Pour comprendre les enjeux de la conférence sur le climat qui se tiendra à Paris, voici quelques explications autour de 10 mots clés. 


Universel

C’est l’ambition ouvertement affichée par la diplomatie française qui travaille depuis des mois à cette fin : faire oublier le Protocole de Kyoto, pour le remplacer par l’Accord de Paris. Celui-ci sera sans doute moins contraignant dans la forme mais, espère-t-on, plus efficace en termes de résultats.

Pour y arriver, l’objectif est de faire tomber la “muraille de Chine” qui pollue ces négociations depuis de très longues années en figeant dans une opposition stérile les grands pollueurs d’hier – les pays industrialisés – et ceux d’aujourd’hui et de demain – les pays émergents.

A Paris, l’espoir est donc d’aboutir à un nouveau système qui reflète la prise de responsabilités des 196 parties autour de la table dans la lutte contre le réchauffement climatique, en prenant en compte les capacités propres de chaque pays, qui dépendent directement de leur niveau de développement.

Pratiquement, cela signifie la reconnaissance du fait que les pays riches doivent réduire de façon très conséquente leurs émissions de gaz à effet de serre au cours des trois prochaines décennies; tandis que les pays du Sud poursuivent leur développement économique en maîtrisant au maximum leurs rejets polluants, avant de basculer à leur tour vers cet objectif de “décarbonisation”.

Y arriver exige également la mise en œuvre d’un cadre international crédible, organisant la solidarité financière en faveur des populations les plus pauvres et les plus vulnérables. Tout un programme…


Vérification

Faire de belles promesses, c’est bien, mais encore faut-il les tenir. A défaut de mécanisme de sanction dont la plupart des pays ne veulent pas et qui s’est de toute façon montré inopérant sous l’ère Kyoto, le texte négocié à Paris devrait comprendre un volet dédié au système dit de “MRV” (Mesurer – Rapporter – Vérifier).

Comme il semble d’ores et déjà acquis que les contributions déposées par les différentes parties n’auront pas de nature contraignante sur le plan du droit international, cette procédure de vérification est le meilleur moyen de forcer une forme d’obligation d’ordre politique et de garantir la confiance entre les acteurs en rappelant périodiquement chaque pays à ses engagements.

Le sujet est, ici encore, délicat car certains pays – comme la Chine et les États-Unis n’apprécient – guère que l’on vienne mettre le nez dans leurs affaires. On ne badine pas avec la souveraineté nationale.

Mais le passé a démontré que les promesses basées sur l’autocontrôle ne valent rien”, observe un habitué des négociations onusiennes. Le récent aveu de la Chine qui a reconnu avoir consommé, pendant plus d’une décennie, 17 % de charbon en plus que ce qu’elle affirmait jusqu’ici, en est un bel exemple. Si la nouvelle n’a pas vraiment surpris les spécialistes, elle n’en ébrèche pas moins le crédit accordé aux nouvelles promesses de Pékin (lire en p.6).

A Paris, le but sera donc de remettre les compteurs à zéro et de s’entendre sur les principes généraux fixant des méthodes de comptabilisation et des règles de transparence communes, en reconnaissant les difficultés de pays les plus pauvres à mettre sur pied ce travail de monitoring complexe. Des données qui seraient soumises à une forme d’audit international, suivant des modalités et un niveau de vérification qui seront définis plus tard.

A chaque sommet suffit sa peine.


Contraignant

L’accord de Paris sera-t-il juridiquement contraignant ? La question, qui tarabuste les ONG, ne peut recevoir qu’une réponse de Normand. Car contourner le Congrès américain, qui se cabre à l’idée de se voir imposer toute obligation “de l’extérieur”, impose aux négociateurs d’emprunter des chemins détournés.

Le résultat final devrait reposer sur deux textes. Le premier, reprenant les grands principes et ambitions communes formulées de manière assez générale devrait avoir ce caractère d’obligation légale au niveau international, mais il sera plus symbolique qu’autre chose. Le second, synthétisant les différentes contributions nationales n’engagera les pays qu’au niveau… national. L’obligation de les mettre en œuvre dépendra donc essentiellement de la pression politique et citoyenne que l’on fera peser sur ce qui est, en quelque sorte, une déclaration sur l’honneur faite devant la communauté internationale.


Différenciation

Ce sera à coup sûr l’un des gros points de friction lors des débats.

Si l’objectif est de conclure un accord avec “tout le monde à bord”, selon l’expression d’un diplomate français, les pays en développement refusent de se voir totalement mis sur le même pied que les pays industrialisés, historiquement responsables du phénomène du réchauffement climatique (voir aussi “universel”).

Dans un souci de justice et d’équité, il faut donc trouver un moyen de pondérer les efforts demandés aux uns et aux autres, en prenant en considération leur niveau de responsabilité dans le chamboulement de la mécanique climatique, mais aussi leur niveau de développement.

En résumé, arriver à concilier l’indispensable préservation des conditions de vie sur la planète, sans que ce soit au détriment des centaines de millions de pauvres qui continuent à la peupler.


Wording

Autant le savoir, un accord international sur le climat, c’est comme un contrat d’assurances… en pire.

A ce stade des discussions, le texte qui servira de base de négociations aux délégations présentes à Paris comporte une cinquantaine de pages truffées de parenthèses déclinant les diverses options possibles pour chaque article de l’accord. Autant dire qu’il reste un fameux chantier aux négociateurs pour aboutir à des formulations suffisamment précises pour contenter tout le monde et suffisamment vagues pour ne froisser personne.

Les diplomates du climat maîtrisent à merveille l’art du “devra ou devrait” et celui de la “contribution ou de l’engagement”, qui traduisent de façon radicalement différente, le niveau d’obligation juridique induit dans le texte. C’est ce que l’on appelle le “wording”.
D’autres astuces, comme les années de référence utilisées pour formuler un objectif peuvent aussi considérablement en changer la portée…

C’est à ces milles petites nuances que l’on pourra juger le poids réel de l’accord de Paris. Et si les belles intentions affichées doivent se lire au présent ou au conditionnel.


Révision

Les maths ne mentent pas : les contributions nationales déposées par les pays qui négocieront durant deux semaines dans la capitale française ne permettront pas de respecter l’objectif de limiter la hausse de la température moyenne mondiale à 2°C.
Selon les multiples évaluations réalisées, les mesures que ces pays se disent disposés à mettre en œuvre mettent la planète sur la trajectoire d’une hausse d’environ 2,7 °C à la fin de ce siècle.

Pour corriger le tir, les négociateurs envisagent la création d’un mécanisme de révision qui serait a priori quinquennal. Tous les cinq ans, les pays seront donc invités à présenter de nouveaux engagements plus en phase avec la cible des 2°C. Les ambitions de ces nouvelles propositions ne pourraient pas être inférieures à celles du cycle précédent et devraient en bonne logique respecter une courbe de progression.

Si un accord voit le jour, il ne rentrera en vigueur qu’en 2020, les signataires auront donc cinq années devant eux pour manifester les premiers signes de leur sincérité.


Ambitions

C’est une fois encore sur la formulation de celles-ci que l’on évaluera ce qui sortira des négociations. “Mentionner un objectif commun de deux degrés, ce n’est pas assez précis”, illustre un négociateur. De même, faire référence à un objectif de “neutralité carbone”, de “transformation vers un monde bas carbone” ou de “zéro émissions net” à la fin de ce siècle n’a pas exactement la même signification d’un point de vue effectif.

Le souhait, des Européens notamment, est donc de traduire ces objectifs globaux sous la forme d’un pourcentage de réduction des émissions à atteindre en 2050 et 2100, comme le préconise le Giec.


Money

Quel que soit le sujet abordé, les négociations climat en reviennent presque toujours à des questions de marchand de tapis : qui paie pour ces mesures ? Où et comment trouve-t-on cet argent ? A quelles conditions y a-t-on accès ? Comment s’assurer que les pays les plus pauvres en bénéficieront équitablement?… La question financière sera à coup sûr un “deal maker” ou un “deal breaker” à Paris.

Un chiffre résume cet enjeu : les fameux 100 milliards de dollars que les pays industrialisés se sont engagés à mobiliser chaque année d'ici à 2020, pour aider les pays en développement à réaliser leurs politiques climatiques. Cette promesse, faite à Copenhague en 2009, n'est pas encore totalement rencontrée puisque, selon une évaluation de l'OCDE, les flux de financements climatiques du Nord vers le Sud n'atteignaient que 62 milliards de dollars en 2014.

Les pays pauvres exigent des garanties sur la pérennité de ces aides financières avant de s'engager dans l'effort collectif. A leurs yeux, au-delà de 2020, les 100 milliards annuels constituent une base minimum. De leur côté, les nations industrialisées ne veulent pas mettre d'argent dans un panier sans fond et souhaitent que la base des donateurs s'élargisse à terme aux économies émergentes.

Il y a fort à parier que le texte final ne comportera pas de nouveau chiffre à plusieurs zéros, mais plutôt la reconnaissance de la nécessité de poursuivre une augmentation progressive de ce financement.


Dédommagement

Une plage engloutie par les flots; des rendements agricoles mis à mal par les sécheresses répétées; des nappes d’eau douce rendues inexploitables en raison de leur salinisation; des routes emportées par les inondations… Qui paie l’addition ? C’est la question soulevée avec insistance par les pays en développement et, plus particulièrement, par les plus pauvres et les plus vulnérables d’entre eux.

Ces derniers exigent donc qu’un mécanisme de “pertes et préjudices” soit inclus dans l’accord qui pourrait voir le jour à Paris.

En vertu de celui-ci, les pays développés devraient mettre la main à la poche pour indemniser les pays victimes de ces dégâts, que les mesures d’adaptation n’ont pas permis d’éviter. Une ardoise qui pourrait être considérable.

Le sujet, hypersensible, n’emballe pas vraiment les pays industrialisés, “mais pas plus que la Chine, à qui les pays vulnérables pourraient aussi, à terme, demander des comptes, en raison de l’explosion des émissions de gaz à effet de serre chinoises”, glisse un expert. “C’est un concept intéressant et moralement défendable, mais il est objectivement ingérable. Comment prouver que les inondations qui ont touché telle grande ville sont liées au réchauffement climatique ? Dans quelle proportion ce phénomène est-il à l’origine des dégâts subis ? C’est inextricable.”

“Le texte comportera une mention concernant ce mécanisme”, prédit de son côté un négociateur européen, laissant entendre que celle-ci sera plus symbolique que réellement opérationnelle.


Contributions

L’approche “par le haut” consistant à se fixer collectivement un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre et à se répartir ensuite les efforts entre les Etats ayant échoué, les négociateurs ont opté pour un Plan B. En 2013, ils ont ainsi convenu que chaque pays viendrait à Paris avec la propre liste des mesures qu’il est disposé à mettre en œuvre pour limiter les dérèglements climatiques.

Ces “contributions nationales” (ou INDC) se déclinent en deux axes : les actions visant à réduire les émissions de CO2 (qui concernent prioritairement les pays industrialisés) et celles visant à s’adapter pour réduire la vulnérabilité aux effets des changements climatiques déjà tangibles ou attendus. Pour les pays le plus pauvres, une partie de ces efforts peut, en outre, être conditionnée à l’obtention d’un soutien financier international. Un système flexible, donc.

Des zones d’ombre planent cependant sur la façon dont certains gouvernements concrétiseront les politiques annoncées. Enfin, tout l’enjeu sera de donner à ces contributions volontaires une certaine portée contraignante, via par exemple une obligation de moyens, pour éviter qu’elles ne restent sans lendemain.