Sur le marché belge, les fournisseurs d’électricité proposent de plus en plus de contrats "verts". Avec ce type de contrat, les clients ont la garantie de consommer de l’énergie issue, par exemple, d’un parc éolien ou d’une centrale hydraulique, donc produite sans CO2. En 2009, 40 % de l’électricité vendue dans notre pays a été étiquetée "verte". Mais selon Test-Achats et Greenpeace, elle ne l’est pas nécessairement

Pour qu’un fournisseur puisse déclarer "verte" l’énergie qu’il vend, il faut, soit qu’il la produise, soit qu’il achète des "labels de garantie d’origine" à une entreprise européenne. Mais "ces certificats ne sont pas liés à l’électricité physique", explique Arnaud Collignon, de Greenpeace. Des fournisseurs belges peuvent donc en toute légalité se procurer des labels de garantie d’origine qu’ils "collent" sur une électricité qui n’est pas forcément "verte", mais issue de centrales nucléaires ou de centrales à charbon !

Comment est-ce possible ? "Il y a la même quantité de labels que d’énergie durable produite en Europe , analyse notre interlocuteur . Mais certains pays ne sont pas intéressés par les certificats et les liquident à bas prix." C’est le cas de la France, où le concept "vert" n’est pas un argument de vente. En Norvège, 2/3 de l’électricité vient des centrales hydrauliques, tous les habitants le savent, les entreprises n’ont pas à arborer un label pour les convaincre.

Des fournisseurs belges n’achètent donc rien de plus, selon M. Collignon, que "la couleur verte d’une électricité produite ailleurs en Europe, qui leur permet légalement d’affirmer que leur électricité est durable". Le seul contrôle mis sur pied dans notre pays est en effet une vérification auprès des entreprises que le nombre de labels de garantie d’origine correspond bien aux volumes d’électricité "verte" qu’elles vendent

Le consommateur qui a opté pour un contrat "vert" n’est donc pas sûr de vraiment consommer de l’énergie durable, mais en plus, étant donné que les certificats sont très bon marché - moins de 1 % de sa facture -, il ne contribue pas non plus à soutenir la production d’énergie "verte". Par contre, une fois ces labels de garantie d’origine payés, ainsi que le transport de l’électricité, les taxes il reste aux fournisseurs 34 % de la facture des clients pour financer leur politique : investir dans une énergie "grise" (nucléaire, charbon, pétrole ) ou "verte" (soleil, vent et eau). Partant de cette idée, Test-Achats a dressé, en collaboration avec Greenpeace, un comparatif des fournisseurs d’électricité en Belgique, en tenant compte de leur production actuelle - est-elle vraiment "verte" ? - et de leur production future - quelle politique mènent-ils à long terme ?

Trois coopératives arrivent en tête du classement : Ecopower et Wase Wind, présents en Flandre, et Energie 2030 en Wallonie. "Ces fournisseurs produisent de l’électricité 100 % "verte", provenant essentiellement de l’énergie éolienne", raconte Olivier Lesage, de Test-Achats. Toutefois, leur électricité n’est pas accessible aux Bruxellois, et plusieurs mois sont parfois nécessaires pour devenir client.

Les meilleures solutions durables pour le grand public s’appellent donc Belpower et Lampiris, qui sont en troisième et quatrième positions dans le tableau. "Ces entreprises ne produisent pas d’électricité, mais achètent chez de petits producteurs indépendants, ils sont donc sûrs d’où vient leur énergie."

Le fournisseur d’électricité Ebem affiche encore une honnête cote de 53 %, tandis que les géants Electrabel, Luminus, Neon et Essent occupent le bas de l’échelle environnementale. Ces entreprises ont une production essentiellement "grise", ce qui ne les empêche pas d’investir dans l’énergie renouvelable, mais pas assez, selon Test-Achats, pour pouvoir prétendre à une étiquette "verte".

Au vu de ces résultats pour les moins étonnants, Test-Achats et Greenpeace demandent aux régulateurs et aux responsables politiques de mettre en place un système qui permette aux consommateurs de poser, ou non, un choix durable.