Pas de pilule d’iode pour tous les Belges

La dernière note de politique générale du ministre de l’Intérieur Jan Jambon prévoit la distribution de comprimés à "des groupes cibles prioritaires".

Mathieu Ladevèze
Pas de pilule d’iode pour tous les Belges
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La dernière note de politique générale du ministre de l’Intérieur Jan Jambon prévoit la distribution de comprimés à "des groupes cibles prioritaires".

Cela avait été annoncé par le gouvernement Michel et réaffirmé par la ministre de la Santé Maggie De Block l’été dernier : suite aux recommandations du Conseil supérieur de la santé et l’AFCN d’étendre le périmètre de distribution de ces pilules à avaler en cas d’accident nucléaire à un rayon de 100 km autour de nos centrales, tous les foyers belges allaient recevoir des pilules d’iode. Dans les faits, il n’en sera rien.

Selon la Dernière Heure, pour des raisons avant tout budgétaires, le gouvernement limitera sa "campagne de prédistribution des comprimés d’iode, via la mise à disposition des comprimés aux groupes cibles prioritaires (les écoles et d’autres sites précis, par exemple, NdlR) sur l’ensemble du territoire", découvre-t-on dans la note de politique générale (28 octobre dernier) du ministre de l’Intérieur Jan Jambon (N-VA). La distribution généralisée dans un rayon de 20 km autour d’une centrale reste d’application.

Parmi les autres mesures liées au risque nucléaire en Belgique, figurent également, pour 2017, "une campagne d’information relative aux risques nucléaires/radiologiques […], une première commande de dosimètres dont la distribution aura lieu l’an prochain." Ce plan d’urgence nucléaire et radiologique devrait être finalisé d’ici la fin de l’année pour une mise en œuvre progressive en 2017. "Il intégrera les résultats des consultations et la contribution des différents partenaires et départements." Pour le ministre de l’Intérieur, "l’exercice relatif au plan d’urgence nucléaire Doel 2017 sera l’occasion de tester le nouveau plan".

Pas de pilule d’iode pour tous les Belges
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Pour le député Ecolo Jean-Marc Nollet, ce rétropédalage est tout simplement "scandaleux". "Une fois de plus, le gouvernement fait primer la rentabilité d’Electrabel au détriment de la sécurité élémentaire des citoyens belges. La Belgique possède et est entourée d’une vingtaine de centrales nucléaires. Certaines sont fissurées (Doel 3 et Tihange 2), d’autres ont atteint leur durée de vie initialement prévue (Tihange 1, Doel 1 et Doel 2), une a même été sabotée (Doel 4).", rappelle-t-il.

"Une des principales leçons de la catastrophe de Fukushima, c’est justement de prendre en considération que de tels accidents peuvent se produire, y compris chez nous. En refusant d’offrir la protection minimale à sa population, le gouvernement fait tout l’inverse de ce qu’il devrait faire. On sait très bien que ces pilules d’iode ne permettent pas d’éviter une catastrophe, mais elles pourraient à tout le moins en réduire l’impact. Il est profondément illusoire d’imaginer qu’en cas de catastrophe chaque Belge se rende dans un centre de distribution régional ou provincial. Je ne peux accepter que, pour quelques millions d’euros de gagnés par Electrabel, on sacrifie ainsi la protection de la population."


Les risques liés au nucléaire seraient systématiquement sous-estimés

Les risques liés au nucléaire sont systématiquement sous-évalués, selon des chercheurs de l’École polytechnique fédérale de Zurich et de l’Université du Susse (GB). Dans une étude, ils remettent en question la méthode utilisée par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) pour les évaluer. L’ampleur des accidents est évaluée grâce à l’échelle internationale des événements nucléaires (INES), composée de huit niveaux de gravité : un écart (0), une anomalie (1), un incident (2-3), un accident (4-7). 

Pour les chercheurs, l’échelle n’est pas assez précise et la distinction entre "incident" et "accident" arbitraire : il n’y a pas de règles pour mesurer le nombre de morts ou les irradiations. De plus, seule la moitié des événements recensés par les chercheurs ont été rapportés dans l’échelle de l’INES. Plus les incidents sont petits, moins ils ont de chance d’être découverts, enregistrés et rapportés au régulateur ou aux médias. La probabilité d’accidents de grande ampleur est donc sous-estimée par l’agence internationale car elle ne prend pas tous les événements nucléaires en compte. Pour les chercheurs, les risques pour la société sont donc toujours "très élevés".