Comment insuffler dans l’économie wallonne une dynamique où l’on réduit drastiquement le gaspillage de ressources et où, mieux encore, les déchets deviennent eux-mêmes des ressources ?

Qu’il s’agisse de décors de théâtre que l’on récupère dans la perspective d’une réutilisation totale ou partielle pour d’autres spectacles, comme c’est le cas à Bruxelles, ou de recherches de pointe menées par “Reverse Metallurgy” pour recycler les métaux en région liégeoise.

Pendant près d’une année, cinq députés wallons se sont penchés sur les enjeux de l’économie circulaire pour les entreprises du sud du pays. Un travail en profondeur qui a abouti à un rapport dense rendu public ce jeudi, dans lequel les auteurs dressent un panorama de la situation actuelle ainsi que des perspectives potentielles.

C’est le fruit d’une collaboration constructive entre tous les partis”, souligne l’écolo Philippe Henry, saluant l’implication de ses collègues Marie-Dominique Simonet (CDH), Yves Evrard (MR), Christie Morreale (PS) et André-Pierre Puget (indépendant). “Aujourd’hui, tout le monde semble conscient du fait qu’il faut rendre notre économie la plus circulaire possible, bas carbone et axée autour de circuits courts”, ajoute M. Henry, qui fut à l’origine de cette initiative. “Beaucoup des métiers techniques qui vont se développer impliqueront la réutilisation des métaux. Or, en Région wallonne, nous avons une connaissance de ces technologies. On peut donc avoir une longueur d’avance dans certains secteurs. C’est une forme de réindustrialisation”, complète sa collègue Marie-Dominique Simonet.

Une absence de gouvernance

Premier constat de ce travail d’exploration, la Wallonie ne part pas de nulle part, note le rapport : “L’économie circulaire est organisée par filière, et développée principalement au niveau industriel en termes de collecte et de recyclage, et au niveau de l’économie sociale en termes de réparation et de réutilisation.” À quoi s’ajoute une offre croissante de projets liés à l’économie de la fonctionnalité, où l’on propose l’usage d’un bien plutôt que le bien lui-même, à l’instar des systèmes de covoiturage ou de partage d’outils, par exemple.

“Il y a aujourd’hui diverses initiatives dans différents secteurs, parfois très ambitieuses, parfois plus modestes”, complète le député vert. Le problème, c’est que chacun agit un peu dans son coin, en ordre dispersé. “Comparé à ce qui existe en Région bruxelloise ou en Flandre, la Wallonie manque clairement de gouvernance. Il n’y a pas de coordination, de plans et d’indicateurs permettant de suivre l’évolution de l’économie circulaire de façon globale.

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3 728 Jobs

L es projets d’économie circulaire ont créé près de 4000 emplois en Wallonie, soit 1,6 % de l’emploi industriel actuel. Et ces filières offrent de belles perspectives de croissance de l'emploi, notent les auteurs du rapport.


Or, poursuit-il, cette transformation est profondément systémique, “elle touche tous les paramètres d’une entreprise aussi bien en amont – flux de matières, écoconception des produits, organisation du processus de production – qu’en aval – reprise des déchets, réparabilité… Il y a une nécessité de construire une dynamique de travail entre tous les acteurs. Une entreprise peut en effet disposer d’un gisement de matière dont elle ignore qu’elle peut aussi être utilisée par une de ses voisines. Il faut les aider à se mettre en réseau pour qu’elles puissent envisager de fonctionner ensemble. Il ne faut pas que chacune fasse sa boucle dans son coin, mais que toutes les boucles soient connectées.”

Le levier des marchés publics

Pour booster ce développement, les auteurs du rapport formulent une série de recommandations à l’intention du prochain gouvernement. Des mesures qui doivent faciliter l’émergence de l’offre, mais aussi stimuler la demande. Parmi celles-ci, la nécessité de simplifier certaines procédures administratives et de recalibrer dans certains cas le statut de déchet. “Ils sont encadrés par une réglementation extrêmement stricte et lourde, en ce qui concerne leur transport notamment. Il faudrait arriver à affiner les choses pour que certains flux de matières de tel secteur vers un autre soient considérés comme des flux de ressources classiques et non comme des déchets qui demandent à chaque fois une procédure de déclaration individuelle”, illustre Philippe Henry.

L’intégration de la dimension “circulaire” dans les critères des appels d’offres publics pourrait aussi contribuer à générer de nouvelles activités. Il faut augmenter progressivement la part de ces produits ou de ces matériaux, mais également favoriser la valeur d’usage, résument les auteurs. Et de souligner que les efforts devraient initialement se concentrer sur le secteur de la construction, qui présente le potentiel le plus important. Un soutien qui pourrait se concrétiser par le biais d’un “greendeal” en faveur de la construction et de la rénovation d’infrastructures publiques.

La conception, la production et la commercialisation de produits peu ou pas recyclables et, à terme, des produits non réparables devraient être découragées, suggère encore le rapport qui appelle par ailleurs à doubler le nombre de ressourceries et à mettre en œuvre une fiscalité incitative en faveur du recyclage et du réemploi. “On pourrait déjà faire passer de 21 à 6 % la TVA sur les produits réparés et sur la main-d’œuvre pour leur réparation”, avance Mme Simonet, précisant qu’une telle décision dépend cependant du pouvoir fédéral.

Dès l’école…

“Je pense que la demande est là. Les gens ne veulent plus qu’on jette les déchets comme ça et, sur le plan économique, les matières premières vont devenir de plus en plus chères”, commente encore la députée CDH.

A ses yeux, le développement de l’économie circulaire est aussi une opportunité de rendre les filières scientifiques attractives pour les jeunes; un problème auquel la Wallonie est confrontée depuis une trentaine d’années. “ Il faut intégrer dans les filières d’enseignement ces notions de récupération et de retraitement des produits. C’est passionnant et ça peut relancer des carrières pour les jeunes qui ont envie de s’engager pour le climat. On ‘soignera’ aussi le climat par la recherche et les métiers scientifiques