Au revoir les pompes à essence ? La Commission met un sérieux coup de pression aux constructeurs automobiles

La date était dans l’air depuis plusieurs jours, elle a été confirmée ce mercredi. C’est en effet à l’échéance 2035 que la Commission propose que toutes les voitures et camionnettes neuves immatriculées en Europe soient des véhicules à "émissions zéro".

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L’objectif est clair : inciter les constructeurs à accélérer leur transition vers les véhicules électriques et à hydrogène, l’innovation, notamment en matière d’autonomie des batteries, et la production de masse devant contribuer à rendre leur prix sensiblement plus abordable qu’actuellement. L’enjeu est non seulement climatique, puisque le transport routier représente 20,4 % des émissions de gaz à effet de serre de l’UE, mais aussi industriel vu la concurrence internationale, notamment chinoise, à laquelle les constructeurs européens vont devoir faire face.

Formellement, il ne s’agit pas d’un bannissement pur et simple des moteurs thermiques (essence et diesel), mais en pratique cela revient à mettre ces technologies hors jeu."À moins qu’un ingénieur n’invente un moteur à combustion qui n’émet aucun gaz à effet de serre, mais ce n’est pas arrivé jusqu’à présent", ironise un expert européen. La remarque vaut pour les motorisations hybrides qui ne joueront qu’un rôle transitoire et devraient progressivement disparaître du paysage à dater de 2030.

Les normes de rejets polluants vont être durcies par paliers. Dans un premier temps, les émissions moyennes des voitures neuves mises sur le marché européen devront être réduites de 55 % à partir de 2030 par rapport à l’année de référence 2021 ; un seuil fixé à 50 % pour les camionnettes. Cinq ans plus tard, ce sera donc -100 %. Des dérogations sont prévues pendant une dizaine d’années pour les constructeurs qui produisent de tels véhicules en petits volumes (entre 1 000 et 10 000 voitures neuves ou 22 000 camionnettes neuves par an).Afin de s’assurer que ces développements se déroulent dans le timing escompté, une évaluation aura lieu tous les deux ans.

À noter que les deux-roues ne font l’objet d’aucune mesure nouvelle pour le moment. Pour les véhicules lourds - camions, autocars… -, une révision de la législation est annoncée dans le courant de l’année prochaine.

Pour accompagner ce déploiement, l’exécutif européen entend également taper sur le clou des infrastructures de recharge appelées à remplacer la bonne vieille "pompe à essence". Actuellement en effet, on compte à peine 260 000 points de recharge pour véhicules électriques en Europe, majoritairement concentrés en Allemagne, en France et aux Pays-Bas. L’objectif est de porter ce chiffre à 1 million de stations en 2025 et 3,5 millions en 2030. À cette date, l’automobiliste devrait ainsi disposer d’une station de recharge électrique tous les 60 km le long des grands axes de circulation. Des mesures sont par ailleurs prévues pour la fourniture d’hydrogène.

Taxer le kérosène

Outre l’inclusion du transport dans le système de marché carbone (lire en pp. 18-19), la Commission va également réviser la directive sur les énergies renouvelables afin d’augmenter la part obligatoire des carburants renouvelables dans les transports.

Les secteurs de l’aviation et maritime (environ 4 % des émissions totales de l’UE chacun) sont aussi concernés par ces réformes. À nouveau via le marché carbone, qui va s’étendre aux navires de plus de 5 000 tonnes à partir de 2023 d’une part, mais aussi via de nouvelles réglementations visant à augmenter progressivement l’usage de carburants alternatifs (biocarburants, carburants de synthèse…) et à réduire la part des combustibles les plus "chargés" en gaz à effet de serre.

Enfin, et cette proposition n’a pas fini de faire parler d’elle, la Commission envisage de taxer progressivement le kérosène pour les vols intra-européens (à l’exception des vols d’affaires et du transport de fret) et, plus largement, de taxer les combustibles en fonction de leur contenu énergétique et de leur performance environnementale plutôt que leur volume, mais aussi de mettre fin aux exonérations pour certains usages.

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