Quelque 10 %, au moins, de la récolte totale annuelle d'épicéas en Wallonie est touchée par le scolyte, un insecte ravageur qui creuse des trous dans l'écorce pour y pondre ses œufs. Selon les premières estimations, ce sont 400.000 m3 de bois malades qu'il va falloir abattre.

Mais ce nombre pourrait considérablement grossir, annonce l'Office économique wallon du bois. "Les estimations ne concernent donc que les forêts publiques. La majorité des épicéas se trouve dans des propriétés privées, là où la cartographie des arbres infectés n'a pas encore été faite. Le volume d'arbres à abattre pourrait s'élever jusqu'à 700.000 m3", explique Eugène Bays, responsable veille l'Office économique wallon du bois.

L'Office a d'ailleurs émis ses recommandations aux propriétaires privés, rappelant leur obligation à évacuer les épicéas scolytés avant le 31 mars 2019.

L'inconnue de la zone de quarantaine de la peste porcine

Une autre partie du territoire échappe également, depuis le 13 septembre, à la surveillance des garde-forestiers : celle de la zone de quarantaine de 63.000 hectares, touchée par la peste porcine africaine et située dans le sud de la province de Luxembourg. Toute circulation en forêt y est interdite depuis la découverte de la présence du virus. "Cette zone est boisée sur 30.000 hectares, dont un bon tiers d'épicéas. Pour les résineux qui ont été attaqués, on ne peut pas faire grand-chose", souligne Eugène Bays.

Afin d'éviter une propagation du scolyte, dont la prolifération est déjà aggravée par la chaleur et la sécheresse, les arbres malades doivent être marqués, abattus dans les deux semaines puis acheminés hors de la forêt pour être écorcés et transformés. Le risque de voir la contamination s'étendre dans la zone de quarantaine et les domaines privés est donc important si les épicéas touchés ne sont pas repérés. Des réunions impliquant le ministère de l'Agriculture et le Département de la Nature et des Forêts ont eu lieu et se poursuivent afin d'établir un plan d'action.

Bois déclassé

Pour les propriétaires et les marchands de bois, l'impact de cette invasion de scolytes, "importante cette année", précise Eugène Bays, est bien réelle. "Le champignon apporté par l'insecte donne au bois une teinte bleutée. Perdant de sa qualité esthétique, il ne peut alors plus être utilisé que comme bois de palette ou de coffrage." Et vendu à des prix moindres que le bois noble.

Le responsable veille de l'Office économique wallon du bois ajoute que la découverte d'arbres attaqués par les scolytes devrait se poursuivre dans les mois à venir car certains épicéas, pourtant déjà touchés, ne présentent pas encore de signes visibles.

Une autre variété du scolyte touche aussi les hêtres wallons depuis une quinzaine d'années et cause sur ces arbres plus de dégâts que sur les épicéas. Il y creuse en effet ses galeries de ponte beaucoup plus profondément.

Retrouvez à ce sujet notre dossier sur la forêt wallonne réalisé en février.