse moyenne de circulation, en fait, n’atteint pas… 39 km/h, en journée. Le sujet n’en anime pas moins la campagne pour les élections municipales de mars prochain. La candidate de la droite à la mairie, l’ex-ministre sarkozyste de l’Environnement Nathalie Kosciusko-Morizet, dénonçant "une écologie paillettes" , a promis, si elle était élue, de remettre le périphérique à 80 km/h. Ce sont des paroles en l’air. La rocade parisienne ayant le statut de voie routière d’intérêt national, elle est de la compétence de l’Etat, et non de la Ville.

Les opposants à la réduction de la vitesse (associations d’automobilistes, etc.) y voient "une mesure démagogique et sans efficacité" , qui "va encore un peu plus congestionner le boulevard et pénaliser ceux qui n’ont d’autre choix que d’utiliser leur voiture". Ses partisans, eux, assurent que cela permettra, outre de réduire de 10 à 20 % les accidents de la circulation, de répondre à une situation "d’urgence sanitaire" . En atténuant, à la marge, les gros problèmes de qualité de l’air et de niveau sonore qui se posent à Paris.


Paris pollué, la santé de ses habitants martyrisée

En termes de bruit, les mesures montrent que "les niveaux sonores autour du périphérique excèdent systématiquement les valeurs limites réglementaires, de jour comme de nuit" . Cela concerne 100 000 riverains, dont 41 000 sont "exposés à un niveau de bruit excédant la valeur limite journalière moyenne" (68 décibels).

En termes de qualité de l’air, la situation à Paris et dans sa banlieue est épouvantable. La dernière étude officielle reconnaît que "les niveaux de pollution y restent supérieurs à la réglementation" . Quelque 2,7 millions d’habitants sont exposés à une pollution exagérée par les particules fines, et 3,1 millions (dont 9 Parisiens sur 10) au dioxyde d’azote. Cela vaut à la France d’être menacée par l’Europe de devoir payer des amendes d’un montant faramineux.

Selon l’Institut français de veille sanitaire, les particules fines - reconnues cancérigènes par l’OMS -, coûtent six mois d’espérance de vie à chaque Parisien. Et, dans les neuf agglomérations les plus polluées du pays, le respect des normes européennes sur la qualité de l’air permettrait de gagner… 91 000 années de vie.

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