Monsanto se lance dans le bio

Le géant de l’agrochimie, connu pour ses pesticides chimiques (de synthèse) et ses semences OGM, a annoncé en décembre une alliance avec une entreprise danoise, Novozymes. Le partenariat a été approuvé lundi par les autorités de la concurrence.

An anti-GMO (genetically-modified crops) activist holds a town entrance roadsign reading "Monsantox" after anti-GMO activists entered a production site of US agro-chemicals giant Monsanto to protest aganinst the use of GMO crops and ask for the extension of the moratory on MON810 corn, on January 17, 2014, in Trebes, southern France. AFP PHOTO / REMY GABALDA
An anti-GMO (genetically-modified crops) activist holds a town entrance roadsign reading "Monsantox" after anti-GMO activists entered a production site of US agro-chemicals giant Monsanto to protest aganinst the use of GMO crops and ask for the extension of the moratory on MON810 corn, on January 17, 2014, in Trebes, southern France. AFP PHOTO / REMY GABALDA ©AFP
Sophie Devillers

Monsanto se lance dans les pesticides... bio. Le géant de l’agrochimie, connu pour ses pesticides chimiques (de synthèse) et ses semences OGM, a annoncé en décembre une alliance avec une entreprise danoise, Novozymes. Le partenariat a été approuvé lundi par les autorités de la concurrence. Ensemble, ils proposeront des produits de bio-contrôle. En bref : utiliser des organismes vivants pour lutter contre d’autres organismes vivants (voir le 3 questions).

"L’idée, explique Brandon Mitchener, porte-parole de Monsanto en Europe, c’était, avec notre partenaire, d’investir dans la recherche et le développement de nouvelles sortes de ‘microbes’, qui pourraient être très intéressantes pour les agriculteur. Que ce soit pour faire du bio ou du non-bio. Il y a beaucoup de produits qui ne sont pas accessibles à l’agriculture bio. Ici, c’est le cas, c’est intéressant. On peut en produire à bon marché, ça peut rendre le bio plus compétitif ! Ce sont des microbes d’origine naturelle, que l’on voudrait produire à grande échelle, pour aider les agriculteurs à combattre les champignons, les maladies, les insectes". Monsanto ne se lance pas dans le bio, ce serait "exagérer" de le dire : "On produit déjà des semences qui peuvent être utilisées aussi pour l’agriculture bio. Mais c’est la culture qui fait le bio, pas la production des semences".

Le bio-contrôle, l’avenir pour Monsanto ? "Tous les agriculteurs cherchent de nouveaux outils pour combattre le fungus, les insectes, les mauvaises herbes. On a déjà toute une gamme de produits chimiques. Pourquoi ne pas essayer de développer des microbes ?" Novozymes, fort de son expertise en fermentation, gérera la partie production de solutions à base de micro-organismes et Monsanto effectuera les tests, l’homologation des produits et leur commercialisation. Ce sera une première. Outre les "microbes" (micro-organismes : champignons, bactéries), Monsanto travaille aussi en R & D sur d’autres pesticides à "base naturelle". L’idée sera là d’utiliser l’ARN (proche de l’ADN) des plantes ou des animaux pour activer ou désactiver certaines réactions dans les plantes ou le fungus. "Mais cela n’a rien à voir avec les modificiations génétiques", insiste Brandon Mitchener .

Croissance à deux chiffres

Monsanto et Novozymes ne veulent pas rater le marché du bio-contrôle, en pleine expansion : "Les taux de croissance sont à deux chiffres au cours des dernières années". Va-t-on dire adieu aux pesticides de synthèse ? "Difficile de le dire maintenant, alors que l’on est à la R & D. Mais ça prendra du temps avant que l’on soit capable de remplacer totalement les pesticides classiques. Et j’en doute ! Le bio-contrôle est un des outils existants ; on ne va pas le jeter !" Pour Marc Ongena, spécialiste des biopesticides (Gembloux Agro-bio Tech), il est "logique" que Monsanto se lance dans une telle diversification. "Monsanto est conscient que les agriculteurs vont (et doivent) diminuer petit à petit les pesticides, il investit donc dans cette alternative. C’est aussi bon pour leur image !" D’autres géants de l’agrochimie, comme Bayer, ont déjà franchi le pas.


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