Dans un entretien à La Libre, l’actrice Brigitte Bardot, chantre de la cause des animaux, traite de "beau dégueulasse" le ministre wallon du Bien-être animal. Carlo Di Antonio, mis en cause par l’actrice pour sa gestion des chevaux d’abattoirs, se défend. Entretien.


"Il empêche de sauver les chevaux de l'abattoir"

Elle vient d’accepter, exceptionnellement, de voir son image retravaillée par un artiste, le dessinateur Milo Manara (voir ici). Mais dans un interview accordé à La Libre Belgique à cette occasion, l’actrice française Brigitte Bardot l’assure : pas question de sortir de sa "retraite" artistique. Sa vie, c’est le combat pour les animaux, via sa fondation. Et l’inoubliable interprète du "Mépris" attaque de front les politiques en charge du bien-être animal. En particulier, le ministre… wallon, Carlo Di Antonio.

Voyez-vous une évolution dans le domaine de la défense du bien-être animal ?

Je vois les choses avec un énorme pessimisme. Depuis que j’ai commencé, voici 43 ans, à m’occuper d’animaux, les choses n’ont pas évolué. Elles ont même régressé. Aujourd’hui, les animaux sont plus maltraités qu’à l’époque. C’est à cause de l’industrialisation, de la mondialisation, des usines d’élevage industriel, des transports qui sont scandaleux, du fait que la population mondiale a augmenté, et parce que l’animal est devenu un objet de gain financier.

Pourtant, vous défendez cette cause, vous en êtes même certainement l’icône. Et vous avez été rejointe par d’autres. Cela n’a pas suffi pour faire changer les choses ?

C’est loin de suffire parce que nous les protecteurs des animaux qui nous révoltons contre les pratiques atroces, nous n’avons pas la possibilité de faire changer les choses, de faire voter des lois. A ce propos, vous avez un ministre en Belgique qui s’appelle Carlo Di Antonio et qui est en charge du bien-être animal. Vous pouvez lui dire de ma part que c’est un beau dégueulasse. Vous pouvez même le mettre en gros titre parce qu’il a interdit aux associations belges d’acheter des chevaux qui sont vendus pour les abattoirs. Malgré les pétitions et la lettre ouverte que je lui ai adressée, il a toujours mis un veto au rachat de ces chevaux parce que la loi interdit qu’on achète à des maquignons des animaux qui vont partir à l’abattoir.

Vous êtes un mythe, Brigitte Bardot. Est-ce que ça ne vous donne pas l’entregent pour aller voir les politiques et leur dire qu’en 2016 les choses doivent changer ?

Les politiques, j’en ai soupé ! Que ce soit en France, en Belgique ou ailleurs, il ne faut absolument pas compter sur les politiques. Les animaux, ils s’en tamponnent le coquillard ! Et votre Carlo Machin, vous pouvez lui dire de ma part que c’est un beau dégueulasse !

N’existe-t-il pas des pays où, si la situation n’est pas idéale, les choses évoluent dans la bonne direction ?

Oui, c’est le cas de l’Autriche, de la Pologne, du Danemark, de la Suisse, de l’Islande qui ont interdit les abattages rituels halal et cacher. C’est déjà un grand pas. La décision d’interdire les animaux sauvages dans les cirques prise par certains pays est aussi formidable. La Belgique l’a fait mais ce n’est pas du tout le cas en France qui est la lanterne rouge de la protection animale. Et cela malgré ma présence ! Le gouvernement soutient même la tauromachie. Quant aux zoos, où que ce soit dans le monde, ce sont des scandales. En général, ils sont minables, insalubres, sales et petits. Ce sont des culs de basse-fosse pour les animaux. La seule chose que l’on puisse tolérer, ce sont les parcs animaliers. C’est un moindre mal.

Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?

Je me sens très très bien. Ca irait évidemment mieux s’il y avait des progrès en faveur des animaux, mais comme je suis une battante, je dois aller bien sinon je ne servirais à rien. Je vous rassure, je ne suis pas ramollo ! J’ai passé l’âge de la retraite de plusieurs décennies et je n’ai jamais autant travaillé. Le matin, ça commence à 11 h 30 avec des coups fil donnés à ma fondation et des échanges de mails. L’après-midi, j’ouvre le courrier et ce sont de nouveaux échanges avec ma fondation pour les actions à entreprendre, les choses importantes à faire, les articles à mettre dans le prochain journal, les lettres aux ministres qui sont généralement virulentes et que je suis ravie de faire. Je ne chôme pas.


"Elle ne réalise pas l’ampleur du problème"

Ministre wallon de l’Environnement, de l’Aménagement du territoire, de la Mobilité et des Transports, le CDH Carlo Di Antonio compte également le Bien-être animal dans ses attributions. Auparavant de la compétence du fédéral, la matière a été régionalisée à l’occasion du deuxième volet de la sixième réforme de l’Etat publié au Moniteur belge le 31 janvier 2014. Brigitte Bardot est donc bien informée sur l’évolution institutionnelle de notre pays quand elle s’en prend nommément au ministre régional compétent. En revanche, elle n’a manifestement pas conscience de l’ampleur du problème qu’elle soulève, rétorque Carlo Di Antonio, qui assène également :"En général, j’accorde peu d’importance aux propos de cette dame qui soutient l’extrême droite française et qui tient souvent des propos inacceptables. Mais sur le fond, je souhaite réagir."

Avez-vous été surpris que Brigitte Bardot vous connaisse et s’en prenne de façon virulente contre votre action dans le domaine du bien-être animal ?

S’il y a 30 ans, lorsque j’en avais 20, on m’avait dit qu’un jour Brigitte Bardot citerait mon nom, je ne l’aurais pas cru. Le qualificatif qu’elle ajoute ("dégueulasse", NdlR) est un peu plus problématique. Ce qu’elle n’a peut-être pas compris, c’est qu’il n’est évidemment pas interdit d’acheter des chevaux pour les sauver de l’abattoir. C’est légal et autorisé. Mais ce n’est pas parce qu’on fait cela que l’on a droit au statut de refuge.

Quel est le problème avec le statut de refuge ?

En 2007, à la demande des associations de protection des animaux, Laurette Onkelinx avait défini dans une loi ce qu’est un refuge parce qu’à l’époque, ça partait dans tous les sens. Au regard de l’arrêté royal de 2007, l’activité principale d’un refuge pour animaux est d’accueillir les animaux perdus, abandonnés, négligés, saisis ou confisqués. Brigitte Bardot est marraine d’une association couvinoise qui rachète des chevaux à des marchands, dans les abattoirs, pour éviter qu’ils ne soient abattus. Et cette structure estime depuis longtemps avoir le droit d’obtenir le statut de refuge. Je n’ai rien contre cette association qui fait un travail tout à fait estimable, mais en l’état, pour qu’elle devienne un refuge, il faudrait modifier la législation de 2007 parce que le rachat d’un animal est incompatible avec les critères d’un refuge. Sinon, tout chevilleur ou boucher pourrait prétendre à ce titre. Tous les refuges existant nous mettent en garde de ne pas valider à travers une définition le fait de pouvoir faire du commerce. Si on modifie la définition de 2007, un marchand sera aussi un refuge puisqu’il achète des chevaux, il les élève chez lui puis il les revend. Un manège qui achète des chevaux et qui les conserve dans sa propriété pourrait aussi bénéficier de ce statut.

Qu’est-ce qui motive cette association de vouloir obtenir ce statut de refuge ?

Parce qu’il octroie une déductibilité fiscale et c’est pour ça que nous devons être très vigilants. Lorsque le fédéral a adopté la loi 2007 (avant que la matière soit régionalisée lors de la sixième réforme de l’Etat, NdlR), il a indiqué que ceux qui avaient le statut de refuge agréé pouvaient, sur la base d’un dossier, prétendre à une déductibilité fiscale. Il faut donc faire attention de ne pas ouvrir celle-ci à tout le monde.

Le bien-être animal, qui fait partie de vos attributions, est-il une matière complexe ?

Techniquement, ce n’est pas très compliqué par rapport à d’autres compétences comme l’aménagement du territoire. Il s’agit de lutter contre la maltraitance, contre les problèmes dans les transports et les ventes d’animaux, pour moins d’abandons et de soutenir les refuges. Mais c’est un domaine très passionnel, pour lequel les gens s’enflamment en quelques secondes sur base d’une information. Cela nécessite de la réactivité et d’aller expliquer les choses sur le terrain.