Ce n’est pas banal. Voilà une décision qui, à défaut de pouvoir faire l’unanimité à l’avenir dans sa concrétisation, à chaque fois, sur le terrain, a déjà réussi au moins un grand écart : elle s’attire les faveurs simultanées et conjointes de la fédération Inter-Environnement Wallonie qui salue "la fin de la loi de la jungle" et des industriels (la fédération Agoria, le réseau "Tweed") qui y voient "un solide pas en avant" !

On parle de cette décision décoiffante, pour sa rentrée voilà dix jours à Bastogne, du gouvernement wallon de fixer à 4 500 gigawatts/heure la production de l’énergie éolienne dans la région d’ici 2020. Une décision qui a d’autant - agréablement - surpris les ministres Ecolo porteurs du projet, Jean-Marc Nollet (Energie) et Philippe Henry (Environnement), que ceux-ci s’étaient fait remballer encore en juillet dernier, à la veille des vacances.

Que l’on sache, encore alors, dans la majorité Olivier, circulaient des notes prônant une hauteur de 2 800 mégawatts, les 4 500 étant jugés irréalistes Faut-il croire que notamment le lobbying du secteur ( ci-contre ) a amené les coalisés PS et CDH à revoir leurs batteries et turbines; de même que la promesse d’inscrire le retour sur l’emploi local dans les critères d’attribution des futurs marchés (et ce n’est pas du vent : l’Union européenne est moins sourcilleuse sur un tel engagement dans le registre du développement durable)

En attendant, il n’est pas inutile d’y revenir. Pratiquement, que pèse cet objectif ? Et pratiquement, comment va-t-on pouvoir l’atteindre, ou en tout cas essayer d’y parvenir ?

Ces 4 500 gigawatts, c’est quatre fois plus qu’aujourd’hui; c’est l’approvisionnement de 1,18 million de ménages (contre 283 000 actuellement); c’est plus de la moitié des objectifs européens d’électricité d’origine renouvelable en Wallonie en 2020 (8 000 GW/h); c’est un marché potentiel de 200 millions/l’an ou 2 milliards sur dix ans pour le secteur. Surtout, dans le paysage, la décision implique de façon linéaire l’installation de 80 éoliennes par an (elles sont aujourd’hui 204, sur 33 sites).

Environ 80 : ce pourrait être moins puisque l’industrie les prévoit plus hautes et puissantes Mais ce n’est pas un pari, (r)assure M. Nollet : "Les entreprises peuvent y répondre; le rapport efficacité/coût est optimum; la technologie est mûre et mature; c’est une source d’énergie qui nous rend indépendants."

Pour y arriver, trois axes.

Le premier, à aboutir d’ici la fin de l’année, est la mise à jour de l’actuel cadre de référence de 2002 "un peu daté" , dit M. Henry d’une litote. Où il s’agit de redéfinir des critères (proximité de l’habitat notamment) qui garantissent à la fois l’objectif énergétique, une vie de qualité et le respect des paysages.

Le deuxième, dont on espère l’aboutissement courant 2012, est neuf : la fixation d’une cartographie des zones favorables pour l’implantation d’éoliennes. Attention, notamment pour tenter d’éviter le plus possible la spéculation sur les terrains "productibles" de vent, ce ne sera pas une carte de sites précis, mais bien de "lots", de quelques communes regroupées géographiquement.

Tertio, une nouveauté aussi en Wallonie : un décret éolien suivra, à voter au Parlement en 2013 au plus tard. Formalisant cadre et cartographie susdits, il fixera "un productible minimum" zone par zone, incitera à choisir les meilleurs sites, définira la participation des communes et citoyens, fixera les fourchettes d’indemnités Surtout sans doute, et pour tout résumer, il reconnaîtra, d’utilité publique, l’énergie éolienne. De manière, si la concertation ne suffit pas, à imposer contre rétributions une affectation foncière au service des objectifs globaux. Un peu sur le modèle des concessions minières de jadis.

Au fond, le vent ne prendrait-il pas le relais du charbon ?