Inquiétude autour de la route du Nord de l'Arctique: le nouvel eldorado russe

AFP
Les portes de l’Arctique sont entrouvertes et ce n'est pas forcément une bonne nouvelle...
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Un porte-conteneurs achève la route du Nord de l’Arctique pour la première fois.

C’est une première et ce n’est pas forcément une bonne nouvelle. Un porte-conteneurs du groupe danois Maersk est arrivé jeudi à Saint-Pétersbourg après avoir franchi l’Arctique par le Nord depuis l’Extrême-Orient russe. Il s’agit d’une première pour un navire de cette taille, permise par le réchauffement climatique. Une mutation accélérée de l’environnement qui pourrait à terme révolutionner le fret mondial.

Parti le 23 août de Vladivostok les cales remplies de poissons surgelés russes et de composants électroniques coréens, le Venta a effectué la route arctique en cinq semaines. Un périple qu’il a pu accomplir grâce à l’assistance de brise-glace nucléaires. D’une capacité de près de 36 000 conteneurs, le Venta est long de 200 mètres et pèse 42 000 tonnes. Il est conçu pour opérer par des températures atteignant -25 degrés Celsius.

Praticable auparavant seulement quelques semaines par an et pour des bateaux de taille plus modeste que ce géant des mers, cette route surnommée "passage du Nord-Est", qui longe les côtes septentrionales de la Sibérie, devient accessible de plus en plus longtemps. Si à court terme cet itinéraire reste difficile et coûteux à exploiter, la Russie mise beaucoup sur le développement de ce raccourci maritime, qui permet aux navires de gagner jusqu’à 15 jours par rapport à la voie classique passant par le canal de Suez. Dans son projet de budget 2019-2021, Moscou a d’ailleurs prévu d’investir plus de 516 millions d’euros dans le développement de cette route avec des infrastructures portuaires et la construction de brise-glace nucléaires.

Cette ruée inquiète les associations de protection de l’environnement, qui craignent notamment des marées noires menaçant un écosystème relativement préservé. Une démocratisation de cette route aurait aussi pour conséquence une intensification de l’exploitation des hydrocarbures dans l’Arctique, alors que les énergies fossiles sont responsables des dérèglements climatiques majeurs qui se sont enclenchés. En quelques décennies, la calotte glaciaire de l’Arctique a perdu près de la moitié de sa surface.