Envoyée spéciale à Lyon

Lyon by night ! Que c’est beau une ville la nuit Mais que serait-ce sans l’éclairage urbain ? A tout le moins, un coupe-gorge. Il faut éclairer nos cités, nul n’en disconvient, mais encore faut-il le faire bien. Et là, les enjeux sont importants puisque l’éclairage représente 19 % de la consommation électrique mondiale, principalement pour le bâtiment (habitat et tertiaire), mais aussi pour l’éclairage public. Un secteur qui, s’il était amélioré, permettrait d’économiser 45 % de l’énergie sur l’usage.

Lyon a pris le problème à bras-le-corps dès 1989 avec son premier "Plan Lumière" et se targue aujourd’hui d’être devenue LA ville de référence en la matière. Elle a, au fil du temps, creusé un sillon marqué par la création de la Fête de la Lumière en 2000, celle du Salon Lumiville en 2002 et le lancement en 2008 d’un cluster Lumière fort de l’ensemble des compétences de la filière Rhône-Alpes. Elle a par ailleurs initié en 2002 le réseau "Luci" (Lighting Urban Community International) au sein duquel 65 villes du monde entier - parmi lesquelles Bruxelles, Paris, Osaka, Helsinki ou Montréal - échangent désormais leurs bonnes pratiques.

"Cela nous permet aussi de mesurer les différences d’approches", souligne Antoine Bouchet, directeur de l’éclairage public, en évoquant les villes d’Asie où couleurs et enseignes lumineuses se multiplient alors que l’Europe est plus sobre. L’objectif majeur du réseau est d’inscrire l’éclairage urbain dans une politique de développement durable avec, en cœur de cible, la baisse de la consommation d’énergie. Le confirme une charte en ce sens qui devrait être signée par l’ensemble des villes parties prenantes d’ici la fin de l’année.

Certaines d’entre elles expérimentent déjà des technologies innovantes. Toulouse teste ainsi, depuis 2009, des lampadaires à diodes électroluminescentes intégrant un détecteur de mouvements. Le principe : une lampe led assure un éclairage minimum de la voierie et la lumière augmente lors du passage d’usagers à pied, à vélo ou en voiture. Les avantages du led : une lumière blanche, plus proche de l’éclairage naturel et qui, surtout, permet un allumage instantané. En agissant sur le temps d’allumage et la quantité nécessaire, ces appareils induisent une réelle économie : 30 watts en puissance réduite contre 120 en fonctionnement permanent alors qu’un éclairage normal utilise 120 watts en permanence.

Autre innovation testée dans la ville rose, des "trottoirs intelligents" dont les dalles, équipées de micro-capteurs et reliées à une batterie, stockent le jour l’énergie générée par la circulation des piétons et la libèrent la nuit pour faire fonctionner les réverbères qui les surplombent. Une technologie au départ lancée en boîte de nuit qui pourrait être à terme appliquée à des lieux très fréquentés comme les gares ou les piétonniers.

A Lyon où la mise en valeur du patrimoine est fondatrice du premier Plan Lumière, le lycée Saint-Just situé sur la colline de Fourvière est désormais éclairé une partie de la nuit grâce à l’électricité produite par les panneaux solaires qui l’équipent.

"Réarchitecturer" l’architecture, éclairer non seulement pour sécuriser la ville mais aussi pour la "donner à lire", créer un bien-être Avec le premier "Plan Lumière" Lyon a modifié son image nocturne tout en intégrant progressivement le développement durable. Lancé en 2004, le deuxième Plan renouvelle la perspective, prévoit d’intégrer les nouvelles possibilités techniques tout en en laissant sa place à la création artistique. "La sobriété est de mise, déclare Antoine Bouchet, pas question de faire une ville asiatique. Mais cela n’implique pas l’uniformité. Un nouveau site comme la Confluence ou un quartier appelé à être rénové comme celui de la Part-Dieu où des tours sont prévues seront éclairés différemment des zones historiques. Avec plus de couleurs pour traduire la nuit la personnalité qu’ils ont le jour."

L’ombre est elle aussi prise en compte en tant qu’élément prépondérant du paysage nocturne, pour mettre en valeur les sites éclairés, apporter de la quiétude, limiter la pollution lumineuse qui empêche notamment de voir les étoiles ou préserver les rythmes de la faune dans certaines zones du Parc de la Tête d’Or, par exemple. "La lumière c’est la vie", affirme notre interlocuteur. La sculpter, la moduler est essentiel pour rendre à l’environnement tout son relief et prendre en compte des normes environnementales toujours plus strictes.