D'indésirables insectes débarquent chez nous

Une espèce exotique de moustique, très agressive et vecteur de certains virus, a été signalée dans la région d'Anvers. Un maître mot: vigilance.

Laurence Dardenne
D'indésirables insectes débarquent chez nous
©Photonews

Curieux modes de transport que ceux du moustique tigre : pour voyager d’un bout à l’autre de la planète, l’Aedes albopictus affectionne tout particulièrement… les pneus usagés et les plantes ornementales de bambou.

C’est en tout cas dans des cargaisons de cette nature, entreposées dans des sociétés d’importation des environs du port d’Anvers, qu’ont été trouvés ces derniers mois deux spécimens adultes et 17 larves de cette espèce exotique. Le premier moustique adulte a été capturé en juillet 2013 par des chercheurs de l’Université de Liège-Gembloux Agro-Bio Tech et le second ainsi que les larves en octobre dernier par une équipe de l’Institut de médecine tropicale (IMT) d’Anvers qui attire l’attention sur la présence de ces indésirables.

Car si, lundi, l’IMT a fait part de sa volonté de “garder un œil attentif sur le moustique tigre”, c’est qu’il est vecteur de maladies aussi redoutées que la fièvre jaune, la dengue et le chikungunya.

Faut-il paniquer pour autant ? Non, du moins pas à l’heure actuelle. “Le risque pour la santé publique est provisoirement faible, affirme-t-on du côté de l’IMT, parce qu’il est incertain que le moustique tigre puisse survivre aux conditions hivernales en Belgique.”

De grandes facultés d’adaptation

Un risque estimé faible, donc, dans l’immédiat, mais non nul pour autant. Car les conditions climatiques particulièrement douces que l’on a connues ces dernières semaines dans notre pays pourraient bien s’avérer favorables à la survie de cette espèce qui, de surcroît, semble avoir de grandes facultés d’adaptation. L’installation – ou non – du moustique tigre dans notre pays dépendra donc de la rudesse – ou non – de l’hiver 2014.

Pour savoir s’il sera capable de survivre chez nous cet hiver, nous avons collecté les larves et maintenu en captivité les deux moustiques adultes, nous a expliqué Isra Deblauwe, biologiste à l’IMT, qui a mis la main dans quelque 100 à 200 pneus entreposés pour y dénicher ces larves. Il est fort probable qu’il y en ait encore…” Quoi qu’il en soit, la présence de cette population du moustique tigre asiatique dans le port d’Anvers a été confirmée comme active jusqu’en octobre 2013.

Si l’IMT se permet en outre quelque inquiétude, c’est pour ces raisons mais aussi parce que le moustique tigre est une espèce particulièrement agressive, qui a une prédilection pour le sang humain… “Nous craignons donc sa présence en Belgique car il peut non seulement occasionner des piqûres avec des réactions sévères mais aussi transmettre divers virus, y compris ceux de la fièvre jaune, la dengue et le chikungunya, bien que généralement ces virus entrent dans le pays par un voyageur infecté”, explique Isra Deblauwe, admettant toutefois que “les risques sont très faibles que les moustiques tigres importés soient porteurs de virus comme la dengue ou le chikungunya”.

Une des 100 espèces les plus invasives

Originaire de l’Asie du Sud-Est, Aedes albopictus a déjà conquis l’Amérique et le sud de l’Europe, et se retrouve maintenant au nord dans nos régions. Reconnu comme l’une des 100 espèces les plus invasives, le moustique tigre voyage autour du monde à travers les échanges de marchandises, en particulier dans les pneus usagés et les plantes de bambou ornementales, introduites par des sociétés d’importation d’une manière régulière directement via des conteneurs maritimes en provenance de Chine. “L’eau qui reste dans les attaches ou dans laquelle les végétaux sont transportés, constitue des points de débarquement idéaux pour les œufs de ces moustiques”, précise-t-on à l’IMT.

Idéalement, il faudrait que ces marchandises soient couvertes de bâches”, nous a confié la biologiste qui alerte sur la nécessité de prendre en considération la présence de ces insectes dans notre pays et d’anticiper une éventuelle prolifération. “Aux Pays-Bas, qui connaissent ce problème depuis quelques années déjà, les autorités ont pris les mesures nécessaires, en luttant immédiatement avec des biocides, mais cela sera plus compliqué en Belgique car ces produits ne sont pas enregistrés et demeurent illégaux. Nous pensons qu’une adaptation de la législation actuelle aux produits biocides est nécessaire pour permettre le contrôle.

L’homologation et l’enregistrement des pesticides biologiques selon les lignes directrices de l’UE sont un point essentiel pour lutter contre la propagation du moustique tigre et prévenir ainsi les épidémies de maladies provisoirement incurables.