FytoFend, une spin-off de l’Université de Namur, s’est vu décerner début novembre, un prix pour la mise au point d’un pesticide écologique. Remis tous les deux ans par l’Institut Phytophar, une ASBL fondée par l’industrie phytopharmaceutique (les producteurs de pesticide), ce prix récompense un projet de recherche et développement pour une agriculture durable. Créée en 2009 par le professeur Van Cutsem, la société FytoFend dépend de l’unité de recherche en biologie cellulaire et moléculaire végétale de l’Université de Namur. Ses recherches, entamées il y a 5 ans et financées par la Région wallonne, s’orientent vers le développement d’éliciteurs biologiques, des stimulateurs naturels de défense des plantes. Il s’agit " d’exploiter un mécanisme naturel de défense immunitaire inné" explique le professeur Van Custem.

L’équipe de FytoFend est composée de 5 chercheurs, mais elle dispose d’un laboratoire où travaillent jusqu’à 15 personnes. Leur problématique de départ est en phase avec les préoccupations écologiques actuelles. L’agriculture mondiale "dépend fortement des produits chimiques pour la croissance et la protection des végétaux". Toutefois, l’usage de ces diverses substances pose de plus en plus question. Leur efficacité est mise en péril par l’adaptation des pathogènes (virus, bactéries et champignons) aux pesticides classiques et par leur haut degré de toxicité "tant pour l’être humain que pour l’environnement". Conscient de ce problème, l’Union européenne n’a de cesse de restreindre la liste des produits chimiques pouvant être utilisés dans le cadre agricole, diminuant l’offre. "L’arrivée sur le marché de produits naturels efficaces et dépourvus de toxicité est primordiale pour le secteur agricole."

Le pesticide écologique que la spin-off namuroise a développé répond à ces différents problèmes. Le procédé est simple. Les plantes, dans leur environnement naturel, sont confrontées en permanence à "une myriade de pathogènes et d’organismes phytophages dont des insectes, et pourtant, dans la majorité des cas, elles se développent sans problème." Elles disposent en effet d’un système immunitaire inné basé sur la détection de ces menaces. Lorsqu’un pathogène s’en prend à une plante, la situation est comparable "à une course de vitesse entre la plante et le pathogène. La plante a la capacité de se défendre mais ne dispose pas toujours du temps nécessaire pour mettre en place ses barrières", explique le Pr Van Cutsem. "L es plantes traitées préventivement avec un éliciteur mobilisent par avance des moyens de défense qui permettent une réponse plus efficace et plus rapide quand le pathogène se présente." L’éliciteur namurois, d’origine fongique et végétal, "est détecté et interprété par les plantes comme un signal de détresse dû à une menace imminente laissant présager d’une issue fatale. La plante y répond immédiatement en mobilisant ses propres défenses."

Le produit utilisé de manière préventive permet donc à la plante de devancer l’élément pathogène. Il s’agit d’une "prémunition (état d’immunité) que les agriculteurs pourront pulvériser sans nuire ni à l’environnement ni à la santé humaine". Ce pesticide écologique ne devrait toutefois pas arriver sur le marché "avant 2013, le temps d’être homologué au niveau belge par le ministère de la Santé publique et d’être transmis ensuite au niveau européen." www.fytofend.com