Pourquoi l’Ethiopie a connu la sécheresse de 1984-1985

Des experts belges et éthiopien pointent trois systèmes océaniques.

Pourquoi l’Ethiopie a connu la sécheresse de 1984-1985
©AFP
Ch. Ly.

Des experts belges et éthiopien pointent trois systèmes océaniques.

Des chercheurs de l’université de Gand, de l’Institut royal météorologique (IRM) et de l’université Bahir Dar en Ethiopie croient avoir trouvé les raisons climatiques qui expliquent la sécheresse qui a touché durement l’Ethiopie en 1983-1985.

Cette sécheresse conduisit à l’une des plus meurtrières famines que connut la Corne de l’Afrique et mobilisa tardivement mais massivement l’opinion publique internationale avec des chansons comme "We are the World" ou "SOS Ethiopie" ainsi que des mégaconcerts comme le "Live Aid" mis sur pied par Bob Geldof.

Selon ces chercheurs belges et éthiopien, c’est l’interaction entre trois systèmes océaniques (Atlantique, Pacifique, Indien) qui a provoqué cette sécheresse qui toucha particulièrement le Tigré, la province au nord du pays. Les recherches ont été publiées par l’"International Journal of Climatology", indique l’université de Gand dans un communiqué publié le 30 juillet.

" Les agences météorologiques d’Afrique de l’Est étaient déjà bien conscientes des interactions entre le climat éthiopien et les fluctuations d’El Niño dans l’océan Pacifique , nous explique à Gand l’un de ces chercheurs, Sil Lanckriet. Nous montrons que les océans Indien et Atlantique ont eu aussi un large impact. Ceci nous permet de comprendre les sécheresses des années 80 mais aussi d’améliorer les modèles de prédiction à l’avenir."

El Niño, l’élément perturbateur

Pour parvenir à ces conclusions, les météorologues et géographes ont étudié les "téléconnexions", des phénomènes climatiques interagissant à large distance, et utilisé un nouvel instrument d’analyse appelé en anglais "Empirical Orthogonal Teleconnection Analysis" (EOT).

En 1984-1985, le courant El Niño inversa la circulation atmosphérique dite de Walker, ce qui bloqua les chutes de pluie sur l’Ethiopie. Des perturbations dans les océans Indien et Atlantique réduisirent parallèlement l’effet bénéfique des moussons dans le pays.

Ces recherches ont eu pour épicentre la localité de Korem au Tigré dont les images firent le tour du monde en 1984-1985. La sécheresse est récurrente en Ethiopie depuis au moins le XIIe siècle malgré le fait que les eaux de pluie tombant sur le pays alimentent près de 85 % du Nil. La sécheresse de 1984-1985 fut aggravée par la guerre civile, la déforestation et l’érosion du sol. La famine qui en résulta fit près de 400 000 morts dans le nord du pays dont une partie décéda dans les marches forcées qu’organisa le gouvernement pour éloigner les populations des zones sinistrées. Depuis cette grande famine, l’Ethiopie a entrepris de replanter les collines du Tigré.

La guerre civile accroît les risques

La famine de 1984-1985 illustra aussi le rôle aggravant des guerres civiles. L’histoire se répète aujourd’hui en Somalie où les milices islamistes shebab contrôlent des vastes régions rurales. Celles-ci ont repoussé près de 350 000 personnes à Mogadiscio où le gouvernement somalien ne parvient plus à les nourrir. Il y a trois ans, une famine avait entraîné la mort de 260 000 Somaliens en six mois. Le gouvernement somalien a lancé mardi un appel à l’aide. 

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